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LETTRE n° 87
Mars  2006

S.R.I. (Organisme de la Conférence Episcopale Française) - 71, rue de Grenelle, 75007 PARIS
Tél. 01 42 22 03 23 - Fax. 01 42 84 30 41 - E-Mail  :
contact@le-sri.com  -  I.S.S.N. 0996 – 6935

Rebondir après la crise !…

Nous venons de vivre ce qu’il faut bien appeler « l’affaire des caricatures ». Nous n’en ferons pas l’historique que l’on a fort bien fait dans certains journaux. De partout ont fusé les analyses : les uns ont exalté la liberté de parler et de publier, d’autres le respect du sentiment religieux ou celui des personnes, d’autres ont montré que les réactions violentes n’ont pas toutes été spontanées et qu’elles ont, parfois, été exploitées par des pouvoirs politiques ou religieux. Des morts, hélas, ont payé le prix de l’inconscience des uns, du machiavélisme des autres et de la haine de la plupart.

Notre Lettre présente la position de deux évêques face à ces événements. Le site du SRI (www.le-sri.com/Act.htm) donne d’autres textes du même genre.

Et maintenant ?

Il ne manque pas de gens qui, à chaque crise – celle des caricatures, mais aussi celle des enlèvements, du foulard, des attentats, de la guerre en Irak ou en Afghanistan, en Tchétchénie ou en Palestine – claironnent, haut et fort, que le dialogue interreligieux est affaire de naïfs et que le « choc des civilisations » demande de la fermeté, voire plus, pour se faire respecter. Ce faisant, ils utilisent chaque incident pour camper les communautés religieuses, les unes en face des autres, en ennemies, défendant, chacune, son intérêt et celui de ses membres.

Mais une telle attitude ne nous fait-elle pas perdre notre véritable identité, notre vocation à l’universalisme ? La parole dont nous sommes porteurs peut-elle se laisser emprisonner dans les intérêts d’un groupe, si respectable soit-il ?

Le chrétien peut-il oublier qu’il est appelé à aimer tous les hommes, même ses « ennemis » (Mt 5,44) ? Le musulman peut-il oublier que la « meilleure des communautés est suscitée pour le bien de l’humanité » (Cor 3,110) ? Et pourtant, c’est bien ce qui arrive quand un chrétien ne pense qu’à défendre les chrétiens ou, comme le souligne un musulman américain, quand  « il n'y a pas assez de musulmans parlant pour le bien-être et la prospérité de l’humanité dans son ensemble, sans la diviser en tel ou tel camp religieux, sectaire ou racial » (http://www.iviews.com/Articles/articles.asp?ref=IV0602-2929) .

Autrement dit, les crises qui nous secouent, et qui ne sont pas toutes d’ordre religieux, peuvent nous faire reculer et nous rétracter dans nos coquilles… mais elles peuvent aussi nous sommer de faire le point et de retrouver une plus grande fidélité.

Si injustes ou injurieuses que soient les attaques que nous subissons, elles nous obligent à nous demander s’il y a en nous quelque chose à changer ou à améliorer. Seul Dieu est parfait, et il y a bien des choses dans le comportement des croyants, leurs habitudes de pensée et d’agir, qui peuvent mériter critique et demander rectification. 

Par ailleurs, la souffrance que cause la dérision peut aussi nous faire réfléchir sur notre attitude à l’égard des autres : l’image que les chrétiens se font des musulmans est-elle une caricature ? L’image que les musulmans se font des chrétiens est-elle une caricature ? Entre croyants et incroyants, quel regard portons-nous les uns sur les autres ? Comment être, à la fois, objectif et bienveillant ?… Peut-être faudrait-il dire : objectif parce que bienveillant !

Créé par le Dieu d’amour et de miséricorde, chacun de nous ne peut être connu en vérité qu’à la lumière de cet amour et de cette miséricorde.

Si ce moment de crise nous a tentés d’en venir à un « choc des civilisations », nous pouvons en sortir, rebondir, par un effort délibéré pour dépasser les intérêts du groupe et servir ceux de l’être humain quel qu’il soit, et quelle que soit son appartenance religieuse ou nationale. « Un manque d’intérêt pour l'état général de l'humanité a miné nos institutions religieuses », disait un responsable musulman, ces jours-ci. Cette remarque est un appel qui s’adresse à tous.

