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LETTRE n° 83
Mars 2005

S.R.I. (Organisme de la Conférence Episcopale Française) - 71, rue de Grenelle, 75007 PARIS
Tél. 01 42 22 03 23 - Fax. 01 42 84 30 41 - E-Mail  :
contact@le-sri.com  -  I.S.S.N. 0996 – 6935

Carême…

Il fut un temps où les grandes religions régnaient, seules ou presque, sur des îles ou des continents : les hasards de l’histoire avaient placé « la chrétienté » au nord de la Méditerranée et « l’islam » au sud… La présence, au nord comme au sud, de minorités importantes de « croyants autres » apparaissait à beaucoup comme des survivances, des anachronismes ou des anomalies en voie de disparition. Petit à petit, le plus grand nombre a pris l’habitude de penser et de vivre sa pratique religieuse, ses fêtes et ses rituels, son organisation et sa vie sociale dans le cadre d’une Communauté religieuse vivant en autarcie.

La ferveur suscitée par les périodes de jeûne ou les célébrations de fête restait interne à cette communauté. Le Carême orientait les chrétiens vers leur propre progrès spirituel et le Ramadan ne concernait que les musulmans.

Nous le savons bien, il n’en est plus ainsi depuis de nombreuses années : qu’on le veuille ou non, les appartenances religieuses se sont diversifiées, les aléas de l’histoire ont mélangé les populations et les moyens de communication font entendre le foisonnement des opinions politiques ou religieuses jusque dans les sociétés les plus traditionnelles.

Que nous soyons chrétiens ou musulmans, nous vivons dans un monde ouvert à tous les vents. Impossible de faire comme si les autres n’existaient pas ! Mon rapport le plus intime avec Dieu se déroule sous les yeux d’autres croyants et je ne peux éviter de les sentir tout proches, présents à mes côtés, quand je me place sous le regard de Dieu.

Chrétiens ou musulmans, il nous faut apprendre à vivre le déroulement de notre calendrier religieux d’une autre façon. Dieu qui nous appelle à vivre ensemble ne peut nous demander une pratique religieuse qui, au contraire, nous isolerait les uns des autres et nous inculquerait l’art d’être fermés aux autres ou hostiles à leur égard  !

Mais alors, quel appel nous adresse-t-Il ? Comment ne pas réaliser qu’Il nous demande de vivre les fêtes de Noël ou de Pâques, Aïd el-Fitr ou Aïd el-Kebir, le Carême ou le Ramadan, dans un climat nouveau de bienveillance et de disponibilité les uns à l’égard des autres ?

Le temps du Ramadan n’est-il pas un moment où le croyant est invité non seulement à jeûner, à s’adonner à des temps de prière plus intense, à s’abstenir de tout péché, mais aussi à offrir l’hospitalité de sa table et de son cœur aux voisins, aux pauvres et à ceux qui lui sont étrangers ?

Le temps de Carême dans lequel les chrétiens viennent d’entrer est bien un temps de conversion du cœur, de retour à Dieu, d’accueil de son projet sur le monde : en méditant sur la vie, la mort et la résurrection de Jésus, il nous est demandé d’entrer dans les sentiments du Christ qui s’est fait serviteur de tous : « Je ne suis pas venu pour être servi, mais pour servir » – pour « rassembler dans l’unité tous les enfants de Dieu dispersés ».

Dans le contexte où nous vivons, l’effort de Carême ne consiste pas à serrer les poings et à tenter de prendre plus fermement le contrôle de nos actes ; il ne consiste pas non plus à serrer les rangs pour défendre une identité communautaire ; il est entrée dans un mystère : celui d’un Jésus qui, au contraire, se vide de ses préférences et même de son moi pour entrer dans le projet et le plan de Dieu sur le Monde : « Dieu a tant aimé le monde qu’il l’a envoyé pour sauver le monde et non pour le condamner ».

C’est d’un mystère d’amour, gratuit, immérité, total, qu’il s’agit. Entrer dans ce mouvement de la tendresse divine nous arrache à nous-mêmes, à nos exclusives : le jeûne qui nous est demandé n’est pas d’abord physique, nous le savons bien ; il est renoncement à tout ce qui fait barrage à ce déversement d’amour sur le monde, à commencer par nos préjugés, nos égoïsmes et nos jugements.

