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LETTRE n° 91
Mai 2007

S.R.I. (Organisme de la Conférence Episcopale Française) - 71, rue de Grenelle, 75007 PARIS
Tél. 01 42 22 03 23 - Fax. 01 42 84 30 41 - E-Mail  :
contact@le-sri.com  -  I.S.S.N. 0996 – 6935

Chrétiens et musulmans :
être à la hauteur des enjeux politiques et spirituels 
des événements actuels

 Les relations entre chrétiens et musulmans s’inscrivent dans le tissu quotidien de la vie nationale et internationale, elles sont marquées par les événements qui secouent la planète  et souvent par la manière dont les medias en rendent compte. C’est là le lieu de la vie des hommes et femmes avec qui nous vivons, c’est là le lieu des enjeux et des choix politiques qui déterminent notre vie quotidienne et notre avenir, les élections en France en témoignent. C’est aussi là, pour nous croyants, le lieu de notre relation à Dieu et de la mise en œuvre de la foi en Lui qui nous anime.

Nous vivons en France mais les événements du Proche et du Moyen-Orient, en particulier, ne sont pas sans influence sur les réactions des chrétiens et des musulmans ici. Je reviens d’Egypte où j’ai rencontré des amis chrétiens et musulmans avec qui j’ai vécu et travaillé durant plusieurs années. Je ne peux que constater les conséquences dramatiques de l’intervention américaine en Iraq, dramatiques pour les Irakiens vivant l’insécurité au quotidien, les morts et les blessés dont nous entendons, hélas, l’énumération quotidienne, dramatiques pour l’avenir des peuples qui vivent au Proche-Orient, dramatiques par leurs conséquences sur les relations entre chrétiens et musulmans de ces pays, suscitant la peur, les comportements d’intolérance et de rejet. Plus que jamais, au Proche-Orient comme ailleurs, comment ne pas reprendre l’appel de Jean-Paul II : “En réalité ce n’est pas de murs dont la Terre Sainte a besoin mais de ponts.” [Angelus 16 novembre 2003].

   Il est facile d’instrumentaliser les religions, il est facile de se contenter de slogans, d’images chocs, d’explications simplistes, telles celles que nous pouvons entendre sur « la collusion entre le Pape Benoît XVI et Bush » ou « sur la violence intrinsèque à l’Islam ».

  Il est beaucoup plus difficile de prendre le temps de la réflexion, du recul, de l’analyse pour saisir ce qui se joue dans les événements actuels, situer les enjeux politiques et pour relever les défis spirituels sans les confondre. N’est-ce pas là pourtant le vrai défi lancé aux uns et aux autres, aux chrétiens comme aux musulmans vivant en France ? Refuser d’être enfermés dans les images caricaturales qu’on nous présente de la religion des autres, accepter le lent travail de la raison et de l’interprétation pour rendre compte de la Parole de Dieu que nous recevons, et nous rencontrer au plus près de la vie des hommes et femmes de notre pays, multiplier les occasions de rencontres, de dialogues, de réflexions communes à tous les niveaux, en particulier entre jeunes chrétiens et jeunes musulmans. 

  C’est dans cet esprit que nous étions présents aux 40 ans de la Fraternité d’Abraham comme au congrès de l’UOIF au Bourget. C’est dans ce désir de comprendre ce qui change et ce qui se joue au quotidien dans notre pays que les évêques de France ont ouvert un dossier de travail qui a pour titre «Catholiques et Musulmans dans la France d’aujourd’hui ». Cette Lettre fait écho à ce que plusieurs évêques viennent de dire ou d’écrire à propos de l’islam et des musulmans.

  Nous devons avoir le courage d’aborder ensemble ce qui nous réunit mais aussi de parler de nos différences, de multiplier les initiatives comme celles dont témoignent cette Lettre, de prendre le temps de la réflexion (les revues et les livres ne manquent pas !). L’important est de nous encourager mutuellement à vivre rencontres, dialogues, débats, dans une attitude spirituelle de croyants ouverts à la révélation que Dieu fait de lui-même, nous laissant guider par Son Esprit qui n’est pas un esprit de peur mais de confiance.

Christophe Roucou,
Se
rvice des Relations avec l’Islam
 

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Paroles d’Evêques à propos des Musulmans et de l’Islam

 

Cardinal Philippe BARBARIN, Archevêque de Lyon :

“Il s’agit de nous aimer, et même de nous admirer mutuellement”

L’Islam vous inquiète-t-il ?