Pour les chrétiens, la saison qui s’ouvre est celle du Carême, temps de conversion, temps de retour à Dieu pour accueillir son pardon et s’en laisser renouveler. C’est aussi un temps où nous lisons des textes bibliques qui nous invitent au partage puisque, ce que nous faisons au plus petit, c’est à Dieu que nous le faisons, comme le dit l’évangile. Si le don matériel est recommandé, le don d’un regard fraternel et bienveillant le dépasse en urgence et en importance. Il faut rebondir !

J.M. Gaudeul
Se
rvice des Relations avec l’Islam
 

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Au moment où éclate la crise des caricatures, deux évêques proposent quelques réflexions. Le premier texte est celui de l’évêque chargé de promouvoir le dialogue interreligieux parmi les catholiques de France. Son communiqué se veut bref et officiel. Le second émane de l’archevêque de Rabat (Maroc) et se présente sous forme d’une méditation  que chacun peut reprendre à son compte, qu’il soit chrétien, musulman… ou autre.

 

COMMUNIQUE

Monseigneur Michel SANTIER, évêque de Luçon, Président du Conseil pour les Relations Interreligieuses

“La démocratie suppose la liberté de la presse qui, comme tout principe démocratique, doit être défendue et préservée.

Dans notre République, la liberté ne peut être séparée de la fraternité et de l’égalité.

  Les événements récents nous posent la question suivante : la liberté a-t-elle favorisé la fraternité dans notre pays et dans le monde entier ?

  Si nous voulons que la liberté d’expression soit respectée et enseignée, cela suppose que nous respections les hommes et les femmes dans leur foi.

Les provocations inutiles blessent le cœur des croyants et peuvent remettre en cause le vivre-ensemble déjà fragile.

  L’islamisme et le terrorisme sont inacceptables ; les croyants musulmans sont des hommes et des femmes de notre pays, à comprendre et à rencontrer. Comme nous, ils aspirent à un monde plus juste et plus humain.”

Si l’autre devenait vraiment mon frère !

Et si l’autre devenait vraiment mon frère !

N’est-ce pas la question à se poser devant ce débat qui parcourt les médias ?

Si l’autre devenait vraiment mon frère, pourrais-je remettre en cause la foi qui le fait vivre ?

Pourrais-je bafouer, d’une façon ou d’une autre, sa croyance ?

Si l’autre devenait vraiment mon frère, pourrais-je parler de liberté sans vivre le respect ?

Si l’autre devenait vraiment mon frère, pourrais-je le rejeter par des actes de violence contre sa personne ou contre ses biens ?

Si l’autre devenait vraiment mon frère, pourrais-je me permettre de parler de lui négativement dans son dos ?

Pourrais-je me permettre de le détruire jusque dans son intimité ?

Si l’autre devenait vraiment mon frère, je pourrais le rencontrer en vérité ; nous pourrions parler simplement, même si nous ne sommes pas toujours d’accord.

Si l’autre devenait vraiment mon frère, sa rencontre me ferait grandir ; et je suis sûr qu’il  grandirait aussi.

Si l’autre devenait vraiment mon frère, nos regards pourraient se croiser, et un véritable sourire rayonnerait sur nos visages.

Si l’autre devenait vraiment mon frère, quel monde passionnant nous pourrions construire !

Vincent LANDEL s.c.j., Archevêque de Rabat

* * *


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ë   ë    Rencontre du Hautmont

Les 25 et 26 mars 2006, le groupe d’Amitié Islamo-Chrétien du Hautmont rassemblera chrétiens et musulmans pour une journée d’échanges sur le thème « Visages de Jésus dans les textes ».
Intervenants : Jacques Bernard, professeur de théologie à l’Université Catholique de Lille et Hamza Gharbi, aumônier musulman au C.H.R. de Lille.
Renseignements et inscriptions au : Secrétariat du Hautmont, BP 19, 59420 Mouvaux (Tel. : 03 20 26 09 61).  

       ë    Miribel

L’association « Fontaines de Miséricorde » organise à Miribel (01) le 1er avril 2006  une 1ère rencontre de la parole commune – Forum 1 sur le thème « Discours et mise en œuvre dans le dialogue interreligieux ». Avec Mr Hachemi Seghir et Père Patrice Chocholski, Mr Ahmed Jaballah et Père Roger Michel. Thèmes des ateliers : Tolérance et respect entre les religions – Mise en œuvre du dialogue – Discours inculturés – Les bienfaits des rencontres interreligieuses – Témoignages de nos expériences – Le dialogue est-il un appel divin ?