Au terme de cette période, ceux que nous rencontrons quotidiennement : chrétiens, musulmans, inconnus de toutes convictions, liront-ils dans nos yeux un peu plus de cette tendresse du Christ pour « la multitude » ?

J.M. Gaudeul
Secrétariat pour les Relations avec l’Islam
 

Documents

 

 

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Nous reproduisons ici deux documents intéressants tirés, l’un et l’autre, de bulletins diocésains, c'est-à-dire de ces parutions destinées aux catholiques.  Le premier provient d’un évêque de France qui invite les fidèles à s’ouvrir aux musulmans en surmontant leurs peurs. Le second est la méditation d’un prêtre de Jérusalem, vivant son désir d’ouverture dans un climat de violence et de méfiance. Tous deux témoignent du sérieux avec lequel de plus en plus de croyants luttent pour que le monde de demain soit un monde plus fraternel où « l’autre » est vu comme un partenaire.

DEVANT L’ISLAM EN FRANCE … 

Devant l’Islam, il va nous falloir garder raison. Et garder raison, selon moi, ce sera d’abord nous souvenir de notre propre histoire pour, humblement, le questionner, ensuite saisir la chance qu’il nous donne à nous les chrétiens, enfin tout faire pour faire reculer les peurs.

Nous souvenir de notre propre histoire pour, humblement, questionner l’Islam.

Dans notre Eglise, il nous a fallu presque vingt siècles pour comprendre qu’il n’y avait rien à craindre lorsque nous prenions le beau risque de questionner nos sources sur le Christ, les évangiles et notre histoire ; que nous ne devions pas avoir peur d’en faire une lecture critique jusqu’à reconnaître nos fautes et en demander pardon. Il nous a fallu longtemps pour apprendre qu’un vrai croyant doit défendre la liberté religieuse, sans rien perdre de la joie d’annoncer sa foi et d’éveiller les consciences. Il nous a fallu longtemps pour accepter que la démocratie soit une belle manière de vivre la responsabilité politique. C’est parce que nous avons mis longtemps à comprendre tout cela que nous saluons, parmi les musulmans, ceux qui n’ont pas peur de s’aventurer sur ces chemins, en comprenant que leur marche soit longue.

Saisir la chance que l’Islam nous donne, à nous les chrétiens.

C’est, à l’évidence, celle de redécouvrir le cœur de notre foi, en particulier sur deux points :

·         Le premier : l’Islam reconnaît en Jésus le prophète « le plus Saint ». Parce qu’Il est le plus saint, selon lui, Il ne peut pas mourir. Et parce qu’Il ne peut pas mourir, Il disparaît après la Cène, et c’est un sosie qui va mourir à sa place. Or, le cœur de notre foi nous fait aimer Jésus parce que le Fils de Dieu qu’Il est depuis toujours, choisit de ne pas échapper à l’affrontement réel des souffrances les plus injustes et même de la mort la plus ignominieuse. Ce qui nous fait douter de la bonté de Dieu ne le fait pas douter, Lui. Il traverse les souffrances et la mort sans laisser place ni au doute, ni à la haine ; Il s’en remet à Dieu, qui reste son Père, et pardonne à ses bourreaux, qui restent ses frères.

 ·        Le second : l’Islam s’attache à un monothéisme qui exclut toute approche du mystère de la Trinité, en laquelle il voit du polythéisme. Or, le mystère de la Trinité, qui est là grande originalité de notre foi, comme son épicentre, nous ouvre à un Dieu vraiment unique, parce qu’Il est en trois personnes. La petite fille qui m’a dit un jour : « La Trinité ? C’est parce que, quand on aime, on ne peut pas être tout seul ! » – a déjà tout compris ! Notre Dieu est unique en cela qu’en Lui l’amour circule, se donne et danse ! Et s’offre à nous tous pour qu’entre nous tous, il en soit de même !

Tout faire pour faire reculer les peurs.

 Et là, je veux bénir, au nom de Dieu, tous les baptisés, – je pense à de nombreux prêtres, religieux et religieuses, à de nombreux laïcs – qui, dans les quartiers les plus populaires et les établissements catholiques d’enseignement qui s’y trouvent, multiplient les lieux de rencontres respectueuses, d’actions de charité ensemble, de fêtes interculturelles, renonçant aux clichés stériles et aux jugements définitifs qui font monter la méfiance quand ce n’est pas la haine.

Ils tissent de la charité sans naïveté ; ils sont habités de l’Esprit de l’Evangile.