(…) « C’est vrai qu’il y a beaucoup d’endroits où les chrétiens ne peuvent pas prier, la réciprocité n’y est pas respectée, et c’est une injustice grave. Nous avons le droit de la faire entendre, et les musulmans nous entendent. Mais je viens de vivre une expérience tellement extraordinaire en Algérie, que mon maître mot est qu’il ne s’agit, ni de nous écouter, ni de dialoguer, ni de nous tolérer, mais de beaucoup plus que cela : il s’agit de nous aimer, et même de nous admirer mutuellement ! Charles de Foucauld a retrouvé sa ferveur de chrétien par l’admiration qu’il avait de la ferveur des musulmans. » (…).
Entretien à Radio Notre Dame (La Croix-RCF du vendredi 6 avril 2007).  

Monseigneur Daniel LABILLE, évêque de Créteil :

“Catholiques et Musulmans : le dialogue est-il possible ?”

Dans la déclaration du Concile Vatican II sur l’Eglise et les religions non chrétiennes, on trouve cette phrase : “Même si au cours des siècles de nombreuses dissensions et inimitiés se sont manifestées entre les chrétiens et les musulmans, le Saint Concile les exhorte tous à oublier le passé et à s’efforcer sincèrement à la compréhension mutuelle, ainsi qu’à protéger et à promouvoir ensemble, pour tous les hommes, la justice sociale, les valeurs morales, la paix et la liberté” (Nostra Aetate, n° 3).

Depuis que la France a fait appel, en 1945, à une main-d’œuvre venue d’Afrique du Nord, des hommes et des femmes de religion musulmane se sont installés dans nos villes. Nous les côtoyons tous les jours. Des liens et des amitiés se sont créés, des dialogues alimentés par les mêmes préoccupations quotidiennes se sont établis. Des rencontres qui portent sur les croyances des uns et des autres se sont mises en place.

Jean Paul II, en 1986, avait invité les chefs religieux des grandes religions du monde à se retrouver à Assise pour prier pour la paix du monde. Saint François d’Assise en son temps avait déjà été en Palestine et en Egypte prier pour la paix entre les croisés et les musulmans. Nous connaissons sa prière : “Seigneur, fais de moi un instrument de paix”. Cet esprit de paix doit inspirer le dialogue entre musulmans et catholiques. Il n’est pas question d’établir des compromis entre nos croyances respectives, mais de tirer les conséquences de notre foi en Dieu : si les catholiques croient en un seul Dieu, créateur du ciel et de la terre, et si les musulmans croient en un Dieu unique, il devient blasphématoire de se servir de Dieu pour se faire la guerre. Même si nous ne représentons pas Dieu de la même façon, même si nous n’avons pas la même théologie pour approcher Dieu, il est logique de se dire que ce Dieu créateur de tous les hommes ou ce Dieu qui fait de nous ses fils, ne peut pas diviser l’humanité en deux camps adverses. Nous sommes appelés à un dialogue de respect, nous ne pouvons pas nous dire croyants si nous n’aidons pas les hommes à vivre en paix.

Il y a, bien sûr, comme dans toutes les religions, des extrêmistes : ils se servent de Dieu au lieu de le servir, ils l’instrumentalisent pour faire triompher leur cause au lieu de l’accueillir. Ils n’hésitent pas à utiliser la violence pour imposer leurs croyances, ils ne respectent pas la liberté de conscience et se satisfont d’avoir des fidèles enrôlés de force. Notre devoir commun, l’objet de nos échanges, est, bien sûr, de bannir ces pratiques qui mettent à mal la liberté de croire.

Le dialogue entre catholiques et musulmans a naturellement pour but de permettre à chacun de se garder ouvert à l’autre. C’est un vrai service à se rendre mutuellement que de ne pas s’enfermer dans son propre univers : l’ouverture du cœur, la mise en œuvre d’actions communes pour sauvegarder la paix, la lutte pour la justice, pour l’égalité des hommes et des femmes, le combat contre la pauvreté sont autant de domaines où nous pouvons marcher côte à côte plutôt que de nous provoquer par des rencontres frontales. Les catholiques comme les musulmans ont besoin de cette ouverture et de cette réciprocité. Il est important que les musulmans acceptent la laïcité et les lois de la République. Il est important que les catholiques n’en restent pas à l’époque des croisades. Le dialogue est exigeant, mais il assure notre survie commune et contribue à la paix du monde.
(Dans la revue  diocésaine  “Cap 94” de Créteil, avril 2007)


Monseigneur François JACOLIN, évêque de Mende :

“Le dialogue, seul chemin évangélique”

  De retour de l’Assemblée de Lourdes, fin mars 2007 : « Un deuxième dossier important concernait les relations entre catholiques et musulmans dans la France d’aujourd’hui. Je dirai simplement que le temps d’une certaine naïveté en ce domaine est passé, mais que le seul chemin évangélique reste un dialogue respectueux, exigeant, persévérant. Ce dialogue demande beaucoup de lucidité et de courage, mais il porte déjà de nombreux fruits, même s’ils ne sont pas très visibles ». (…).
(Revue diocésaine de Mende, avril 2007).