Renseignements : Mme Massiago (06 23 61 44 42).  

ë    Andalousie

Du 22 au 30 avril 2006, un voyage d’étude thématique : « Al-Andalus ». Voyage vers les sources euro-méditérranéennes de l’histoire où se rencontrent Orient et Occident. Découverte, entre Occitanie et Espagne, des lumières méconnues du Moyen Age, Averroès, Ibn Arabi, Maïmonide, poétesses d’Al Andalus et St-Jean de la Croix, reliant l’histoire aux défis d’aujourd’hui.

Renseignements : Terres d’Echanges, 10 place Saint-Julien, 31000 Toulouse (T. 05 61 23 48 83) terresdechanges@free.fr ou ISTR 21, rue de la fonderie, 31000 Toulouse (T. 05 61 36 81 22) istr@ict-toulouse.asso.fr  

    ë    IIIT France

L’Institut International de la Pensée Islamique (IIIT France) en collaboration avec la chaire de l’UNESCO du dialogue interreligieux tiendra un Congrès international interdisciplinaire et transdisciplinaire intitulé : « Nouvelles dynamiques de la pluralité : paradigmes de la coexistence et de la reconnaissance » qui se déroulera du 22 au 25 juin 2006, au siège de l’Unesco à Paris.

Renseignements : iiitfrance@yahoo.fr

ë    Aiguebelle

10ème anniversaire de la mort des moines de Tibhirine, le dimanche 28 mai, à 10h30 une messe sera célébrée à la cathédrale de Valence avec Mgr J.C. Lagleize (évêque de Valence), Mgr V. Landel (archevêque de Rabat, Maroc) et Dom André Barbeau (Père Abbé d’Aiguebelle).

A 16h, à l’Abbaye Notre Dame d’Aiguebelle, une rencontre islamo-chrétienne aura lieu avec Mgr V. Landel et le Cheikh Bentounès sur le thème « Nous reconnaître une vocation commune ».

ë    Charles de Foucauld

A Strasbourg, du 4 au 6 octobre 2006, un Colloque sera organisé par la Faculté Catholique sur « Charles de Foucauld ». Trois parties sont prévues avec divers intervenants : 1. Les différentes figures de Charles de Foucauld, 2. Charles de Foucauld et l’islam. 3. Une réflexion théologique.

Pour plus de renseignements : Michel Reeber : P. 06 70 48 59 22.

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&     « Prier 15 jours avec Christian de Chergé »

Christian SALENSON, éd. Nouvelle Cité, Paris, 2006,, 128 pp., 12,50 € 
Petit guide  pour utiliser certains textes du prieur de Tibhirine dans un climat de prière ou de méditation.

 

&       « Paul-Albert Février : un historien dans l’Algérie en guerre »

Jean-Marie GUILLON, éd. du Cerf, Paris, 2006, 525 pp., 44 €. 
Historien et spécialiste de l’Afrique romaine l’auteur a découvert l’Algérie entre 1959 et 1962, en tant que soldat, puis comme archéologue. Les lettres et les notes de cahier qu’il a laissées constituent le récit de cette découverte du pays et de son peuple. Il donne un témoignage majeur sur les événements à des moments cruciaux du conflit, de la “sale guerre”. C’est un véritable engagement chrétien, une révolte contre la torture, le racisme envers les prisonniers musulmans qu’il considère comme des frères et dont il vient à partager une partie des espérances au moment de la naissance de l’Algérie nouvelle.

  &     « Islam et judéo-christianisme »

Jacques ELLUL, éd. PUF (Presse Universitaire de France), Paris, 2004, 110 pp., 13 €. 
Dans son introduction (20 pages), Alain Besançon insiste sur la différence entre les deux traditions.  C’est ce que développe J. Ellul dans plusieurs articles, écrits il y a une dizaine d’années. Il montre à sa façon et sans polémiquer les pièges à éviter quand on parle de “fils d’Abraham”, de “monothéisme”, de “religions du livre” ou de “dhimmi”.

&     « Le moine, l’imam et le rabbin (conversation) »

Benoît M. BILLOT, Zuhair MAHMOOD, Michel SERFATY,  éd. Calmann-Lévy,  Paris,  2002,  245 pp., 15 €. 
“Nous venons de constater à quel point nos religions étaient proches” (p. 124), nous dit Colette Mesnage qui dirige les entretiens, mais en sachant bien qu’il y a beaucoup de différences entre eux, chacun parlant de sa foi, “sans chercher à convaincre l’autre”. On y traite des “bases des religions”, des “textes et des sources” et autres sujets d’actualité “dans le monde qui nous entoure”.