Mgr François GARNIER Archevêque de Cambrai

« Eglise de Cambrai », n° 21, 2 décembre 2004


 « J E R U S A L E M  » 

.Jérusalem m'a appris que je ne peux être homme qu'avec les autres hommes, que je ne peux être chrétien qu'avec les autres chrétiens, que je ne peux être croyant qu'avec les autres croyants.

Jérusalem m'a appris à me réconcilier avec ma propre mémoire sans nier la mémoire de l'autre, que l'Eglise de la Résurrection ne peut exclure la Mosquée d'Omar et le mur des lamentations, et que les fêtes de l'un n'excluent pas les fêtes des autres.

 Jérusalem m'a appris que l'un et le multiple ne sont ni contradictoires ni exclusifs, mais que l'un suppose le multiple et le multiple est une exigence de l'un.

Jérusalem m'a appris que la vie est faite d'un donné et d'un recevoir, où tous et chacun ont quelque chose à donner et quelque chose à recevoir.

Jérusalem m'a appris que mon identité n'est pas une identité fermée, mais une identité ouverte, et qu'elle n'est parachevée que si elle s'enrichit de l'identité de l'autre.

Jérusalem m'a appris que l'universel ne nie pas le particulier et que l'universel est celui qui est capable d'inviter à sa table toutes les richesses du particulier.

Jérusalem m'a appris que l'œcuménisme, le dialogue interreligieux, le dialogue des cultures et des peuples nous mettent, d'un côté, en face de nos faiblesses et de nos péchés, et de l'autre côté, en face de nos responsabilités et de nos immenses possibilités.

Jérusalem m'a appris que la relation est un processus de vie ou de mort, un processus pascal par excellence. A Jérusalem, on ne peut vivre sans mourir, mourir aux aspects destructifs de notre humanité, pour donner la voie en nous aux énergies de la vie.

Jérusalem m'a appris que tout cela est compris dans un tombeau vide, où s'est reposé le corps de celui qui a détruit dans ce corps même le mur de séparation qui divise les deux communautés pour en faire une seule.

Jérusalem est la ville de l'altérité par excellence, mais par contraste, car c'est là aussi que l'altérité est la plus crucifiée (et la plus crucifiante) pour nous rappeler que notre projet d'humanité est toujours incomplet invitant toujours à l'effort et au combat spirituel.

Rafiq KHOURY, palestinien,
prêtre à Jérusalem

« La Semaine Religieuse d’Alger », n° 9, novembre 2004, 226 pp.

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       « AiguebelleRassemblement islamo-chrétien»

Le 30 mai 2005, Rassemblement islamo-chrétien annuel au monastère d’Aiguebelle, sur le thème « Que dire ? Que faire ensemble ? ». Cet événement veut s’inspirer de l’idéal des moines de Tibhirine, dont certains ont vécu dans le monastère.)

Ergersheim Session sur le « Salut dans l’islam»

Du 11 au 15 juillet à l’abbaye N.D. d’Altbronn. Intervenants : O. Ullestad et M. Latahy.
Prix : environ 80 € – S’adresser à Nicole Benoit, T. 03 88 36 86 51, ou ni.benoit@voila.fr.

« ISLAM  et  CHRISTIANISME »   
Session de formation pour les chrétiens

L’Islam en France est une réalité que beaucoup souhaitent connaître aujourd’hui. Le Secrétariat pour les Relations avec l’Islam organise depuis plusieurs années une session intensive d’information et de formation pendant une semaine. Elle s’adresse aux chrétiens (laïcs, religieuses, prêtres).  Cette session se tiendra à Orsay : Du vendrdi 1er juillet (17 h) au vendredi 8 juillet 2005 (14 h).  

 


Amour Espoir

Mariages islamo-chrétiens

Une nouvelle édition du dossier destiné aux prêtres et diacres accompagnant les couples vient de sortir. (Prix : 5,5 € Port en sus) S’adresser au S.R.I.

Une fiche de présentation sommaire peut en être distribuée à tous les agents pastoraux (Prix : 0,15 € Port en sus).

 

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Vient de paraître un nouveau dossier du SRI :

« Chrétiens et musulmans : Vivre ensemble… et prier ? »

De nombreux foyers mixtes et des groupes d’amis souhaitent connaître des moments « priants » lors de leurs rencontres.       Ce dossier contient une introduction sur les possibilités et les difficultés de la prière quand on appartient à des religions différentes. Suivent de nombreux exemples de formules utilisées dans les familles ou les groupes islamo-chrétiens.