Monseigneur Vincent LANDEL, Archevêque de Rabat (Maroc) :

“C’est toute une vie ensemble qui permettra la confiance”

  (…) Question : Comment évoluent les rapports entre chrétiens et musulmans ?

« Les rapports sont bons entre les chrétiens et les musulmans, surtout qu’en tant que chrétiens nous ne sommes rien. Nous n’avons rien à défendre, nous avons à essayer de vivre la « tendresse de Dieu pour tous les hommes », à vivre tout simplement l’amitié. Si nous rentrons dans une démarche de respect, de connaissance mutuelle et d’amitié, nous pouvons aller très loin dans la rencontre. Nos relations de travail, nos relations sociales, nos relations d’amitié se vivent avec des marocains. Le chrétien a toute liberté de culte et sera respecté dans la mesure où il n’essaie pas de faire du prosélytisme. Ainsi nous sommes tous dans une démarche de dialogue de la vie et les chrétiens laïcs sont en première ligne. D’où l’importance d’aider à en prendre conscience. C’est toute cette vie  ensemble qui permettra la confiance ». (…).
(Témoignage dans la revue diocésaine  Eglise de Corse, n° 4, avril 2007).

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ë     “5ème anniversaire du dialogue interreligieux de l’hôpital Avicenne”, Bobigny (93), 9 mai 2007

Une journée interculturelle, le mercredi 9 mai 2007, de 10h à 17h, salle des fêtes, organisée par les aumôniers - catholique : Père Christian Brunet ; israélite : Rabbin Joseph Touitou ; musulman : Imam Said Ali Koussay ; orthodoxe : Mr Zinovi Gombessa ; protestant : Pasteur Anne Thöni ; avec Mme Bétoule Fekkar Lambiote comme invitée d’honneur. Au programme de cette journée : conférences, débats, témoignages, lecture méditative pour la paix : “Le cœur du dialogue interreligieux”.
Programme détaillé sur demande à l’Hôpital Avicenne, Tél. 01 48 95 58 98. (Prévoir son repas).

De Lyon à Tibhirine : “Enjeux d’un déplacement sur les relations chrétiens et musulmans” , 14 mai   

A l’invitation du Conseil Religieux du Culte Musulman, deux délégations lyonnaises, musulmane et chrétienne, se sont rendues en Algérie du 17 au 21 février dernier, pour prier ensemble sur la tombe des moines de Tibhirine. Le Centre d’Etudes des Cultures et des Religions (CECR) de l’Université Catholique de Lyon organise une table-ronde avec les principaux acteurs de ce déplacement : Mr Azzdine GACI, Président du Conseil Religieux du Culte Musulman, et Mr le cardinal Philippe BARBARIN, archevêque de Lyon. Tous deux feront une relecture de ce voyage et prolongeront leurs analyses par des pistes de rencontre pour un meilleur “vivre ensemble”.
Lundi 14 mai, 18h30, Université Catholique de Lyon, Salle Jean-Paul II - 25 rue du Plat Lyon 2°.

Les 30 ans du GFIC à la Pentecôte 2007, 26-28 mai 2007

Depuis 1977, des couples où l’un(e) est musulman(e) l’autre chrétien(ne) se réunissent régulièrement afin de mieux vivre leurs différences culturelles et religieuses, de réfléchir à leur engagement de couple et de partager et approfondir leur expérience de foi.
Ils ont créé une association : le G.F.I.C., qui se réunit régulièrement à la Pentecôte. Cette année, la rencontre d’échanges, de prière et de fête est exceptionnelle, c’est celle des 30 ans de cette association, dont la particularité est de rassembler des couples (des familles) qui vivent une expérience très particulière et très forte.  Mr Tareq Oubrou, Recteur de la mosquée de Bordeaux et le Père Christophe Roucou y participeront. Nous leur souhaitons un très bon anniversaire et nous serons avec eux pour cette fête. Site : www.gfic.net

“Religions en Concert”,  Paris La Villette, 3 juin 2007

Le 3 juin 2007 à 17h, Cabaret Sauvage, au Parc de la Villlette, l’ensemble vocal “Religions en Concert” (inédit) avec les chœurs de la confrérie soufie Alawiya, la chorale chrétienne un Chœur pour Prier, la chorale hébraïque Rénanim Ganenou, présente un concert : “Juifs, chrétiens et musulmans chantent d’une même voix pour la paix !”.
Entrée : 20 €. Billetterie : www.religionsenconcert.org ou Clara, au 06 62 27 44 62. 

