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LETTRE n° 88
Juin  2006

S.R.I. (Organisme de la Conférence Episcopale Française) - 71, rue de Grenelle, 75007 PARIS
Tél. 01 42 22 03 23 - Fax. 01 42 84 30 41 - E-Mail  :
contact@le-sri.com  -  I.S.S.N. 0996 – 6935


Quel est mon choix ? …

Une évidence s’impose à nous qui sommes obligés de prêter l’oreille à ce qui se dit et à ce qui s’écrit dans le domaine de la rencontre entre chrétiens et musulmans: nous sommes inondés de productions – livres, articles, interviews, émissions TV – et les auteurs, d’un seul chœur, se disent “objectifs”, “sérieux”... alors que beaucoup se rattachent, en fait, à un courant militant et, parfois, combatif. Ils appartiennent à un camp.

Curieusement, la ligne de démarcation ne partage pas le monde en chrétiens et en musulmans. Elle passe dans chacune des deux communautés et les divise, chacune, en deux courants antagonistes: il y a ceux qui sont “pour” et ceux qui sont “contre”. Pour ou contre la rencontre de « l’autre » !...

Ceux qui sont “contre” ne l’avouent pas toujours d’emblée : ils préfèrent expliquer que “l’autre” n’est pas prêt à la rencontre: il est trop “fondamentaliste” ou trop “moderniste”, il est “impérialiste” ou “fanatique”, il ne désire vraiment pas notre amitié... et même, il est pétri de haine intercommunautaire. Il veut la guerre, qu’elle soit appelée sainte ou non.

Si on leur objecte que les “autres” ne sont pas tous détestables ni haineux et que certains, même, recherchent notre amitié, leur réponse est que ces “autres” ne sont pas vraiment fidèles à leur religion ou qu’ils ont un double langage ou qu’ils tentent une manœuvre de séduction.

Si, là encore, on parvient à montrer la sincérité et la ferveur religieuse d’interlocuteurs possibles... ceux qui sont “contre” dévoilent une autre ligne de défense: entre les “autres” et nous, il ne peut y avoir de communication: les mots ne veulent pas dire la même chose, nous n’avons pas le même Dieu.... leur “culture” et la nôtre sont incompatibles.

Enfin... si tout cela s’avérait infondé... c’est pire: notre identité serait en danger d’être contaminée par l’indifférentisme, le relativisme, le syncrétisme... Les “nôtres” ne seraient pas prêts à rencontrer la pensée des “autres” sans en être infectés ; d’ailleurs – argument suprême – ceux qui s’y risquent sont des naïfs.

Cette attitude se rencontre chez les chrétiens comme chez les musulmans. Toute discussion est inutile, car ce qui est déterminant, dans cette position, ne se situe pas au niveau des idées, mais de la volonté. La vraie question qui mériterait d’être posée est celle-ci : quel est ton choix profond ? Veux-tu éliminer les « autres », les «croyants différents», de ta vie et de ton environnement ? Élever des murs de séparation qui divisent l’humanité en blocs indifférents ou hostiles les uns aux autres ? Veux-tu, au contraire, bâtir un monde nouveau où les différences se muent peu à peu en besoin d’amitié ?

Oui, il faut être clair, c’est bien d’un choix qu’il s’agit, et il n’est pas question de se le masquer à soi-même ou aux autres !

Oui, c’est vrai que le monde ne va pas bien ! Oui, c’est vrai que les croyants – de tous bords – ont encore souvent l’habitude de verser de l’huile sur le feu !

Oui, mais c’est vrai aussi que beaucoup de croyants - de tous bords - se sentent appelés à inverser le courant et à mettre de l’amitié là où la haine sème la destruction.

C’est un choix à faire, en toute lucidité, car on risque d’y prendre des coups. Si l’on fait ce choix, on découvre qu’il est contre-productif de dénigrer systématiquement les “autres”. Il ne s’agit d’ailleurs pas de les idéaliser, mais de recevoir de Dieu, jour après jour, la faculté de discerner chez les “autres” (et en soi-même aussi, sans doute) ce que Dieu sème en eux et qui peut porter des fruits d’amitié et de service désintéressé. Il faut choisir de croire que le même et unique Dieu fait de “toute vie humaine une vocation” (Populorum Progressio N° 15) et qu’il parle au cœur de chacun pour l’appeler à mettre plus de paix et d’amitié entre les humains, quelle que soit leur culture ou leur religion.