Dossier à commander au SRI  (71 rue de Grenelle, 75007 Paris) – 7 euros, port en sus

 

& « Guide de la Fraternité »
Témoignage Chrétien / Les Editions de l’Atelier, Paris, 2005, 233 pp., 20 €.
« Un outil indispensable à l’heure où l’interreligieux se développe, alors qu’est célébré en France le centenaire d’une laïcité ouverte » : ainsi se présente ce « Guide de la Fraternité », pour celles et ceux qui s’intéressent au dialogue interreligieux et souhaitent entrer en contact avec les associations près de chez eux. On y trouve répertoriées, par régions, puis par départements et par villes, en plus de 500 entrées et adresses en France, Belgique et Suisse, toutes les initiatives du dialogue interreligieux : dialogue entre juifs, chrétiens, musulmans, mais aussi des croyants d’autres religions et avec des non-croyants. Par cet ouvrage, Témoignage Chrétien se montre fidèle à son histoire et à ses engagements. Il a pour ambition de favoriser le dialogue des cultures et des religions, qui, récusant les sectarismes et les communautarismes, veut permettre « un enrichissement mutuel par la diversité de notre vie sociale et démocratique ».

 

&  « Une saison à la Mecque»

Abdellah HAMMOUDI, éditions du Seuil, Paris, 2005, 315 pp. 21 €.

Récit original et personnel d’un pèlerinage. L’auteur, marocain, enseigne l’anthropologie à l’université de Princeton, aux Etats-Unis. Habitué à un incessant va-et-vient entre son enracinement religieux et sa réflexion d’observateur scientifique de la croyance, il décide de participer au pèlerinage annuel à la Mecque, dans l’intention d’écrire une étude sur les rites traditionnels. A chaque étape, l’auteur nous fait part de sa difficulté à n’être qu’un pèlerin ou qu’un anthropologue. Le rituel a sa logique, la foi son langage et son influence. Nous le voyons sans cesse dépaysé et tiraillé entre deux niveaux de réflexion.

       

& « Le désarroi identitaire – Jeunesse et arabité contemporaine » 
Réda BENKIRANE, éditions Le Cerf, Paris, 2004, 340 pp. 24 €.
Ce livre étrange, écrit par un sociologue marocain, est tout sauf un livre de sociologie dont les observations seraient issues d’enquêtes minutieuses suivies d’interprétations rigoureuses, conscientes de leurs limites et de leur caractère provisoire. En fait, il s’agit, tout au long, d’une rêverie, d’une rumination à mi-chemin de l’observation et de la poésie.

 

& « L’Islam » 
Michel REEBER, collection « Les essentiels de Milan », n° 26, éditions Milan, Toulouse, 2004, 64 pp., 5 €.
Après la parution du « Coran », « Bible » et des « Grandes religions dans le monde », voici « l’Islam ». La religion musulmane est née dans le même espace géoculturel que le christianisme et le judaïsme. L’histoire du partenariat entre juifs, chrétiens et musulmans est jalonné de réussites et d’échecs. Pratiquée  par plus de 1,2 milliard de fidèles  – ce qui en fait la deuxième religion du monde contemporain – cette religion cherche à se frayer un nouveau chemin dans le paysage multireligieux qui l’entoure. Sans se voiler le regard devant les dérives extrémistes qui portent préjudice à son image, cet ouvrage s’efforce de montrer que le Coran et la Sunna – sources du dogme et de la foi de l’islam – inspirent et guident la vie religieuse de croyants issus d’une multitude de cultures. L’auteur s’efforce de fournir des repères et des éclairages en vue d’une meilleure approche de la foi des musulmans.

 

& « Petite sociologie de l’Islam » 
Michel REEBER, éditions Milan, Toulouse, 2005, 240 pp., 18 €.
Loin des idées reçues sur la religion musulmane, l’ouvrage est une approche à la fois documentée, transparente, éclairante et respectueuse, d’un univers bouillonnant et complexe, celui de l’Islam en tant que religion, mais aussi en tant que théologie. Dans un contexte de mixité religieuse, culturelle et sociale, on ne cesse aujourd’hui de s’interroger sur la communauté musulmane européenne, de relire son histoire et de penser son avenir. L’ouvrage est une invitation à découvrir l’Islam dans son quotidien, tel qu’il est pratiqué, vécu et transmis dans les quartiers en France et dans les pays de l’Europe de l’Ouest.