&     « Passion pour l’Algérie - Les moines de Tibhirine »

John KISER, éd. Nouvelle Cité, Collection Récit, Paris, 2006, 512 pp., 28 €. 
L’ouvrage raconte l’histoire d’un enlèvement et d’un meurtre dont on n’est toujours pas sûr aujourd’hui de connaître les auteurs ni les mobiles exacts. Cela se lit comme un roman policier. Mais l’auteur veut comprendre ce qui, dans l’histoire de l’Algérie, peut expliquer la violence qui a frappé 7 hommes innocents. Ce sont les dimensions politique, économique, sociale et culturelle du malaise algérien qui sont abordées dans toute leur complexité. Cette réflexion sur les causes de la violence se réclamant de l’islam est plus que jamais d’actualité, après le 11 septembre, la 2ème guerre en Irak, la détérioration de la situation au Proche-Orient, la poursuite des attentats terroristes à l’échelle mondiale et le malaise des banlieues en France. L’auteur retrace le caractère proprement religieux, spirituel et mystique de cette aventure humaine qui se réfère continuellement à Dieu. Les moines prennent le risque de mourir par amour de leurs voisins, en fidélité au seul commandement divin : “Aimez-vous les uns les autres comme je vous ai aimés”. L’enquête policière devient analyse socio-historique et s’enrichit d’une réflexion sur la nature et les formes de la foi dans l’église et en islam, dans leurs rapports à la décolonisation et à la mondialisation.

&     « Liberté - Egalité – Islam – La République face aux communautarisme »

Antoine SFEIR et René ABDRAU, éd. Taillandier, Paris, 2005, 264 pp., 15 €.
Cet ouvrage se veut une présentation sérieuse du problème de savoir concilier unité et pluralisme dans un Etat moderne.
Après avoir présenté les traits fondamentaux de l’Islam et les étapes de son implantation en France, les auteurs décrivent les solutions actuellement proposées en France, en Amérique et en Europe, pour concilier le respect des pluralismes religieux et culturels avec l’homogénéité politique de chaque nation.
(Dans l’ensemble du livre, on ressent cependant une certaine dramatisation)

&     « La laïcité face à l’islam »

Olivier ROY, éd. Stock, Paris, 2005, 172 pp., 18,50 €.
Cet ouvrage d’un des meilleurs connaisseurs de l’Islam contemporain étudie le rapport entre Islam, sécularisation et laïcité en France.
La sécularisation, qui consiste à établir une distance entre le sacré et les autres activités humaines, se distingue de la laïcité, qui relève du politique (spécialement la « laïcité à la française »), définissant les rapports entre Etat et religions.
Pour l’auteur, la sécularisation pénètre tous les courants de l’Islam contemporain, y compris le fondamentalisme et l’activisme politique, obligeant ses adeptes à penser l’Islam comme une religion parmi les autres dans un contexte profane et à respecter les règles de la laïcité, ce qui peut, tôt ou tard, induire une évolution de la théologie.

&     « Français comme les autres ? »

Sylvain BROUARD et Vincent TIBERJ, éd. Sciences Po, Paris, 2005, 157 pp., 10 €.
Ce petit livre présente une “enquête sur les citoyens d’origine maghrébine, africaine et turque ».
Les réponses des personnes interrogées sont comparées à celles d’un échantillon équivalent de français de souche âgés de plus de 18 ans. Les questions posées couvrent des domaines souvent présentés comme sources de problèmes entre les musulmans de France et le reste de la population (religion, politique, mœurs, famille, valeurs)
Les résultats paraîtront surprenants à tous les amateurs de clichés et de préjugés, tant les propos recueillis montrent de similitude avec ceux de l’échantillon témoin. Un livre à lire, de prix très abordable !