Pour que le monde de demain soit, davantage, porteur de paix et de justice, il faut choisir d’en appeler - en nous-même et chez les « autres » - à la victoire de ces semences divines d’amour sur nos fermetures et nos rancœurs. Nous venons de commémorer le dixième anniversaire de la mort des moines de Tibhirine. Ils avaient pris le risque de la fidélité à leurs amis, alors même que le climat ambiant mettait leur vie en danger. Leur choix nous parle et n’a pas fini de porter ses fruits parmi nous. Chrétiens ou musulmans, le choix qui nous est offert n’est pas celui de la naïveté ni celui de la méfiance : il est celui d’un engagement à tenir, ensemble, sans nous laisser décourager par les échecs, le pari de l’amitié, à la fois lucide et chaleureuse.

J.M. Gaudeul
Se
rvice des Relations avec l’Islam
 

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Mariages mixtes et liberté de conscience

De plus en plus souvent, notre service reçoit des lettres inquiètes de jeunes gens qui préparent leur mariage alors qu’ils appartiennent, l’un à l’islam et l’autre au christianisme. L’accueil qu’ils reçoivent de la part des cadres religieux de leurs religions respectives peut être chaleureux, mais il peut aussi devenir glacial au point de leur demander des décisions incompatibles avec leurs convictions religieuses.

Il fut un temps où les autorités religieuses interdisait ce genre de mariage, ou ne le permettait qu’en obligeant le partenaire de l’autre religion à se convertir d’abord. L’Eglise catholique a, depuis des années, changé sa position sur ce point, elle s’assure, cependant,  que les deux partenaires s’engagent dans un mariage monogame et indissoluble, même s’ils gardent leurs convictions religieuses personnelles. Dans l’islam où, traditionnellement, le mariage d’une musulmane avec un non-musulman était interdit, la discussion est périodiquement relancée par des juristes de renom qui considèrent la position traditionnelle comme fondée, non pas sur le texte coranique, mais sur d’anciens réflexes communautaires contraires à l’esprit du texte. Nous publions ici une prise de position du Dr Hassan al-Turabi, dirigeant des Frères Musulmans du Soudan, qui vient de publier des fatwas sur le sujet. Le texte a paru, en arabe et en anglais dans le journal Al-Charq el-Awsat du 21/04/2006. (http://www.asharqalawsat.com/)

S’il ne nous appartient pas de prendre position dans un débat interne à l’islam, nous ne pouvons taire le fait que beaucoup de jeunes chrétiens et de jeunes musulmanes trouveront, dans ces propos, l’espoir de se marier sans que le jeune chrétien soit mis en demeure de se convertir à l’islam comme cela se produit souvent à l’heure actuelle.

“Asharq Al-awsat interroge le leader soudanais islamiste Docteur Hassan Turabi
 Lundi le 24 avril 2006
Par Imam Mohamed Imam

Question : Vous avez fait paraître des fatwas controversées déclarant permis le mariage entre une femme musulmane et un homme de persuasion chrétienne ou juive. Voulez-vous dire que les femmes qui se convertissent à l'Islam peuvent rester mariées avec un mari non-musulman, ou qu'une femme musulmane peut épouser un homme non-musulman ?

Réponse : D'abord, nous devons examiner cette question dans son contexte, et, en particulier, celui de l'Ijtihad quand il en vient aux questions générales de la condition des femmes dans l'islam. Le discours islamique moderne et contemporain sur les femmes accuse un retard considérable sur les règles et les principes islamiques authentiques du fait que les musulmans contemporains ne réfléchissent pas assez profondément à ces principes quand il s’agit du mariage de leurs filles.   