ë    Session Ergersheim (Bas-Rhin), 8-12 juillet 2007

Session pour les chrétiens, sur “Chrétiens et Musulmans : mieux vivre ensemble. Un projet réaliste ou une utopie ?”. Du 8 juillet 17h au 12 juillet 14h, à l’abbaye cistercienne N.D. d’Altbronn (67).
Prix : environ 82 € – S’adresser à Nicole Benoit, T. 03 88 36 86 51, ou nicole-2509@voilà.fr

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  Ouvrages de Référence :

 &       « Le dialogue interreligieux dans l’enseignement officiel de l’Eglise catholique – du Concile Vatican II à Jean-Paul II : 1963-2005 »

Conseil Pontifical pour le Dialogue Interreligieux, éd. de Solesmes, Solesmes, 2006, 1700 pp., 38 €.
Les éditions de Solesmes ont fait paraître, en 1998, une première édition intitulée : Le dialogue interreligieux dans l’enseignement officiel de l’Eglise catholique (1963-1977). Les documents recueillis dans ce nouveau volume, réalisé à la demande du Conseil Pontifical pour le Dialogue Interreligieux, rassemblent des textes de Vatican II, des encycliques, des exhortations apostoliques, des discours des papes ainsi que des documents de certains dicastères de la Curie romaine. Cet ouvrage volumineux offre aux catholiques (et à d’autres chrétiens) un accès facile aux fondements théologiques du dialogue interreligieux et, aux fidèles des autres religions, la pensée officielle de l’Eglise catholique sur les diverses religions du monde. Les index géographique et analytique, ainsi que les 65 pages de la table des matières, sont précieux pour faciliter la recherche de chacun.

 &       « Les musulmans en France – Courants, institutions, communautés : un état des lieux »

Bernard GODARD et Sylvie TAUSSIG, éd. Robert Laffont, Paris, 2007, 454 pp., 22 €.
Cet ouvrage, avec une vue depuis la France, pays d’accueil, se construit en deux parties.
La première, sur 236 pages, présente : Les musulmans en France. Qui sont-ils ? Les tendances, les courants et mouvements. Les mosquées : leur implantation. L’autorité religieuse et la formation des cadres. L’institutionnalisation de l’islam en France. Les éléments de vie de l’islam en France. Islam et terrorisme. Les auteurs distinguent l’islam comme religion de l’islam comme civilisation.
La seconde partie, 217 pages, offre un double dictionnaire thématique et biographique, avec des notices qui présentent acteurs et organisation de l’Islam en France. Notices utiles, mais dont on peut regretter que le seul critère de jugement souvent utilisé soit le rapport au voile ou à l’islam de Tariq Ramadan.
Enfin ce livre présente au lecteur un glossaire de termes étrangers, la plupart arabes, utilisés en France. Cet ouvrage propose un état des lieux dépassionné et les nuances des divers courants. Bernard Godard fut, pendant de nombreuses années,  chargé de mission au Bureau central des cultes du Ministère de l’intérieur français.

  Ouvrages de Spiritualité : 

&      « Le chant des profondeurs »

Sous la direction de Nathalie NABERT, éd. Salvator, Paris, 2007, 157 pp., 14,50 €.
Ce petit ouvrage rassemble les réflexions et les méditations de témoins contemporains : catholique, orthodoxe, juif et musulman, engagés dans la vie religieuse, universitaire ou culturelle. Pour eux, la rencontre de la Parole manifestée dans la Bible, la Torah et le Coran a éveillé leur intériorité, le goût de Dieu des profondeurs, savouré dans le silence, la liturgie, la prière et la contemplation. Voici ces témoins : Michel Leplay, André Louf, Boris Bobrinskoy, Claude Vigée, Larbi Kéchat.

&      « Juifs, Chrétiens, Musulmans Lectures qui rassemblent, lectures qui séparent »

Grand Rabbin René-Samuel SIRAT, Mgr Olivier de BERRANGER, Youssef SEDDIK, éd. Bayard, Paris, 2007, 301 pp., 20 €.

Ces trois auteurs connus lisent ensemble des récits de la Torah, de la Bible, du Coran, en évoquant quelques grandes figures des trois traditions : Adam et Eve, Caïn-Abel, Abraham, Agar-Ismaël, Joseph et ses frères, Moïse, Jonas, David, l’attente du Messie. Ils ont vécu leur complicité amicale à l’épreuve de l’altérité, sans concession. Le dixième chapitre invite chacun des trois auteurs à expliciter le regard que porte sa Tradition sur les deux autres.

&       «Massignon-Abd-el-Jalil. Parrain et filleul : 1926-1962.»