&     « De Babel à Pentecôte - Essais de théologie interreligieuse »

Claude GEFFRE, éd. du Cerf, Cogitatio Fidei n° 247, Paris, 2006, 363 pp., 39 €. 
Comme l’indique le sous-titre, cet ouvrage veut prendre au sérieux les implications du mystère du pluralisme religieux et tente d’esquisser le projet d’une théologie interreligieuse qui réinterprète la singularité chrétienne en tenant compte des semences de vérité dont peuvent témoigner d’autres traditions religieuses. Une première partie réaffirme l’unicité et l’universalité du mystère du Christ pour le salut de tout être humain. Dans la deuxième partie, l’auteur donne quelques exemples de la fécondation mutuelle qui peut résulter d’un véritable dialogue intra-religieux. Et il insiste sur l’enjeu actuel du dialogue islamo-chrétien et sur la responsabilité historique des trois monothéismes pour l’avenir de l’Europe et de toute la communauté mondiale. La troisième partie s’attache à montrer que le dialogue interreligieux ne diminue en rien l’urgence de la mission de l’Eglise, alors même qu’il modifie sûrement son style.

Le dialogue entre les religions est le grand défi de la théologie chrétienne du XXIème siècle. Cette étude conduit à une meilleure intelligence de la singularité chrétienne.

&     «Le message de Hallâj l’Expatrié - Recueil du Dîwân. Hymnes et prières. Sentences prophétiques et philosophiques »

Stéphane RUSPOLI, éd. du Cerf, “Patrimoines” islam, 2005, 422 pp., 39 €. 
Hallâj, prédicateur populaire, savant et poète mystique, est mort martyr en 922, pour avoir défié l’ordre religieux établi et osé proclamer la souveraineté de l’amour divin face à l’autorité de la Loi. Il fit ses débuts dans l’ancienne et brillante école soufie de Bagdad. Il fut ensuite un prédicateur itinérant en Perse et jusqu’aux Indes. Il entendait revenir à l’essence de la Révélation, dont découlent le judaïsme, le christianisme et l’islam. Sa doctrine impliquait de dépasser la religion commune et le légalisme en découvrant la souveraineté de l’amour. La spiritualité de Hallâj vise la pleine réalisation de soi dans le miroir d’une conscience purifiée et transformée en Dieu. Dans le recueil de Dîwân, traduit à partir de nouvelles éditions critiques, on découvre des accents évangéliques et quelques traces de gnose manichéenne. Musulman de culture, manichéen par son tempérament, christique en sa passion, Hallâj est vraiment une figure hors norme.

&     «L’Islamisme à l’heure d’Al-Qaïda »

François BURGAT, éd. La Découverte, Paris,  2005, 215 pp., 15 €. 
Après nous avoir proposé l’Islamisme au Maghreb et l’Islamisme en face, l’auteur dans cet ouvrage, nous apporte une étude sérieuse de l’histoire de  “l’Islamisme”  : Préalables réformistes des Frères musulmans - les désillusions de la décolonisation - Al-Qaïda, 3ème temporalité de l’islamisme.
“A l’origine des revers manifestes de la communication nord-sud, se trouve vraisemblablement l’incapacité européenne à reconnaître la légitimité des oppositions islamistes modérées et leur potentiel de modernisation”. L’auteur propose la solution qui construirait la paix : partager et faire partager.

&     « Introduction à la société musulmane »

Sami A. ALDEEB ABU-SAHLIEH, éd. Eyrolles, Paris,  2005, 462 pp., 30 €. 
Livre monumental qui ne traite, en fait, que du droit musulman classique considéré comme le seul authentique et permanent. En conséquence, les nouveaux courants de l’islam sont relégués en fin d’ouvrage (p. 326-348) et vus comme quelques cas individuels de dissidence. Le lecteur en retire une vision fixiste et essentialiste de l’islam. Il s’agit d’une introduction à la société musulmane rêvée par les traditionalistes. 

&     « Une voie soufie dans le monde: la Shâdhiliyya »

dir. Eric GEOFFROY, éd. Aïni Bennaï/Maisonneuve & Larose, Paris,  2005, 542 pp., 45 €. 
Ouvrage collectif aux nombreux auteurs. Le ton hésite entre le témoignage chaleureux du participant  et l’approche plus critique et distancée de l’observateur. On y découvre, en détail, le fonctionnement d’une confrérie à l’époque moderne.

&     « Islam, médias et opinions publiques »

Commission ISLAM-LAÏCITÉ, éd. L’Harmattan, Paris,  2006, 120 pp., 10 €. 
Fondée à l’initiative de la Ligue de l’Enseignement, puis patronnée par la Ligue des Droits de l’Homme et le Monde Diplomatique, cette commission prend son autonomie et nous offre, en un petit livret, quelques articles qui permettent de jeter un regard critique sur la façon dont les médias et l’opinion publique ont construit artificiellement un scénario de “choc des civilisations” qui risque de détruire le consensus sur lequel est bâti notre vivre-ensemble. A lire.