 

& « Le choc des religions » 
Daniel SIBONY, Pierre LAMBERT, Dalil BOUBAKEUR , sous la direction de François CELIER – éditions  Presse de la Renaissance,  Paris, 2004, 220 pp., 17 €.
Quatre témoins privilégiés issus du judaïsme, du christianisme et de l’islam, habitués au dialogue interreligieux, se penchent avec lucidité sur la difficile coexistence des trois grandes religions. Ils soulignent :

-    l’importance d’une vraie connaissance réciproque,

-    le chemin de l’islam et les défis actuels : laïcité, modernité, fondamentalisme,

-    « la coexistence de ces religions monothéistes, dont les structures religieuses sont bien distinctes, vient donner sa force et sa nécessité à un acte d’adhésion libre et volontaire chez le croyant ».

Les auteurs prouvent, au fil des pages, que le dialogue est possible.

& « Dialogue avec un musulman » 
Pierre GRELOT, éditions du Cerf, Paris, 2004, 220 pp., 20 €.
Echanges entre un jeune marocain et un français prêtre catholique. « Ce n’est pas une entreprise apologétique », mais bien un dialogue sur tous les sujets qui peuvent les opposer dans leurs fois respectives. C’est une réelle amitié qui fonde cet échange difficile, et le désir de donner à ce jeune musulman une idée plus juste de la foi chrétienne.

 

& « Petit traité de la rencontre et du dialogue » 
Pierre CLAVERIE, éditions du Cerf, Paris, 2004, 166 pp., 17 €.
Rencontres et dialogues sont des défis permanents dans nos communautés humaines, familiales, professionnelles, religieuses, ecclésiales… L’auteur souligne les traits essentiels de la rencontre : comment les grands de  la Bible ou du Coran rencontrent Dieu, Jésus et ceux qui l’entourent, le lien de Jésus et du Père. Les lois fondamentales sont soulignées par les Béatitudes. Un chapitre sur la prière : en islam, elle marque la vie collective ; la prière chrétienne, c’est la rencontre avec le Dieu Vivant.

 

I N I T I A T I V E S

MONTELIMAR (Drôme)

          « Depuis plusieurs années déjà, nous étions en relation tout naturellement avec des musulmans. Une petite étincelle, provoquée par Roger Michel, a suffi pour que prenne corps un petit groupe d’amis sensibilisés aux échanges interreligieux. C’était en 2000. Un petit noyau de huit personnes, dont Roger, perdure jusqu’à ce jour. Souvent, suivant le lieu de rencontre, les circonstances, une ou plusieurs personnes se joignent à nous.

          En principe, tous les mois, nous nous retrouvons à tour de rôle dans une famille musulmane puis dans une famille chrétienne, autour d’un repas. Un thème soutient notre échange, et l’on demande à chacun de rechercher, soit dans la Bible, soit dans le Coran, ce qui s’y rapporte. Chacun se trouve renvoyé à sa propre foi et doit revenir à l’essentiel : la Parole de Dieu, et dégager ce qui vient de la tradition, des coutumes.

          Les thèmes abordés ont porté sur la prière, les sciences et la foi, Marie, la paix, Abraham, la solidarité, l’aumône, le jeûne.

          Il va sans dire que nous partageons aussi notre vie quotidienne, les problèmes de racisme dont souffre l’une de nous dans son travail, les événements qui bouleversent notre région et le monde.

          Il est très intéressant de voir comment des croyants d’une même religion appréhendent de manière très différente un même événement, l’un au pied de la lettre avec tous les efforts que cela demande, l’autre avec l’ «esprit de la loi ». Chacun se trouve alors renvoyé à sa propre conscience.

          Pour concrétiser notre recherche, nous avons désiré mener une action commune, et pendant deux ans, nous avons parrainé un enfant palestinien.

          En dehors de nos rencontres mensuelles, nous saisissons, aussi bien les uns que les autres, les occasions d’échanger des messages d’amitié : les fêtes, les événements familiaux, les diverses manifestations au sein de la ville. Pour l’Aïd-el-Adha, nous mettons dans la boite aux lettres de nos amis musulmans les vœux formulés par notre évêque à cette occasion, nous visitons l’une ou l’autre famille, nous recevons en échange des pâtisseries. Pour Pâques, Noël, nous décrochons souvent le téléphone pour des vœux de bonne fête.