Correspondance rassemblée et annotée par Françoise JACQUIN, Le Cerf, Paris, 2007, 298 pp., 35€.
Voici la correspondance, pendant 36 ans, de l’illustre islamologue avec son étudiant marocain, son filleul de baptême en 1928, devenu prêtre franciscain en 1935. C’est un échange très personnel d’amitié et de réflexions intellectuelles et spirituelles dans le domaine des relations interreligieuses. Leurs témoignages, leurs enseignements ont mieux fait connaître ce qu’est l’islam et mieux estimer les musulmans. Ces deux amis ont eu une importante influence sur l’opinion publique des catholiques au XXème siècle. Abd-el-Jalil fut professeur à l’Institut Catholique de 1935 à 1964. Il y assura des cours de langue et de littérature arabes ainsi que d’islamologie dans le cadre de l’enseignement de l’histoire des religions. Son cheminement spirituel fait comprendre que Dieu est ‘désirable, communicable et délectable’, pour reprendre une de ses expressions favorites.

Islam : histoire et sources :

&       « L’Islam expliqué par … »

Malek CHEBEL, éd. Perrin, Paris, 2007, 257 pp., 19 €.
L’auteur, anthropologue et écrivain, clarifie cette religion mal connue et crainte en Europe. Il présente : Mohammed, le dogme de l’islam, ses grands courants, les dynasties, les prophètes bibliques, la morale familiale, le soufisme, l’intégrisme, islam et modernité. Trois annexes à la fin de l’ouvrage : un petit lexique de l’islam, cent livres sur l’islam, les milles dates qui ont fait l’islam, de 570 à 2006. Cet essai est simple, facile à lire.

&      « Al-Sira – Le prophète de l’islam raconté par ses compagnons »

Mahmoud HUSSEIN, éd. Grasset, Paris,, T. 1 : 2005, 544 pp, 21,50 €. ; T. 2 : 2007, 730 pp., 23,90 €.
C’est la vie du Prophète Mohammed à travers des textes fondateurs de l’imaginaire musulman, mis à la portée du grand public grâce à Mahmoud Hussein, pseudonyme commun à deux auteurs français d’origine égyptienne, Bahgat Elnadi et Adel Rifaat. Un siècle et demi après la mort de Mohammed, ces récits, d’abord transmis par voie orale par des témoins directs, furent collectés, authentifiés, puis fixés par écrit. En lisant, on rencontre un Prophète très humain, qui est à la fois commandeur des croyants, chef de communauté et commandant des armées pour imposer l’islam aux Arabes. Les tribus juives apparaissent sous un triste jour. Quant aux chrétiens, ils n’apparaissent que de loin en loin.

Questions en débats :

&      « La conférence de Ratisbonne – Enjeux et controverses »

Jean BOLLACK, Christian JAMBET et Abdelwagab MEDDEB, éd. Bayard, Paris, 2007, 115 pp., 13,80 €.
Ces trois auteurs rappellent le motif principal de la ‘leçon’ du Pape : la défense du logos et de l’unité de la raison, aux origines de notre histoire philosophique et religieuse. Ils font apparaître les enjeux philosophiques et culturels de la critique papale autour des questions de foi, violence et raison. La médiation grecque peut-elle aider à partager l’identité d’un logos vers lequel convergeraient chrétienté et islam ? L’articulation foi et violence traverse aussi bien la pensée grecque que le christianisme et l’islam. Ce petit ouvrage se conclut par la lettre écrite par 38 oulémas de différents pays musulmans et adressée à Benoît XVI en réponse à sa conférence.

 Islam en France :

 &       « Intégrer l’Islam –La France et ses musulmans : enjeux et réussites »

Jonathan LAURENCE et Justin VAISSE, éd. Odile Jacob, Paris, 2007, 388 pp., 28 €.
Les auteurs – l’un professeur à Boston, l’autre à Paris – étudient les musulmans concrets qui vivent en France en s’appuyant sur une documentation solide. Dans son introduction, Olivier Roy écrit : ‘En mettant l’accent sur les phénomènes complexes d’intégration et de discrimination, en soulignant le mélange et l’évolution subtile des identités parmi les musulmans de France et la difficulté pour les Français non musulmans de prendre en compte les évolutions de leur pays, les auteurs font considérablement progresser le débat, en France comme à l’étranger’.