&     « La civilisation islamo-chrétienne, son passé, son avenir »

Richard W. BULLIETT, éd. Flammarion, Paris,  2006, 238 pp., 21 €. 
Connu pour son oeuvre d’historien de l’islam médiéval, l’auteur répond à ceux qui prophétisent un conflit de civilisations entre islam et occident. Reprenant, étape par étape, la façon dont se sont bâtis l’Europe et le monde musulman, il démontre l’enchevêtrement des influences et les emprunts mutuels incessants. Cela lui permet de nous montrer à partir de quelle époque des choix différents ont amené  des visions du monde qui ne coïncident plus, sans être essentiellement opposées. Lecture parfois ardue. 

&     « L’islam au risque de la laïcité – Emergences et ruptures »

André DURAND, éd. L’Harmattan, Paris,  2005, 247 pp., 22,50 €. 
Dans une première partie historique, l’auteur repère les traces d’un conflit ancien entre fondamentalisme et esprit critique dès le Moyen-Age. Après avoir situé le soufisme dans ce conflit, il présente les nouveaux penseurs qui donnent à l’islam sa physionomie nouvelle.
 

&     « La conquête de l’Occident – le projet secret des islamistes »

Sylvain BESSON, éd. Le Seuil, Paris,  2005, 222 pp., 18 €. 
De façon dramatique, ce livre attire le lecteur en lui promettant de révéler un “complot” dangereux, une opération secrète visant à déstabiliser l’Occident. Il s’agit, en fait, de décrire les activités des groupes islamistes dont les actions relèvent plus d’un esprit commun que d’une concertation occulte, même si l’on ne saurait négliger l’existence de groupes trans-nationaux. Gagne-t-on en objectivité à construire, autour de ce sujet brûlant, ce climat de conspiration ?

I N I T I A T I V E S

*   Strasbourg

Une conférence de l’Ackerland (région Alsace) sur le thème “Quand la parole ouvre des portes”, s’est tenue, le 6 février, à Breuschwickershein. Michel Reeber est intervenu sur “La rencontre entre chrétiens et musulmans des quartiers difficiles”. A l’initiative du Collectif “Mouvement d’Action Rurale”, un des départements “Etudes et Recherches” de la Fédération Protestante de France.

*  Strasbourg

Une journée de formation, le 23 février, à Issenheim, à l’initiative des Religieuses de Ribeauvillé. Cette rencontre était ouverte aux religieuses et laïcs en lien avec l’islam. Trois parties : une introduction à l’islam, un partage des pratiques interreligieuses, et une réflexion sur la rencontre entre chrétiens et musulmans. C’est Michel Reeber qui intervenait pour cette journée.

*   ESSONNE 

Environ 200 personnes  se sont retrouvées, ce dimanche 26 février 2006, à Grigny, au Centre Culturel Sydney Bechet, à l'invitation de la jeune association islamo-chrétienne "Œuvrer en Essonne pour une Europe Fraternelle". Sous le signe de la rencontre et de l'amitié, chrétiens et musulmans ont vécu un temps fort de convivialité et d'échange paisible et fraternel.

L'évêque du diocèse, Mgr Michel Dubost,  Mr Khalil Merroun, recteur de la Mosquée d'Evry, Mr Anouar Kbikbech, président du Conseil Régional du Culte Musulman ont encouragé les participants à s'engager plus avant dans la voie du dialogue et de l'action commune. 

Les chorales-orchestres des scouts musulmans et  de la communauté chrétienne du Chemin Neuf ont contribué à faire de cette journée un temps de détente et de fête.

L'association envisage de présenter, en concert, au mois de Mai 2006, le chœur interreligieux « Terre Promise » au profit d'une action de réconciliation en Bosnie-Herzégovine, conduite par l'association européenne "The Soul of Europe" ("L'Ame de l'Europe").