La fatwa était une réponse aux questions qui avaient surgi dans la communauté musulmane aux Etats-Unis. Il y avait un incident dans lequel une femme américaine est allée à un des centres islamiques pour se convertir ; cependant, elle voulait rester mariée à son mari non-musulman après s’être convertie. Les fonctionnaires du centre lui ont dit que si elle était sincère dans son désir de devenir musulmane elle commencerait des procédures de divorce, malgré les dépenses énormes que cela impliquait et même si cela signifiait qu'elle perdrait la garde de ses enfants. Ils n'ont pas réalisé que c'était trop demander de quelqu'un qui en était à faire ses premiers pas vers l'islam. Une telle attitude fait que beaucoup de femmes sont peu disposées à se convertir.  

Bien sûr, avant de publier ma décision, j'ai dû entreprendre beaucoup de recherches concernant la loi islamique, en particulier en lisant des livres de jurisprudence islamique qui avaient été écrits à différentes périodes historiques. Toutes les fatwas passées qui ont interdit le mariage de femmes musulmanes aux hommes non-musulmans ont été publiées pendant des périodes où sévissaient des luttes politiques entre musulmans et non-musulmans. D'autre part, je n’ai pas pu trouver un seul mot qui interdit un tel mariage dans le Coran ou la Sunna.      

Dans le cas particulier de la femme qui a voulu se convertir aux Etats-Unis, mon avis est qu'elle aurait dû rester mariée avec le non-musulman. Elle pouvait devenir la raison pour que son mari non-musulman se convertisse. Peut-être même d'autres familles de femmes américaines converties auraient suivi le même chemin. Beaucoup de personnes sont restées  perplexes devant ce que j'ai dit et m'ont attaqué pour cela. Quelques-uns ont même décidé que j'étais maintenant un infidèle! Ils ont parlé de toute cette question comme si c'était une question d'honneur. Cependant, si vous la regardez objectivement, la conversion et la conduite islamique de la femme aurait pu influencer positivement le mari. C’est le genre d’influence dont ont besoin les musulmans occidentaux. 

Nous devons laisser les minorités musulmanes, qui vivent parmi 'les Gens du Livre' en Occident, évaluer cette question et décider ce qui est approprié pour eux, puisqu’ils sont le premier groupe concerné. Ils concluraient qu'ils doivent permettre à leurs filles d'épouser des juifs et des chrétiens parce que ces mariages attireront peut-être les maris à l'islam ou, du moins, les femmes resteront musulmanes. En Occident, les libertés individuelles sont généralement plus étendues : qu’ils soient libres de décider de leur comportement individuel ou collectif. Voilà mon point de vue sur ce problème.

 Question : Donc vous dites que les femmes qui se sont converties à l'Islam peuvent rester mariées à leurs maris non-musulmans, mais qu’il est interdit à une femme musulmane d’épouser un homme non-musulman ?

Réponse : Non, j'avais parlé précédemment de ce type de mariage et je crois que le mariage entre une femme musulmane et un homme non-musulman est valable puisque rien dans le Coran ou la Sunna n’en ordonne autrement. De plus, la décision doit aussi prendre en compte chaque cas particulier ; en somme, en me basant sur les enseignements accumulés des savants passés, je ne peux pas dire que ce type de mariage est interdit.  

Ces enseignements nous disent par exemple que le consensus (Ijma
&) est le consensus de juristes à chaque époque mais ce que le Coran dit est totalement différent. Il faut donc nous en détourner. Les mêmes énonciations accumulées des savants ont aussi recommandé que nous devions obéir à un dirigeant même s'il a saisi le pouvoir par la force. Le Coran n'approuve pas du tout cela. Nous devons toujours nous référer aux fondements qui sont le Coran et la Sunna.”
Texte arabe

Sur ce sujet, on trouvera d’autres points de vue dans un numéro de le revue Se Comprendre N° 01/10 de décembre 2001: “La musulmane et le mariage mixte (discussions tunisiennes)” (17 pp.) et sur le site de notre service (www.le-sri.com/mm.htm).

