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LETTRE n° 82
Décembre  2004

S.R.I. (Organisme de la Conférence Episcopale Française) - 71, rue de Grenelle, 75007 PARIS
Tél. 01 42 22 03 23 - Fax. 01 42 84 30 41 - E-Mail  :
contact@le-sri.com  -  I.S.S.N. 0996 – 6935

TOUS NOS VŒUX…

              Chaque année, à cette époque, nous échangeons des vœux de bonheur et de paix ! Nous nous souhaitons « bonne année, bonne santé » comme, chaque jour, nous nous saluons d’un « bonjour » ou d’un « Al-salâm `alaykum » (la paix soit sur vous).

Dans le contexte de notre société sécularisée, avouons qu’il est déjà bien rassurant d’entendre que notre voisin, notre voisine, nous souhaite du bien et nous veut du bonheur ! Nous aurions souvent tendance à en douter a priori. Dans la cohue de nos villes et de nos transports en commun, nos voisins sont souvent perçus comme des gêneurs ou des concurrents dans la grande course au succès. Dans ce monde en continuelle mutation qui nous oblige à nous adapter perpétuellement, nous sentons parfois germer en nous la crainte de perdre notre précieuse identité, culturelle ou religieuse, menacée par « l’autre », par sa présence ou ses façons d’être.

Ne voyons-nous pas ainsi notre société se fissurer en groupes antagonistes : gauche et droite, France « profonde » et migrants, chrétiens, juifs, musulmans ou non-croyants, riches et pauvres, etc. Notre mode de vie n’a-t-il pas érigé en principe qu’il « ne fallait pas gêner les autres » et qu’il valait mieux s’en tenir « à l’écart », « à part » ? Dans un même immeuble, ou une même cage d’escalier, chacun s’enferme dans son « à-part-ement », ne salue plus ses voisins et tente de tout ignorer de leur vie (ou de leur mort).

Les fêtes de fin d’année peuvent être une occasion de briser un peu cet enfermement en calmant, les uns chez les autres, la peur d’être « envahi ». Nos vœux rassurent ceux que nous rencontrons en leur signifiant que nous leur voulons du bien. Beaucoup, pour avoir connu bien des épreuves dans leur existence, en doutent.

Mais pour nous, croyants – chrétiens ou musulmans – ces vœux ont une autre profondeur : nous savons bien qu’il n’est pas en notre seul pouvoir de faire de l’année qui vient une « bonne année », une année de paix et de bonheur ! Dieu est la source de notre bonheur, de notre paix, de notre vie. Aussi nos vœux contiennent-ils une prière : « Que Dieu te donne la paix… qu’il te donne santé et bonheur ! Qu’il tourne vers toi son visage ! »

Nos vœux sont ainsi l’occasion pour les croyants de se dire mutuellement qu’ils prient les uns pour les autres et de la façon la plus désintéressée qui soit : je ne prie pas pour toi pour que tu changes, ni pour que tu te convertisses, ni même pour que tu me rendes service… mais, tout simplement, pour que tu sois heureux et pour que tu ressentes la joie d’être aimé par Dieu, accompagné par lui, tout au long de cette année.

Vus sous cet angle, nos échanges de vœux peuvent aider nos communautés religieuses à prendre conscience de la prodigieuse bienveillance de Dieu pour tous et pour chacun des êtres humains, quel que soit le groupe religieux auquel il appartient. Que des chrétiens découvrent les musulmans comme des êtres chéris par Dieu, que des musulmans louent Dieu de l’amour qu’il a pour les chrétiens, que tous se rappellent, de temps en temps, que Dieu veut le bonheur de tous nos frères humains – voilà ce qui donne sens à nos vœux au-delà de nos pauvres paroles. Ces salutations sont une occasion de re-découvrir que nos prières sont appelées à se dilater à la mesure de la bienveillance infinie de Dieu.

 Ajouterons-nous une autre dimension ? Si tout dépend de Dieu, seule source de tout bien, sa Parole nous demande de nous aimer les uns les autres et de nous mettre au service les uns des autres. Souhaiter à quelqu’un une bonne année, c’est, bien sûr, prier pour que Dieu le bénisse… mais c’est aussi « livrer sa personne à Dieu » (islâm al-nafs ilâ Allâh) pour devenir un instrument de cette bénédiction car celle-ci nous parvient souvent grâce à des intermédiaires humains. Dieu est prêt à nous combler les uns par les autres.