          Notre petit groupe se voulant ouvert, entretient des liens d’amitié avec celui de Valence, qui nous a invité deux fois ces dernières années. En avril nous les accueillerons à Ancône, pour la visite de l’église récemment rénovée, où le souvenir de Christophe, de Tibhirine, demeure vivant, puis nous partagerons un pique-nique.

          L’abbaye d’Aiguebelle nous offre chaque année un temps fort de rencontre interreligieuse, le dernier lundi de mai. C’est avec joie que nous retrouvons des jeunes soufis de Montpellier (ou d’Avignon), des petits groupes de partage d’Avignon. A travers tout cela, notre connaissance du Créateur grandit, celle de nos frères musulmans aussi. Nous voulons vivre et faire vivre autour de nous une fraternité plus vraie et plus large. Respect mutuel, écoute, partage, pour plus d’amitié, plus de paix ». (Mme H. Prothon)

 EVRY

          Samedi 13 novembre 2004, une centaine de chrétiens du diocèse d’Evry se sont réunis au collège Saint-Charles d'Athis-Mons pour y réfléchir ensemble sur leur  façon d’entrer en relation avec les musulmans, en présence de Jean-Luc Brunin, évêque d'Ajaccio, islamologue. « Comment mieux vivre avec les mu­sulmans en Essonne ? » C'est la question cruciale, alors que l'in­compréhension est parfois palpable entre les fidèles.

          Pour y répondre, des petits groupes de paroles d'une di­zaine de personnes ont été formés. Objectif : écrire noir sur blanc ce qu'inspirent les musulmans aux uns et aux autres, positif comme négatif. Un besoin évident d'information a été formulé. « Dans l'enseignement, la vie associative, nos familles, les lieux de travail, les quartiers, le monde de la santé... nombreux sont ceux et celles qui se posent des questions, au plan humain comme au plan religieux ».

          La volonté affichée des chrétiens, samedi, a été de créer des liens avec les musulmans, mais immédiatement la question surgit : comment faire ? Les chrétiens ont conclu à la nécessité d'établir un argumentaire destiné à ceux qui se lancent dans le dialogue, et d'œu­vrer à l'échelle locale. Tous ont remarqué qu’il faudra beaucoup d’efforts pour venir à bout des images toutes faites et pour faciliter la démarche vers l’autre.

S.R.I. tous AZIMUTS

          Notre secrétariat tente de faciliter les contacts entre chrétiens et musulmans à travers toute la France. Cela demande d’être aussi présent que possible tant dans les milieux musulmans que dans les cercles catholiques. D’où une multiplicité de voyages et d’engagements en fonction des demandes exprimées par des diocèses, des groupes ou des instituts. Ces dernières semaines, notre petite équipe a dû intervenir pour des soirées, des journées ou des sessions de plusieurs jours... à Saint-Brieuc, Tarbes, Angers, Nantes, Blois ou St-Etienne, sans compter les causeries ou les réunions à Paris ou ses environs. Cette cadence n’a rien d’exceptionnel. En fait, il s’agit plutôt du rythme habituel de nos activités tout au long de l’année. Elle s’explique par la sensibilisation croissante des milieux croyants au besoin de forger, avec les croyants “autres”, des liens d’amitié et de collaboration. On se saurait que s’en réjouir.

NANTES

          Vendredi 19 novembre 2004, une rencontre diocésaine a eu lieu pour des personnes en lien avec des musulmans. Depuis longtemps sur le diocèse, des liens existent par le biais de couples mixtes, par des personnalités comme Jean Levent, par des expériences comme les soirées Tibhirine, par des repas-débats entre chrétiens et musulmans comme sur le Sillon de Bretagne, ou à Bellevue … et bien d’autres expériences.

PARIS - UNAPEC

          Colloque « Enseignement et fait religieux ». Les 2 et 3 mars, l’UNAPEC, union nationale pour la promotion pédagogique et professionnelle dans l’enseignement catholique, a organisé un colloque sur la façon de rendre compte du « fait religieux » dans la formation offerte par les établissements d’enseignement catholique.