Témoignage :

&     « Qu’Allah bénisse la France »

Abd-al MALIK, éd. Albin Michel, 2004, Espaces libres, (éd. Poche 2007), 204 pp.
Abd Al Malik est un chanteur de rapp très connu de la jeune génération (dernier album : Gibraltar). Le récit de son itinéraire, paru en 2004 : « Qu’Allah bénisse la France », vient d’être édité en poche. D’une famille congolaise venue habiter le quartier du Neuhof à Strasbourg, Abdelmalik connaît la délinquance, la drogue, puis se convertit à l’islam sous la forme militante du tabligh. Insatisfait, pris par l’expérience de la musique, c’est la rencontre d’un maître soufi au Maroc qui lui permet de réconcilier son désir profond de Dieu et son activité artistique. Depuis, il tente de transformer sa colère en message d’amour et de dialogue :

" Soyons tous ensemble en harmonie que l’on donne ou qu’on reçoive qu’on reste ami

Pour toi et moi je prie que Dieu bénisse la France, c’est un si beau pays (…)

Hors de l’Amour il n’y a point de salut »

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I N I T I A T I V E S

*   Clermont-Ferrand, 10 ans du groupe de dialogue islamo-chrétien

Octobre 2006. Dix ans déjà que le groupe de dialogue islamo-chrétien se réunit régulièrement, accueilli au monastère des Clarisses de Chamalières.
Comment marquer cet anniversaire ? Comment surtout saisir cette occasion de faire savoir à un public plus large qu’une telle rencontre se vit, qu’un dialogue régulier, confiant est possible ? Cela nous paraît d’autant plus important  que nous sortons à peine d’une période agitée avec les caricatures, le discours de Ratisbonne… et les amalgames que tout cela peut facilement provoquer dans l’opinion.  Si à chaque fois il a été possible et important d’en parler entre nous dans le groupe, le moment est peut être venu de manifester plus largement que rencontre et dialogue peuvent ouvrir à un autre type de relations et de vivre ensemble entre musulmans et chrétiens.
Peu à peu se précise l’idée d’une conférence grand public où, à partir de la réflexion sur un thème, puisse se manifester la volonté et la réalité d’un dialogue. Le thème retenu sera : Les religions, obstacle ou contribution à la paix ?  l’expérience du dialogue islamo-chrétien. Deux intervenants acceptent de participer : Tareq OUBROU, recteur et imam de la mosquée de Bordeaux, et Christophe ROUCOU directeur du SRI.
L’annonce de cette conférence provoque un écho intéressé de la part des médias locaux (journaux, radio) et se diffuse assez largement dans les divers réseaux pouvant être concernés. Cela fait que l’amphi retenu pour la soirée  ne sera pas assez grand pour accueillir les 400 personnes présentes.
Accueil des personnes – mise en perspective de la soirée – interventions des conférenciers – débat avec la réaction de membres de différentes religions… le tout animé par une journaliste… sans parler de la collation proposée ensuite, qui aurait pu se prolonger bien tard. « L’ambiance de ce soir montre bien que ce dialogue paisible, rigoureux, exigeant au niveau d’une connaissance, est possible et important. Nous souhaitions en rendre témoignage, dire que c’est possible, et peut être, susciter d’autres expériences de même type… » C’est la conclusion de l’une d’entre nous, manifestant bien que la réussite de cette soirée s’est jouée non seulement  dans l’échange d’idées, mais bien dans l’expérience de la rencontre et de l’échange attendue par beaucoup. (François Fonlupt, délégué diocésain à l’Interreligieux de Clermont-Ferrand).

*   Créteil : un dossier sur le dialogue islamo-chrétien

A Créteil, la revue diocésaine, Cap 94, consacre un dossier de huit pages au dialogue islamo-chrétien sous le titre : Chrétiens-musulmans : comment dialoguer ?  Dans son éditorial, l’évêque de Créteil, le Père Daniel Labille, se demande si le dialogue est possible et répond positivement en examinant ses fondements spirituels et sa mise en œuvre pour le service de tous. (cf. extraits page 2). Le dossier présente l’état des lieux dans le diocèse, donne la parole à des groupes locaux, évoque les échanges avec des jeunes et l’expérience de couples mixtes, ainsi que les enjeux du dialogue islamo-chrétien. Une belle réalisation, une bonne occasion d’information et de réflexion pour les acteurs d’un diocèse. Pourquoi d’autre diocèses ne suivraient-ils pas cet exemple ?
(Cap 94, 2 avenue Pasteur Vallery-Radot, 94 00 Créteil ;  cap94@eveche-creteil.cef.fr)

*   Voyage en Algérie d’une délégation islamo-chrétienne de Lyon, 17 au 21 février 2007