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ë         Pèlerinage  « des 7 dormants »

Cette année le « Pardon des 7 dormants » se tiendra les 22 et 23 juillet, avec comme thème général « 50 ans après l’indépendance du Maroc: le dialogue islamo-chrétien ». Le samedi : une exposition et des ateliers de calligraphie avec interventions et démonstrations ; de la musique croisée entre Bretagne et Jordanie. Le soir, partage autour du repas et pardon traditionnel à 21 h, suivi de « Fest noz » au hameau des 7 Saints. Le dimanche matin, messe à 11 h, puis procession vers la Fontaine aux 7 saints. Hommage à l’action de Louis Massignon, avec le Père Maurice Borrmans. Repas au hameau des 7 saints avec, l’après-midi, poursuite du dialogue.

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&     « Quand les banlieues brûlent - retour sur les émeutes de novembre 2005 »

Sous la direction de Véronique LE GOAZIOU et Laurent MUCCHIELLI, éd. La Découverte, Paris, 2006, 160 pp., 8,50 €.

Des sociologues nous montrent le rôle joué par les politiques dans le développement de l’émeute et démontent les idées reçues, notamment le fait que les jeunes aient été « instrumentalisés » par des « caïds », des « barbus, etc., en soulignant, par contre, une forme de solidarité d’habitants des quartiers envers les jeunes émeutiers. Au-delà de l’événement, ce livre soulève un certain nombre de questions essentielles sur l’école, la situation sociale et économique réelle de ces quartiers, le rôle de la police.

&     «Juifs et musulmans - une histoire partagée, un dialogue à construire »

Sous la direction d’Esther BENBASSA et de Jean-Christophe ATTIAS, éd. La Découverte, Paris, 2006, 142 pp., 8 €.

C’est au moment où tout semble perdu que le dialogue prend toute sa valeur. Issu d’une rencontre en 2004, ce livre réunit les contributions de diverses personnalités (intellectuels, chercheurs, écrivains, journalistes, acteurs associatifs, responsables communautaires) venues d’horizons culturels et confessionnels différents, qui ont accepté d’échanger sur l’histoire des relations judéo-musulmanes depuis le Moyen-Age, aussi bien que sur les conflits contemporains. Sans illusion, mais avec des raisons d’espérer.

     &     « Pierre Claverie - Je ne savais pas mon nom – mémoires d’un religieux anonyme »

Pierre CLAVERIE, éd. du Cerf,  Paris, 2006, 190 pp., 18 €.

Pierre Claverie, assassiné le 1er août 1996 à Oran, nous offre le récit d’une expérience humaine et spirituelle. C’est le fruit d’une retraite qu’il a prêchée plusieurs fois à des chrétiens, à des consacrés.

Donner un peu de moi-même pour que les autres vivent, et non pas me servir des autres pour vivre, moi”. Pierre, avec humour et finesse, puise à la source de l’Evangile comme à celles de nombreux mystiques chrétiens et musulmans.  C’est un chemin de liberté spirituelle qui est proposé à chacun. L’auteur traite du courage de croire, de l’ouverture, de l’espérance et de la force d’aimer. Cette marche invite le lecteur à se tourner vers la source de son être. Ce fut la force de ce grand témoin qui a donné sa vie.

&    « Quelle éducation face au radicalisme religieux »

Dounia BOUZAR, éd. Dunod, Paris, 2006, 250 pp.

Ouvrage de « recherche-action » collectif. Des éducateurs, des sociologues et d’autres penseurs font part de leurs échanges avec les jeunes musulmans de nos banlieues. Plutôt que de parler sur l’islam en termes théoriques, les auteurs tentent de comprendre pourquoi ces jeunes ont envie de dire que l’islam demande ceci plutôt que cela. L’approche veut coller au terrain et comprendre la subjectivité de ceux que l’on observe.

 &     « Henri Teissier, un évêque en Algérie  »

Martine de SAUTO, éd. Bayard, Paris, 2006, 367 pp., 19,80 €.

L’archevêque d’Alger répond aux questions d’une journaliste. Celle-ci en profite pour nous faire suivre les étapes de la vie d’un homme et, à travers lui, l’évolution d’une Eglise qui veut se mettre au service d’un pays et de sa population par-delà la différence de religion. Le livre est une mine de renseignements et une source de réflexion.