En souhaitant à tous nos lecteurs, chrétiens ou musulmans, une Bonne Année 2005, notre Secrétariat redit à chacun que nous prions pour son bonheur, que nous nous confions aussi à sa prière, et, enfin, que nous voudrions que nos travaux contribuent aussi efficacement que possible à rendre heureuse la rencontre, la convivance, à laquelle Dieu nous a appelés, ici, aujourd’hui ; et qu’ainsi, Dieu nous bénisse tous au long de cette nouvelle année !

J.M. Gaudeul
Secrétariat pour les Relations avec l’Islam
 

Documents

 

 

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Paix en Orient !...

"Nous proposons à nos communautés un jour de jeûne et de prière à cette intention, le mercredi 22 décembre 2004", pour la paix en Terre Sainte, indique ce message des évêques d’Afrique du Nord et des Pays-Arabes, en date du 15 octobre. Certains groupes, certains diocèses, en France, vont s’associer à cette démarche, que ce soit par un jour de jeûne ou par un moment de prière.

A nos frères Evêques dans le monde. Salut et paix en Notre Seigneur Jésus-Christ.

Nous, évêques de la CERNA (Conférence de la Région du Nord de l’Afrique) et de la CELRA (Conférence des Évêques Latins dans les Régions arabes), réunis à Rome du 11 au 16 octobre 2004, nous avons réfléchi ensemble sur les questions de justice et de paix dans nos régions. Tous nos pays sont menacés par l’instabilité au Moyen-Orient qui pèse sur la paix du monde entier. Certains pays cependant vivent dans les souffrances plus que d’autres : l’Irak, la Somalie, le Soudan et la Terre Sainte, Palestine et Israël. Tout en prenant conscience de tous ces conflits et d’autres encore si nombreux dans le monde, et de la nécessité de prendre des mesures urgentes pour mettre fin aux tragédies humaines dans ces conflits, nous avons centré notre réflexion sur celui de la Terre Sainte.

La situation dure depuis des années et nécessite aujourd’hui, plus que jamais, une action qui mette fin aux souffrances de tous les habitants de cette terre, juifs, chrétiens et musulmans, devenus aujourd’hui égaux dans l’incapacité de mettre fin au conflit et enfermés dans un cycle de violence cruelle et irrationnelle. Les deux peuples, palestinien et israélien, sont en train de périr, les forts comme les faibles, les violents comme ceux qui attendent patiemment une solution pacifique.

Le conflit en Terre Sainte concerne tout chrétien qui a conscience d’appartenir à la terre de la Rédemption qui est celle de ses racines spirituelles.

Nous sommes reconnaissants au Saint-Père pour sa parole et ses initiatives en faveur de la paix. Nous sommes reconnaissants à toutes les Eglises pour leurs nombreux messages et gestes de solidarité et pour leur grande générosité.

Mais nous croyons que les Eglises peuvent faire plus encore. Si toutes les Eglises du monde prenaient conscience de leur devoir à l’égard de cette terre, et s’engageaient dans une action commune et concertée pour sensibiliser leurs gouvernements, leurs peuples et la communauté internationale, leur intervention serait un facteur décisif dans la réalisation de la paix, de la justice et de la réconciliation en Terre Sainte.

Nos Eglises ont reçu du Seigneur un ministère de réconciliation. Nous n’appelons pas à prendre position pour l’un contre l’autre mais à aider les deux parties à se réconcilier. Nous appelons à une prise de conscience dans toutes les Eglises du monde. Leur voix devrait s’élever, forte, pour dire qu’il faut promouvoir la paix sur cette Terre Sainte dans laquelle les deux peuples ont désormais besoin d’une aide extérieure pour ramener la paix et la réconciliation.

Le temps de l’Avent approche. Le monde chrétien célèbrera bientôt Noël et la Naissance du Messie Sauveur, Prince de la Paix, alors que le sang continue de couler à Bethléem et dans toute la Terre Sainte.

Nous, Evêques des deux conférences, nous proposons à nos communautés un jour de jeûne et de prière à cette intention, le mercredi 22 décembre 2004. Nous vous demandons de vous unir à nous, avec vos communautés, par ce geste ou par une autre initiative.

Reconnaissant notre impuissance comme celle de nos peuples dans cette situation, nous gardons l’espérance en Dieu et en votre action. Dieu est bon envers tous, et sa bonté finira par vaincre le mal de la guerre dans la terre qu’il a choisie pour venir au monde.

"A Jérusalem, tout homme est né", dit le psalmiste. Les Eglises ont le devoir de contribuer à la réalisation de la paix et de la réconciliation en Terre Sainte.

Vos frères dans l’Episcopat

* * *

... et en Europe ?