L’idée de ce voyage a été émise par Monsieur Azzedine GACI, Président du Conseil Régional du Culte Musulman Rhône-Alpes (CRCM), profondément touché par ce qui s’était passé à Tibhirine en 1996, en pleines années noires de l’Algérie. Il en parle au Cardinal Philippe Barbarin, qui répond très positivement à cette idée et se dit prêt à partir. C’est ainsi qu’est né ce projet de pèlerinage en l’honneur des moines disparus, pèlerinage d’amitié entre les musulmans et les chrétiens, mais aussi pèlerinage d’amitié entre Algériens et Français.
Ce voyage, préparé depuis près d’une année, a eu lieu du 17 au 21 février dernier. Le Père Michel Guillaud (à l’époque responsable des relations avec l’islam pour le diocèse de Lyon) et Monsieur Azzedine GACI ont rapidement élaboré une trame de programme, et c’est en concertation avec le Père Barbarin, et avec l’aide de Monseigneur Teissier, archevêque d’Alger, et de Monseigneur Piroird, évêque de Constantine, que le projet a pu se concrétiser.
Huit musulmans, dont le Président du CRCM, et huit catholiques, dont le Cardinal Barbarin, ont constitué la délégation. Tous les membres de la délégation étaient, à des degrés divers, impliqués dans le dialogue interreligieux islamo-chrétien.
Lors de nos diverses rencontres, le Cardinal Barbarin a souligné l’importance qu’il attache au dialogue interreligieux, son admiration pour la personne de l’Emir Abdelkader qui, venant à Lyon un 8 décembre, avait été marqué par la ferveur spirituelle des lyonnais. Pour Azzedine GACI, il est certain que les croyants de l’islam et du christianisme, quand ils acceptent de s’installer vraiment « dans le souvenir de Dieu », sont capables de se mettre ensemble au service de l’humanité. Il appelle à une lecture « contextualisée » du Coran, à revisiter notre passé, à réformer notre présent, à se laisser interroger par l’autre pour approfondir sa propre foi, à avoir la force de pardonner et avoir un regard d’amour sur l’autre. Pour lui, quatre mots-clés ont caractérisé le voyage : miséricorde, pardon, solidarité, paix. (Cf. Témoignage en page 8).

Le mardi 20 février, la délégation est montée jusqu’au monastère de Thibhirine, qui est situé dans la montagne à une centaine de kilomètres au sud d’Alger, près de la ville de Médéa. Nous recueillir ensemble, chrétiens et musulmans de la région lyonnaise, sur les tombes des sept moines assassinés en 1996, était le grand désir de notre voyage d’amitié islamo-chrétien. A plusieurs reprises dans les jours qui avaient précédé, le Cardinal  Philippe BARBARIN, nous avait annoncé : « Ce sera le sommet de notre itinérance spirituelle ». Nous retrouver devant les sept tombes des moines nous bouleversa tous profondément… Nous avons pu célébrer l’eucharistie dans la chapelle, en présence des amis musulmans de notre délégation. Quelques instants plus tôt, devant les tombes, chrétiens et musulmans, nous avions prié en silence côte à côte, avant que ne soient lus ou récités quelques passages des Evangiles et du Coran.
Au cours de ce voyage, nous avons eu la chance de rencontrer les communautés catholiques de Constantine et d’Alger. A Constantine, le Père Piroird, évêque du lieu, nous a montré toutes les difficultés de survie d’une Eglise infiniment petite et humble dans un monde musulman largement dominant. A Alger, nous avons pu constater à quel point Monseigneur Teissier était pris au sérieux et considéré par les autorités gouvernementales et les autorités musulmanes. Ces bonnes relations n’excluent pas les difficultés, notamment celles qui proviennent d’une certaine presse, qui attaque en permanence la communauté catholique en l’accusant de manipulation et de prosélytisme (journal El-Chourouq el-Yawmi). Ceci montre bien les limites d’une manifestation d’amitié réelle et profonde islamo-chrétienne. Ceci dit, sur la région lyonnaise, les retombées sont d’ores et déjà très positives pour les relations entre chrétiens et musulmans.

(Jacques Bolon, délégué diocésain à l’Islam, pour Lyon).



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« Se Comprendre » (5, rue Roger Verlomme, 75003 Paris - www.comprendre.org ).

N°07/02 – février 2007 : « Réponses musulmanes à ‘Ratisbonne’». Comprend deux documents : une lettre ouverte signée par 30 théologiens de l’islam et un extrait d’un texte d’un Lybien, Aref Ali Nayed.
N°07/03 – mars 2007 : « Féministes musulmanes », avec Dounia Bouzar et Riffat Hassan.
N°07/04 – avril 2007 : « Des films pour comprendre !», de Jean-Marie Gaudeul.