 &     « La schizophrénie de l’Islam »

Anne-Marie DELCAMBRE, éd. DDB, Paris, 2006, 258 pp., 19 €.

Ici, comme dans ses autres livres, l’auteur porte un jugement négatif sur l’islam dans son ensemble : depuis ses origines, cette religion serait déchirée en contraintes contradictoires. Sa lecture de l’histoire est souvent simpliste et les époques télescopées. Est mis en exergue tout ce qui montre l’islam rétrograde ou archaïque. Il ne s’ensuit pas une falsification des faits, mais une distorsion de leur interprétation.

 &     « Musulmans contre Islam ? – Rouvrir les portes de l’Ijtihad  »

Hechmi DHAOUI & Gérard HADDAD, éd. Cerf, Paris, 2006, 134 pp., 15 €.

Les deux auteurs sont psychanalystes. L’un vit en Tunisie et l’autre en France. Leurs échanges, évidemment marqués par leur profession, tentent de comprendre les ressorts de la crise qui oppose divers courants musulmans, et certains d’entre eux à l’Europe. Une réforme de la pensée religieuse est inévitable.

&     « Islam, médias et opinions publiques - Déconstruire le  choc des civilisations »

Commission Islam & Laïcité, éd. L’Harmattan, Paris, 2006, 119 pp., 10 €.

La Commission Islam et Laïcité rassemble sous un seul volume quelques-uns de ses travaux. L’ensemble tente d’analyser la validité des rejets manifestés par l’opinion européenne face à la présence en son sein d’une nouvelle population musulmane.

 &     « L’Islam dans la cité - Dialogue avec les jeunes musulmans français  »

Philippe Yacine DEMAISON (sous la direction de), éd. Albin Michel, Paris, 2006, 281 pp., 15 €.

Les scouts musulmans de France posent les questions qui les préoccupent à des personnalités musulmanes : D. Bouzar, Y. Chaïb, E. Geoffroy, D. Mabrouk, M.K. Sekkal et Cheikh Bentounès. Les principes de la religion, doctrine ou rites, apparaissent sous un jour nouveau.

&     « L’islam au risque de la laïcité - émergences et ruptures »

André DURAND, éd. L’Harmattan, Paris, 2006, 246 pp., 22,50 €.

Dans l’histoire de l’islam, inventaire des auteurs manifestant une approche critique et rationaliste, suivi de quelques auteurs mystiques. Les auteurs traditionalistes ou intégristes actuels sont ensuite campés en face des nouveaux penseurs modernistes contemporains. La présentation devient plus polémique, parfois avec excès, quand elle traite du présent.

&     « L’islam - Tolérant ou intolérant ? »

Mustapha CHERIF, éd. Odile Jacob, Paris, 2006, 295 pp., 22,90 €.

Ce professeur à l’Université d’Alger, philosophe et islamologue, qui a été ministre et ambassadeur d’Algérie, répond à des questions que beaucoup se posent au sujet de l’Islam. Tolérant ou intolérant ? Deux parties dans sa réflexion : le musulman et l’autre ; les musulmans et la mondialisation. Cette phrase d’Ibn Arabi : “Mon cœur est devenu apte à recevoir tous les êtres”, guide la réflexion de l’auteur. On reçoit, lorsque dans un foyer, on accueille l’hôte de passage. On ne le retient pas, on ne l’assimile pas ; on lui ouvre un espace, on lui laisse s’ouvrir lui-même un espace de passage, de visite, d’altérité. Ainsi nous sortons de l’abstraction pour accéder au concret de l’expérience et à la vie du cœur autant que de l’esprit. “Les êtres de bonne volonté savent bien que l’avenir est commun et passe par le débat, le dialogue et l’échange, à l’opposé des discours de dénigrement et de l’apologie”.

&     « Les musulmans face à la mort en France »

Atmane AGGOUN, éd. Vuibert, Collection « Espace Ethique », Paris, 2006, 158 pp.