Lors de la Réunion Plénière de la Commission des Conférences des Evêques de la Communauté Européenne qui s'est tenue à Bruxelles les 18 et 19 novembre, les évêques ont discuté de la consolidation de l'Union Européenne élargie, de la ratification du Traité Constitutionnel, de l'adhésion de la Turquie, et de la mise en oeuvre de la Stratégie de Lisbonne afin de sauvegarder et promouvoir les intérêts des citoyens européens. Voici quelques extraits du communiqué final de la réunion de la COMECE (cf. www.comece.org).
Ce document n’engage pas l’ensemble des Eglises européennes. Il exprime l’opinion des évêques présents, délégués par leurs pairs pour réfléchir sur les problèmes européens.

Réflexions sur la "Turquie

Deux débats séparés concernant la Turquie ont eu lieu pendant la Réunion Plénière. Dans un débat public, le Professeur Sylvie GOULARD, le Docteur Marek GRELA, le Représentant permanent de la Pologne dans l'Union européenne et le Docteur Otmar OEHRING, directeur des Droits de l'Homme de MISSIO, ont conduit les discussions sur " la Turquie et l'Union Européenne " dans la perspective du prochain Conseil Européen. Après de sérieuses discussions relatives à l'ouverture des négociations d'adhésion avec la Turquie, les Evêques ont proposé les réflexions suivantes:

“La question de savoir si la Turquie peut entamer les négociations en vue d'une adhésion ultérieure à l'Union Européenne, n'est pas une question d'ordre religieux mais politique. Cette question politique mérite une discussion approfondie au sein de toute la société civile européenne.

Pour l'Eglise catholique il est important que la Turquie et l'Union Européenne développent leurs relations d'une manière constructive et amicale. Il ne peut y avoir d'obstacle d'ordre religieux à ce qu'un pays dont la population est majoritairement musulmane, comme la Turquie, devienne membre de l'Union Européenne. En toute hypothèse, il est necessaire que la Turquie respecte les droits fondamentaux, par exemple l'égalité du statut des femmes, la liberté d'expression et d’association et la liberté religieuse.

Pour cette raison, on peut se demander s'il est opportun d'ouvrir les négociations avec la Turquie, alors que les Droits Fondamentaux, et y inclus la liberté religieuse, ne sont pas entièrement respectés dans cet État. La Commission Européenne l'a elle-même constaté dans son rapport du 6 octobre 2004, sans cependant en tirer la conclusion de lier l'ouverture des négociations avec le plein respect des dits droits.

Les évêques de la COMECE proposent de demander au gouvernement turc de corriger les manquements évoqués dans le rapport de la Commission concernant la liberté religieuse et le statut juridique des minorités conformément aux provisions du Traité de Lausanne de 1923 avant d'ouvrir les négociations sur la transposition de la législation européenne. Ils demandent au Conseil Européen d’insérer ce point dans les conclusions de sa réunion des 16/17 décembre à Bruxelles”.

Les dimensions spirituelles et culturelles de l'Europe

Les Evêques approuvent les initiatives du président de la Commission sortante Romano PRODI et de l'actuel Présidence Néerlandaise. Monsieur René LERAY, conseiller à la DG Relations Extérieures de la Commission européenne, a présenté les résultats du groupe d'experts qui travaillait sur les dimensions culturelles et spirituelles de l'Europe. Le groupe a été établi par le président PRODI et conduit par le Professeur Krzysztof MICHALSKI. Les Evêques encouragent le Président de la nouvelle Commission, José BARROSO à continuer ces initiatives tout en étendant et en approfondissant les réflexions relatives aux dimensions spirituelles et culturelles de l'Europe. Ils ont annoncé que la COMECE soumettrait des propositions visant à renforcer la reconnaissance des dimensions spirituelles de l'Union. Les Evêques souhaitent contribuer aux débats sur les valeurs de la conférence finale organisée par la Présidence Néerlandaise à La Haye, le 4 décembre 2004.

La Constitution

Les Evêques saluent la signature du Traité Constitutionnel et prennent note du fait que celui-ci n'entrera en vigueur qu'après ratification, dans tous les Etats membres. Ils ont souligné l'importance d'un débat public interactif et d'information dans le cours du processus de ratification et ce principalement dans les Etats membres où un référendum aura lieu. Le Traité Constitutionnel reflète les valeurs et objectifs de l'UE et la vision chrétienne de l'être humain à travers l'inclusion d'une Charte des Droits Fondamentaux. Mais il est regrettable qu'il ne reste aucune référence au Christianisme dans la version finale du préambule de ce texte...