« Islamochristiana n° 32 » (PISAI - Viale di Trastevere, 89 - 00153 Roma, Italia - islamochristiana@pisai.it )

Plus de 40 années ont passé depuis la promulgation de la Déclaration Nostra Aetate du Concile Vatican II. Ce numéro consacre à cet événement toute sa section Etudes, réflexions et témoignages. Le n° 3 de Nostra Aetate concerne les rapports entre chrétiens et musulmans, quel en fut l’accueil de part et d’autre ? Le numéro présente une série d’articles qui reflètent sa réception en des situations et des régions significatives. Les Notes et Documents, ainsi qu’une riche moisson de recensions, témoignent de l’activité importante du dialogue entre chrétiens et musulmans. Citons l’article de Roger Michel (du SRI) : « Quelques aspects de la réception de Nostra Aetate 3 en France et en Europe ».

« Croire Aujourd’hui n° 225, 1-15 mars 2007 » (3-5, rue Bayard, 75393 Paris cedex 08 – croireaujourd’hui@bayard-presse.com )

La revue de formation chrétienne, publiée par Bayard, consacre un dossier de 14 pages à la question : « Faut-il avoir peur de l’Islam ? »  Pour y répondre, la revue propose des articles de réflexion, un dialogue entre Moustapha Cherif et le jésuite Samir Khalil, des références. Ce dossier veut aider à faire le point sur ce qui fait peur, sépare, et sur ce qui peut rapprocher chrétiens et musulmans. Un dossier intéressant même si «ce qui nous sépare » mérite débat.

« Christus n° 214 – avril 2007 » (14, rue d’Assas, 75006 Paris – abonnements.christus@ser-sa.com )

« Parmi nous, les musulmans » : c’est le titre du dossier de la revue jésuite Christus. Ces 80 pages désirent aider les chrétiens, en raison de la présence des millions de musulmans en France, à réfléchir, et à agir dans la clarté, et la sérénité. Comment apprendre ensemble, dans une joie partagée, quelque chose du Dieu plus grand ? Comment recevoir quelque chose de son altérité, de son unité, de sa bonté ?

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Nous reproduisons ici des propos de Mr Azzedine GACI sur le dialogue, publiés dans la revue du diocèse d’ALGER. Azzedine GACI est Recteur de la Mosquée Otthmane de Villeurbanne, Président du C.R.C.M. de Lyon, et il est à l’initiative du voyage islamo-chrétien qu’il a conduit en Algérie avec Mr le Cardinal Philippe BARBARIN, en février 2007.

“DIALOGUER”

“Il ne s’agit pas d’intervenir dans des décisions. Les désaccords provoquent des incompréhensions. Chacun a une définition propre du dialogue interreligieux. Est-ce que c’est unifier les religions pour n’en faire qu’une ? Est-ce convertir ou dire que nous chrétiens, musulmans ou juifs, connaissons la Vérité ? Est-ce que c’est pour démontrer une forme de supériorité de l’une sur l’autre ? Si ce dialogue est vécu dans ce sens, ce n’est pas la peine. Je me suis rendu compte qu’il y avait de nombreuses rencontres, mais sur le terrain rien ne se passait. C’est pour cela que nous voulons faire ce voyage. C’est un voyage de découverte, nous allons vivre des moments d’intense spiritualité, ensemble.

Il y a quatre choses qui découlent de ce dialogue, selon moi :

Nous connaître, mais surtout, nous entre-  connaître. Il y a un  verset  dans le Coran qui dit : “Nous vous avons créés en peuples et en tribus pour que vous vous entre-connaissiez”. Il s’agit de faire face aux préjugés et de développer un enrichissement mutuel.

Développer et apprendre une attitude critique sur soi. Nous devons accepter la critique, car cela nous permet d’avancer, de réformer notre présent et de préparer l’avenir et notamment le vivre ensemble. Avoir un esprit critique, c’est mieux comprendre et connaître sa foi.

Ce dialogue nous permet d’être attentifs aux craintes, aux interrogations et aux demandes formulées par les autres. Il ne faut pas avoir peur d’affronter ces interrogations, car elles n’expriment pas nécessairement des préjugés. Ces interrogations nous montrent nos limites, nos insuffisances et nos déviations, ainsi que notre paresse ; car nous ne faisons pas assez de travail sur nos textes révélés.

Enfin, ce dialogue sert à nous stimuler mutuellement. Il nous sert à entrer dans l’enrichsissement. Les ou le musulman apprendra à parler de son cœur et de sa spiritualité. Le musulman ne parle pas assez de son cœur. Nous vivons dans un siècle malade de folie. Et le musulman doit parler de son cœur, de sa spiritualité, de ce  jihad intérieur qui est cet effort de purification.

C’est mon attente du dialogue interreligieux. Il m’a obligé à  revisiter mon histoire pour mieux la comprendre, la vivre. Nous devons développer et nous y impliquer dans ce dialogue, pour faire face à tous les préjugés”.

(Azzedine GACI, Président du Conseil Régional du Culte Musulman, Lyon).

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