Le regroupement familial, l’implantation des familles musulmanes en France ont développé de nouveaux besoins sur le plan cultuel, d’où l’organisation des carrés musulmans dans les cimetières municipaux. Ce livre nous fait comprendre les rites qui entourent la mort en islam, les règlements juridiques des différentes écoles, et toutes les réflexions sur la mort et l’au-delà, qui sont très vivantes au cœur des émigrés, devenus immigrés.

&     « L’Islam - ennemi naturel ? »

Emilio PLATTI, éd. du Cerf, Collection « L’histoire à vif », Paris, 2006, 301 pp., 25 €.

Islam néfaste ou salutaire ? Avec l’étude de textes des débuts de l’islam, l’auteur nous fait suivre les polémiques qui ont marqué les relations islamo-chrétiennes. Le Coran intègre certaines données de la tradition biblique pour proclamer son propre « Kérygme » et les images de l’islam proposées aux chrétiens sont très négatives ! Quelques-unes évoluent et, avec le Concile Vatican II, l’islam devient respectable. Les derniers chapitres nous font suivre l’islam : voie de salut, religion, et au terme, l’impact politique et les questions contemporaines souvent complexes.

&     « Catholique/Musulman - je te connais, moi non plus »

Henri de SAINT-BON et Saad KHIARI, éd. François-Xavier de Guibert, Paris, 2006, 245 pp., 22 €.

Ouvrage à deux voix : « Chercher la vérité » - « Se débarrasser des préjugés ». Etude synoptique des textes sacrés et fondamentaux, les Prophètes dans les deux Traditions, Jésus et Mohammed, et l’étude se poursuit. Le Père Michel Lelong a préfacé l’ouvrage : « Le principal intérêt de cet ouvrage est qu’il a été écrit non par des spécialistes, mais par de simples fidèles … Il devra être complété et parfois corrigé par les travaux de plus en plus nombreux en de domaine. Premier pas sur le chemin de la connaissance mutuelle respectueuse et de la recherche de la vérité ».

I N I T I A T I V E S

*     PARIS

Le mardi 13 juin, un colloque a eu lieu sous l’égide des Amitités judéo-musulmanes, à la mairie du  XVIème arrondissement de Paris. Le thème était “Religions et cultures dans la France d’aujourd’hui”. Avec Jean Kahn, Dr Dalil Boubakeur, Mgr Defois, Professeur Claude Roels et Alain Boyer. Ce nouveau millénaire, riche de changements et de bouleversements, tant en France que dans le monde, risque de transformer de fond en comble notre univers : sans se tromper, on peut dire “rien ne sera plus comme avant”. Il faut donc repenser notre société, notre environnement. Première mission : endiguer la violence et restaurer un minimum d’harmonie, de vouloir vivre ensemble. Les récents troubles en France montrent l’urgence d’une réaction bien pensée et suffisamment mûrie pour être bénéfique à tous.

*          CARCASSONNE

En 2005, une soixantaine de chrétiens et musulmans invités par l’ACO s’étaient retrouvés pour partager leur foi. Cette année, le 29 mars, à Notre-Dame de l’Abbaye, autant de participants se sont retrouvés pour témoigner que la foi est plus forte que la haine et les préjugés. Des témoignages de partages, de difficultés de quartiers, de voisinage et surtout de solidarité.

Cette réunion se greffait sur  des actions communes en divers points du département: petitions pour prendre en main les problèmes d’une cité à Fleming,  partages de repas communs sur un quartier, cours d’alphabétisation à Limoux, démarches communes pour obliger une municipalité à rénover des immeubles, lutte pour l’émancipation des femmes. Cette rencontre a permis à toutes ces expériences de se raconter et  d’entendre un appel des responsables religieux pour plus de participation et plus de sérénité dans le combat pour la justice et l’amitié.

 *      VALENCE - AIGUEBELLE

“Tibhirine – 10 ans après, à Valence et Aiguebelle.