*  LYON

Une journée d’études, animée par Michel Guillaud, le samedi 11 mars, à l’Université Catholique de Lyon, sur le thème “Traduire le Coran, traduire la Bible”. Autour des intervenants Zakaria Makri (éditions Tawhid), Maurice Borrmans (islamologue), Jean-Pierre Lémonon (exégète) et Michel Younès (théologien). Assimilée très souvent à une déperdition, à un rétrécissement ou à un dangereux débordement de sens, la traduction ne cesse d’interroger celui qui l’effectue et celui qui la reçoit. La publication d’une nouvelle traduction du Coran (éd. Tawhid) et les styles divers de traductions de la Bible, ces dernières années, ont été l’occation de poser un certain nombre de questions et d’avoir une réflexion approfondie.

*  Savoie

En liaison avec le diocèse catholique, l’Eglise Réformée de Savoie a organisé une série de quatre conférences, “pour mieux connaître l’islam”, qui ont réuni une vingtaine de personnes. D’autres conférences, à St Jean de Maurienne et Moûtiers, ont rassemblé de vingt à soixante personnes, pour la plupart chrétiennes, afin de  réfléchir sur la présence de l’islam et sur le dialogue interreligieux. Sur proposition du prêtre visiteur de prison, des détenus d’Aiton auront une réunion de ce genre, vers la mi-mars. Toutes ces conférences ont été données par Mr Charles Baldy, délégué diocésain pour les relations avec les musulmans.

A la suite de l’agression dirigée contre la mosquée d’Albertville, le pasteur P. Pers a envoyé une lettre à l’imam et à la communauté musulmane locale pour les assurer de la solidarité des chrétiens et de la sympathie qu’ils éprouvent à leur égard en ces moments difficiles.



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2   « Se Comprendre » (7, rue du Planit, 69110 Ste Foy-lès-Lyon - T. 04 78 59 20 42 - www.comprendre.org).

N°06/01 - janvier 2006 : « Israéliens et Palestiniens au pied du ‘Mur’ »  dossier de Philippe Thiriez, 16 pp. 
N°06/02 - février 2006 : « Un mystique du dialogue : Serge de Beaurecueil, o.p. » par Jean-Marie Mérigoux, o.p., 16 pp.
N° 06/03 - mars 2006 : « Jésus selon les musulmans », par Hmida  Ennaifer et Maurice Borrmans, 16 pp.

2   « La Revue de la CFDT » (4, boulevard de La Villette, 75955 Paris cedex 19 - T. 01 42 03 83 30 - larevue@cfdt.fr)

Des responsables de la CFDT, de la Fédération des Centres Sociaux et de la Ligue de l’Enseignement, se rencontrent dans le cadre d’une structure dénommée Social Plus. Ce groupe de réflexion est mis en rapport avec les questions posées par la visibilité croissante des activités d’associations se réclamant de l’islam. Cet engagement constitue-t-il un retour sur des prétentions religieuses pour marquer l’espace social ? N’est-il au contraire qu’une étape dans l’intégration, qui, par les rencontres qu’il provoque, engendrera inexorablement une laïcisation des pratiques ? Publié en hors-série, cet essai propose des éléments d’analyse et des réponses nuancées, propres à susciter le débat. Ce dossier intitulé « Identités et Laïcité », comprend 6 chapitres : La question de la laïcité en France - La dynamique sociale de l’engagement - La nouvelle question laïque - Logiques collectives et individualisation du croire - La question de l’islam en France - La question de la morale commune.

2 « Sézame » (2, passage Flourens, 75017 Paris - T. 01 44 85 42 73 – rédaction@sezame.info - www.Sezame.info)

Hakim El Ghissassi, directeur de la publication et de la rédaction, nous propose une nouvelle revue mensuelle (dont deux numéros sont déjà parus). En kiosque à 3 € et sur abonnement 25 € actuellement au lieu de 34 €. C’est un magazine franco-maghrébin, d’actualités politiques, économiques, culturelles et sociales, donnant des clés pour comprendre le monde de l’islam. Dans le n° 1, un dossier sur « l’islam marocain » ;  dans le n° 2, un dossier sur « Pannes et promesses de l’intégration, génération banlieue ».  A suivre, tous les mois.

2   « Islamochristiana n° 31 » (PISAI - Viale di Trastevere, 89 - 00153 Roma, Italia - islamochristiana@pisai.it)

Ce numéro 31 veut regarder en arrière pour mieux regarder en avant. La plus grande partie du volume est consacrée aux Index Généraux des trente derniers numéros. C’est une mine de données, de réflexions scientifiques et d’informations sur des personnages et des institutions chrétiennes et musulmanes du monde entier. Index général en 4 parties : les auteurs d’articles, les sujets, les notes et documents et enfin les recensions.