Il s’agissait de bien cerner une présentation objective de l’épaisseur anthropologique du religieux, sous toutes ses formes, dans l’histoire et le présent de l’humanité, en la distinguant de la catéchèse, qui est témoignage de foi appelant à la foi. Cette réflexion, que l’on aurait pu croire l’exclusivité d’un enseignement « laïc », était assumée par les catholiques qui travaillent sur le sujet depuis plusieurs années. M. R. Nouailhat présentait, en effet, les travaux de la « Mission Enseignement et religions » sur les années 2002-2004. M. Régis Debray est aussi intervenu sur « les attendus et les conséquences de son rapport de 2002 ». L’Enseignement catholique annonce, en même temps, l’ouverture d’un site internet : www.enseignement-religions.org.

PARIS – LA MEDINA

          Journée sur le financement du culte musulman. En collaboration avec l'Institut de l'Islam et des sociétés du Monde Musulman, l'association “les amis de la Médina” et sezame.info ont organisé, le jeudi 3 mars 2005, la 5ème Journée d’études « Islam et société » sur le financement du culte musulman

          En France, les structures du culte musulman, après son institutionnalisation, restent à la recherche de moyens légaux de financement. Le recours à des mécanismes juridiques complexes est nécessaire pour s’adapter à la suppression du budget public des cultes issue de la loi du 9 décembre 1905. Le Ministre de l’Intérieur a annoncé la création d’une fondation des œuvres pieuses musulmanes qui favorisera la mise à niveau du culte musulman et la transparence du financement. Pour le musulman, ce type de structure peut être assimilé à un système connu des fondations pieuses, les waqfs et habous.

          La journée d’études se présentait en quatre parties :

§         d’abord des présentations sur les aspects historiques et théologiques du waqf, avec des cas d’étude provenant du Maghreb, du Moyen-Orient et de la Turquie.

§         En deuxième partie, les nouvelles formes de waqf en Europe et l’adaptation aux législations et à la société en différents pays européens.

§         Le troisième volet de la journée analysait les possibilités offertes dans le cadre de la loi 1905 pour le financement du culte musulman, mais aussi des cultes chrétien et juif.

§         Enfin, la quatrième partie de la journée s’organisait autour de la fondation des œuvres musulmanes en France.

Prenaient part aux débats des acteurs de la société civile, des responsables d’associations, des hauts fonctionnaires de l’Etat, des juristes, des universitaires et des journalistes.



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« Se Comprendre », (7, rue du Planit,  69110 Sainte Foy-lès-Lyon - Tél. 04 78 59 20 42 ; www.comprendre.org).

·       N° 05/01 – Janvier 2005: « Communautés musulmanes en Europe », par Maurice Borrmans, 16 pp.

·       N° 05/02 - Février 2005 : « Avons-nous le même Dieu ? », par Etienne Gille, 16 pp.

·       N° 05/03 - Mars 2005 : « L’islam en Asie du sud-est : l’Indonésie », dossier de Philippe Thiriez, 16 pp.

 

« Chemins de Dialogue », (11, impasse Flammarion, 13001 Marseille – T. 04 91 50 35 50         
Site : cdd@istr-marseille.cef.fr).    

Ce numéro 24 de la revue de l’ISTR de Marseille a pour titre « Islam et christianisme, entre herméneutique et dialogue ». Il comprend en particulier les contributions de Jean-Louis Déclais sur la lecture du Coran (deuxième Sourate), de Roger Michel sur le soufisme, ainsi qu’une relecture de l’expérience de Tibhirine par un atelier de recherche qui travaille dans le cadre de l’ISTR, avec le concours de l’abbaye Notre-Dame d’Aiguebelle. Ce numéro nous invite à vivre « l’énigme des différences comme un appel qui vient de Dieu et tourne chacun vers l’accueil de son frère différent ».

 

« Histoire et Patrimoine», (Milan Presse, 300, rue Léon-Joulin, 31101 Toulouse cedex 9,  T. 05 61 76 64   64 – http://www.milanpresse.com)

Un numéro spécial vient de paraître sur « l’Islam » avec en supplément « l’atlas historique de l’islam ».

Au sommaire de cette revue , des articles sur : « le Pèlerinage à la Mecque », « Merveilles architecturales de l’islam », « Génie des sciences », « Arts de l’islam », « La religion du goût », « L’islam expliqué », « Malaisie, voyage dans l’islam tranquille », « Mali, foi en Djenné », « Grenade, le Nouveau Monde d’Al-Murabitum », « Lamu, l’islam en fête », « Visions d’islam », « France, paroles de musulmans », « Iran, le défi de la modernité », « Irak, Moqtada al-Sadr », « Femmes et islam », « Turquie, la laïcité reste maître à bord » et pour finir un guide pratique. C’est une très belle revue bien illustrée avec de belles photos.