Samedi 27 mai, à la cathédrale de Valence : veillée méditative autour de la croix de Tibhirine, à partir de textes inédits de Christian de Chergé. Dimanche 28 mai : en présence de plusieurs des familles des 7 frères et d’une foule nombreuse, une messe est célébrée par Mgr Lagleize, évêque de Valence, et son prédecesseur Mgr Marchand, avec Mgr Vincent Landel, archevêque de Rabat, signe tangible de la communion avec l’Eglise du Christ au Maghreb, et Dom André Barbeau, Père Abbé d’Aiguebelle. Un ami musulman, Mounir Ben Taleb, a lu l’hymne à la fraternité qu’il a écrit pour “ses” frères de Tibhirine, moment d’émotion très fort. L’après-midi, à Aiguebelle, 300 chrétiens et musulmans de la région se sont rassemblés autour de deux témoins : Mgr Vincent Landel et le Docteur Khaled Sekkal, de la confrérie Alawiya. “Si l’autre devenait vraiment mon frère ! … Vocation commune que nous partageons, musulmans et chrétiens, d’être des frères et des frères croyants, priants, agissants” (Mgr Vincent Landel). “Il faut faire un pas encore plus en avant et réaliser la fraternité adamique : nous sommes tous intrinsèquement frères” (Docteur Sekkal). A la sortie, un signet était remis à chaque participant, mémoire des 10 ans, et portant le verset d’ouverture, devenu le symbole de l’amitié islamo-chrétienne, d’un poème de frère Christophe : “Tu es là mon ami”, en français et en arabe.

Roger Michel (Valence)

 *     La Commission « islam & LAÏCITÉ »

Créée en février 1997, à l’initiative de la Ligue de l’Enseignement et sous la responsabilité de Michel Morineau et Pierre Tournemire, la Commission Islam et Laïcité (initialement Laïcité et Islam) a pour but de rassembler autour d’une même table, sans souci de représentation institutionnelle, des musulmans, des chrétiens de différentes confessions, des juifs, des agnostiques et des athées, afin de discuter librement de la place de l’Islam en France et de ses relations avec les institutions.

Après une courte interruption et une réorientation de son travail, la Commission poursuit désormais son activité sous l’égide de la Ligue des Droits de l’Homme et du Monde diplomatique.

A sa réunion de juin 2005, la commission a décidé de se transformer en association Loi de 1901. Cette nouvelle étape devrait permettre à la Commission d’élargir ses activités, notamment dans le domaine de la communication et de la formation, ainsi que ses contacts avec les associations, partis et syndicats.

Groupe d’étude et de réflexion, constitué d’acteurs nationaux ou locaux, de responsables d’organisations laïques ou religieuses, de chercheurs, d’intellectuels... la Commission veut

·       analyser les enjeux de la présence musulmane en France ;

·       donner à comprendre la nature des obstacles qui se dressent devant l’intégration politique et culturelle des individus et des groupes issus de l’immigration et de confession musulmane ;

·       travailler à cette intégration (sur le plan philosophique et politique et du point de vue législatif) ;

·       lutter contre l’islamophobie.

Tout en cherchant à connaître et analyser l’Islam, les objectifs de la Commission visent surtout à agir sur l’opinion publique par un travail de terrain mené avec des interlocuteurs sociaux divers.

L’Islam, devenu aujourd’hui la seconde religion en France, doit s’inscrire dans la République, mais la République doit aussi prendre en compte les demandes spécifiques et légitimes des groupes et des individus se réclamant de l’Islam.

La Commission organise ainsi des rencontres publiques (cf. L’Islam dans la Cité, avec Confluences Méditerrannées, le Monde diplomatique, l’Unesco et la Ligue de l’Enseignement, en décembre 2000 ; rencontre en partenariat avec la CFDT, le 13 juin 2003 à Paris ; colloque à l’Unesco sur le thème "Islam, médias et opinion publique", le 1er juillet 2005) et publie des documents, ainsi que des livres. Consulter son site : www.islamlaicite.org .



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 « Se Comprendre » (7, rue du Planit, 69110 Ste Foy-lès-Lyon - T. 04 78 59 20 42 - www.comprendre.org).
N°06/04 - avril 2006 : « Le Liban : une vocation spirituelle», dossier d’Annie Laurent, 16 pp. 
N°06/05 - mai 2006 : « Musulmanes en France» , dossier de Philippe Thiriez, 16 pp.
N°06/06 – juin-juillet 2006 : « La mission prophétique de Muhammad» , de Samir Khalil Samir, sj., 16 pp.