« Chrétiens et musulmans : Vivre ensemble… et prier ? »

De nombreux foyers mixtes et des groupes d’amis souhaitent connaître des moments « priants » lors de leurs rencontres. Ce dossier contient une introduction sur les possibilités et les difficultés de la prière quand on appartient à des religions différentes. Suivent de nombreux exemples de formules utilisées dans les familles ou les groupes islamo-chrétiens.

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LE PARTAGE DU PAIN
 

Le P. Serge de Laugier de Beaurecueil, prêtre dominicain, est mort le 2 mars 2005. Jean-Marie Mérigoux l’a bien connu et lui a succédé à l’IDEO, Institut Dominicain d’Etudes Orientales au Caire, qui a pour but d'étudier et de faire connaître, en vue d'un vrai dialogue, la culture orientale et arabo musulmane. Il le présente dans le numéro de février de la revue Se Comprendre (06/02). Nous en extrayons quelques lignes où se fait entendre le témoignage du “frère Serge”. Parti en Afghanistan en 1963 pour y étudier la vie et les œuvres d’un mystique musulman, al-Ansari (1005-1089), il y restera jusqu'en 1983, partageant son temps entre l’étude et l’accueil des jeunes en difficulté.

“Un jeune de Kaboul, Ghaffâr, avait invité le frère Serge à venir dans sa famille  "partager le pain et le sel". Il avait accepté l'invitation. Peu après, Ghaffâr, mourut dans un accident de voiture. Le repas partagé dans sa famille se révéla alors pour le frère Serge d'une richesse spirituelle immense[1], ce fut pour lui comme un geste de fondation pour sa vie afghane. Le frère Serge écrivit alors tout un livre pour célébrer l'événement, c'est : Nous avons partagé le pain et le sel. Le frère Serge est revenu sur l'événement dans Mes enfants de Kaboul :

"Cet accident me bouleversa. Je méditai sur "le pain et le sel" qu'à sa demande nous avions partagés, donnant au geste une valeur quasi "sacramentelle", aux conséquences incalculables. Et c'est au cours de cette réflexion que tout s'éclaira. Le sens de ma vie à Kaboul ? Ghaffâr, sans s'en douter, m'avait donné la clé pour le comprendre. J'étais ici pour partager  la vie des Afghans, dans la banalité de ses événements quotidiens, ne serait-ce que pour manger ensemble… Un tel partage liait ma  destinée à la leur, scellait le droit d'intercession - si cher à Louis Massignon - me consacrait  trait d'union entre le Christ  et eux, instrument silencieux de la Grâce." [2]

Le frère Serge, qui nous a quittés en cette année 2005, année de l'Eucharistie, peut nous aider par son témoignage à "découvrir la portée d'un geste qui nous est familier : le partage du pain et du sel"[3] car il nous fait explorer des horizons infinis et sans cesse nouveaux de ce mystère déjà vécu par les pèlerins d'Emmaüs. Ce geste était toujours pour lui sa préparation à la célébration de l'Eucharistie. 

"Depuis que le Seigneur a partagé le pain avec ses apôtres en en faisant une communion à son Corps, tout partage du pain m'apparaît comme le signe, l'appel, la préparation ou le prolongement de l'Eucharistie. Toute infidélité au lien que crée le partage du pain a quelque chose de sacrilège. Lorsque j'ai, pour la première fois, partagé le pain et le sel avec Ghaffâr, c'était dans une pièce contiguë à la petite chapelle où, le soir même, je devais consacrer l'Eucharistie. Célébrant au rite oriental, c'est ce même pain, partagé entre nous pour sceller l'amitié, dont une part est devenue le Corps du Christ. Il l'ignorait, je le savais… Mais la réalité était là, indépendante de la connaissance plus ou moins claire qu'en avait l'un ou l'autre de nous deux  D'ailleurs, précisément parce que le partage du pain avait délibérément pour but d'assurer une communion de vie, une unité d'être, en moi et par moi il avait part au mystère, dont il avait accompli le geste préfiguratif "[4]”.


[1]      Voir L’hospitalité musulmane et le partage du pain et du sel, in Se Comprendre n° 77, 3 mars 1966

[2]      Cf. Mes enfants de Kaboul, pp. 60-61.

[3]      Cf.  Nous avons partagé le pain et le sel, p. 12.

[4]      Cf. op. cit., pp. 38-39.

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