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En souvenir de notre Ami, le Père René MAZENOD

« Soucieux des relations entre chrétiens et musulmans, René Mazenod est venu à plusieurs reprises se documenter au S.R.I. On ne pouvait qu’apprécier ses qualités. René fut un homme de vérité et de dialogue. Il savait prendre les risques nécessaires pour faire avancer la justice et la compréhension. Il savait le poids de l’Histoire sur les réalités d’aujourd’hui. Il avait une vive conscience des attitudes de défiance réciproque, voire de rejet, que l’on rencontre très habituellement.

          Il eut à prendre en charge la responsabilité du dialogue entre chrétiens et musulmans dans le diocèse de Clermont-Ferrand. Plusieurs de ses réalisations furent très fructueuses. On peut citer ses émissions à la radio, les livrets de formation au dialogue qu’il proposa aux chrétiens dans son diocèse. Son œuvre maîtresse, qui eut un retentissement national, fut l’important colloque consacré au Concile de Clermont.

          (…) René Mazenod nous laisse le témoignage d’un homme en recherche de vérité, de justice, de paix et de dialogue. Malgré les contretemps et parfois les incompréhensions, il voulut, avec son charisme propre, faire l’œuvre de Dieu. »

Michel Serain (ancien responsable du SRI)

          « J’ai eu la joie de faire la connaissance de René Mazenod il y a près de quinze ans. L’occasion de nos premiers échanges fut la proximité du 8ème Centenaire de la prédication de la Croisade de Clermont. La justesse des analyses de René m’interpella vigoureusement. La première fois qu’il m’en a parlé, je lui dis qu’il vaudrait mieux laisser l’événement dans la discrétion ou dans l’oubli. A quoi il rétorquait : « Ce n’est pas possible ; et il y aura bien des responsables d’Eglise pour appeler à une nouvelle croisade. Il faut, au contraire, donner un poids médiatique à l’événement et appeler de la croisade au dialogue ». Son intuition était juste. Solidement appuyé sur la conviction et le courage de son évêque, il prépara le terrain, avec le souci d’ouvrir les communautés chrétiennes à l’une des orientations de Vatican II : le dialogue interreligieux. La célébration fut l’occasion de multiples contacts avec divers groupes musulmans de Clermont.

          (…) Au fil des années, dans le cadre du réseau du SRI, René a toujours été présent activement, et je retiens sa capacité de comprendre l’évolution des musulmans français, notamment les jeunes. Pour nous, il était un homme de conseil avisé. »

Gilles Couvreur (ancien responsable du SRI) 

Jean-Loup HERBERT,  l’artisan du dialogue, n’est plus …         

          Abdelhalim Jean-Loup HERBERT n’est plus. Qui des responsables musulmans, des artisans du dialogue interreligieux et des islamologues, ne connaît le visage souriant et apaisant d’Abdelhalim ? Il a sillonné la France et l’Europe à la rencontre de ses frères musulmans pour échanger, former et conseiller. Jean-Loup Herbert était présent à chaque fois que nous faisions appel à lui pour nous éclairer sur la société française, sur les civilisations et leurs  dialectiques. Très attaché au monde hispanique, sensible à l’Amérique du Sud et la culture indienne, il regardait Al Andalous et sa période glorieuse comme un havre de paix et d’échanges. Aux musulmans qu’il rencontrait, il conseillait de ne pas confronter les sensibilités, mais de faire effort pour comprendre l’autre, afin de faire émerger une pensée musulmane européenne, tout en gardant un lien solide avec la Oumma.

            Nous exprimons nos condoléances les plus sincères à sa famille, à son épouse Marie-Laure Bousquet et à ses deux fils Stéphane et Claude. Que Dieu le couvre de Sa Miséricorde ! « En vérité nous sommes tous à Dieu et vers Lui est notre retour final ».

Hakim el-Ghissassi

Dernière heure…

Nous apprenons le décès de trois autres acteurs de la rencontre entre les peuples et les cultures :

-          M. Rémy Leveau

-          M. Vincent Mansour Monteil

-          Père Serge Laugier de Beaurecueil, o.p.

Nous tous qui avons apprécié leurs travaux et leur activité ne pouvons que les porter avec gratitude dans nos mémoires et nos prières.

Abonnement à la « LETTRE du SRI » - 2005

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