« Le Monde des Religions » (163,, boulevard Malesherbes, 78859 Paris Cedex 17 – www.mp-services.fr)

Dans le numéro 17 de mai-juin 2006, une enquête sur « L’islam, première religion dans les prisons françaises ». En l’espace d’une quinzaine d’années, l’islam est devenu la 1ère religion revendiquée derrière les barreaux hexagonaux. Miroir grossissant du malaise des banlieues, le phénomène révèle le désarroi d’une jeunesse à la recherche d’un cadre moral, et de plus en plus sourde aux valeurs de la République. Ghaleb Ben Cheikh dénonce « les imams ignares » et pour Gabriel Mouesca : « La question n’est pas religieuse mais sociale ».

 « Courrier International » (60646 Chantilly Cedex - www.courrierinternational.com)

Le numéro 809 du 4 au 10 mai 2006 comporte un reportage sur « Réformer l’islam ». Quelques intellectuels musulmans, en Europe, mais aussi au Moyen-Orient, débattent ouvertement de thèmes jadis tabous : terrorisme, violence, haine de l’autre, misogynie … Dans un monde où les appartenances religieuses et claniques empêchent l’émergence de l’individu, les voix dissidentes sont forcément rares. Pourtant, certains osent prendre la parole, quelquefois au risque de leur vie.

« Chrétiens et musulmans : Vivre ensemble… et prier ? »

De nombreux foyers mixtes et des groupes d’amis souhaitent connaître des moments « priants » lors de leurs rencontres. Ce dossier contient une introduction sur les possibilités et les difficultés de la prière quand on appartient à des religions différentes. Suivent de nombreux exemples de formules utilisées dans les familles ou les groupes islamo-chrétiens.

Commander au SRI  (71 rue de Grenelle, 75007 Paris) – 7 euros, port en sus

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A-Dieu, Gilles !
   

De 1991 à 1997, le S.R.I. fut dirigé par Gilles Couvreur, prêtre de la Mission de France. Malgré sa maladie, il restait en lien avec nous et avec de nombreux amis musulmans. Pendant son mandat, il avait attiré l’attention, tant des milieux laïcs que des cercles chrétiens, sur l’émergence de la jeune génération de musulmans français mêlant ferveur religieuse et engagement citoyen. Il était sensible à tout ce qui rend les êtres humains plus ouverts et plus disponibles les uns aux autres. Pour nous qui l’avons connu et aimé, son souvenir nous soutient et nous relance dans notre action pour établir un climat de bienveillance et une collaboration durable entre chrétiens et musulmans. 

La photo ci-dessous nous le montre visitant le Bourget lors du grand rassemblement annuel. 

 

Le Cardinal Panafieu, qui présidait le SRI quand Gilles l’animait, a voulu nous faire part de son estime pour lui :

   “Quand j'ai été nommé président du Comité épiscopal pour le dialogue interreligieux, et président du S.R.I., c'est Gilles Couvreur qui m'a accueilli avec une chaleur que l'on aurait pu croire "méridionale". Il m'a fait connaître non seulement le fonctionnement du service, mais les personnes qui y travaillaient, les problèmes qui se posaient, les recherches théologiques qui étaient engagées, le tout exprimé avec passion, parfois avec vigueur, et même avec une certaine raideur qui était le reflet de son engagement total au service du dialogue avec les musulmans. Il en connaissait un grand nombre avec lesquels il aimait discuter, ouvert aux diverses cultures et aux approches théologiques, soucieux de respecter ses interlocuteurs, sans pour autant céder à la compromission. Il aurait voulu sans doute aller plus loin et plus vite dans le débat théologique, car Gilles Couvreur était un impatient, mais il ne voulait pas pour autant édulcorer sa foi chrétienne chevillée au corps et au cœur. 

Soucieux de la mission, courageux dans l'épreuve et confiant dans l'esprit, il a vraiment livré sa vie pour l'Evangile comme un apôtre fidèle de Celui en qui il avait mis sa confiance.”

+ Cardinal Bernard Panafieu
Archevêque émérite de Marseille

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