Les évêques participant à la Réunion Plénière en tant que représentants de leurs Conférences épiscopales sont:

Mgr Josef Homeyer (Allemagne) ; Mgr Adrianu van Luyn (Pays-Bas), Mgr Hippolyte Simon (France), le Cardinal Josip Bozanic (Croatia) ; Mgr Teodoro De Faria (Portugal) ; Mgr Jozef De Kesel (Belgium) ; Mgr Fernand Franck (Luxembourg) ; Rev. Gintaras Grusas (Lituanie) ; Mgr Egon Kapellari (Autriche) ; Mgr William Kenney (Suède) ; Mgr Vaclav Maly (République Tchèque) : Mgr Darmuid Martin (Irlande) ; Mgr Guiseppe Merisi (Italie) , Mgr Peter Moran (Scotland) , Mgr Frantisek Rabek (Slovaquie) : Mgr Bannes Spiteris (Greece) ; Mgr Antôn Stress (Slovenia) : Mgr Andràs Veres (Hongrie), Mgr Elias Yanes Alvarez (Espagne)  


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       « AiguebelleRassemblement islamo-chrétien»
En adressant ses vœux aux musulmans de la Drôme, à l’occasion de la fête de rupture du Ramadan, l’évêque de Valence, Mgr J.C. Lagleize, annonçait, pour le 30 mai 2005, la tenue du Rassemblement islamo-chrétien annuel au monastère d’Aiguebelle, sur le thème « Que dire ? Que faire ensemble ? »
. Cet événement veut s’inspirer de l’idéal des moines de Tibhirine dont certains ont vêcu dans le monastère.) 

Centre du Haumont (31, rue Mirabeau – BP. 19 – 59420 Mouvaux – Tél. 03 20 26 09 61 – hautmont@nordnet.frwww.hautmont.asso.fr)
Samedi 23 et dimanche 24 avril 2005, rencontre du groupe islamo-chrétien du Hautmont. Depuis 25 ans, chrétiens et musulmans partagent leur foi, dans l’amitié et le respect, au cours de quatre soirées par an et d’une rencontre plus longue.  

St Jacut – 9ème Colloque Inter-Religions (BP 1 – 22750 St Jacut de la Mer – Tel. 02 96 27 71 19 abbaye.st.jacut@wanadoo.fr - www.abbaye-st-jacut.com). 
Du vendredi 7 au dimanche 9 janvier 2005, ce colloque a pour thème : « Dieu, les chemins d’une rencontre ». Avec la participation de J.Y. Calvez, P. Haddad, G. Bencheikh, G. Comeau, L. Apotheker et M. Labidi Maiza.

 


Amour Espoir

Mariages islamo-chrétiens

Une nouvelle édition du dossier destiné aux prêtres et diacres accompagnant les couples vient de sortir. (Prix : 5,5 € Port en sus) S’adresser au S.R.I.

Une fiche de présentation sommaire peut en être distribuée à tous les agents pastoraux (Prix : 0,15 € Port en sus).

 

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Quelques-uns des livres récemment parus :

& « La cohabitation des dieux – Pluralité religieuse et laïcité»
Anne-Sophie LAMINE, éditions PUF – Le lien social, Paris, 2004, 318 pp., 25 €.   
Notre société est devenue de plus en plus consciente de sa pluralité religieuse. D’où un foisonnement d’initiatives de dialogue entre les municipalités ou les pouvoirs publics et les religions. Ce dialogue n’est pas sans modifier notablement les partenaires qui s’y adonnent. Quelles sont les évolutions ? A lire !

& «Itinérances  en terres d’islam»
G. JEUSSET,  éditions de Mailletard, Paris, 2004, 226 pp., 18 € (www.mailletard.com
L’auteur, ancien responsable du SRI, nous fait partager ses rencontres et ses amitiés musulmanes, en Afrique et à travers le monde. Il réfléchit ensuite sur la nouveauté de la rencontre interreligieuse et son importance pour le chrétien.

& « La République, les religions, l’espérance »
N. SARKOZY,  éditions du Cerf, Paris, 2004, 172 pp., 17 € 
L’ancien ministre de l’Intérieur présente sa vision des rapports entre l’Etat, la Société et les religions. Ils devraient s’établir dans la complémentarité plutôt que dans la rivalité. Il propose de nouvelles façons de vivre la loi de 1905 sur la Séparation.

 & « Monsieur Islam n’existe pas »
Dounia BOUZAR,  Hachette - Littératures, Paris, 2004, 220 pp., 17 € 
Contre l’idée simpliste que l’on pourrait expliquer le comportement des musulmans par quelques versets du Coran ou quelques principes doctrinaux, l’auteure montre que d’autres facteurs jouent leur rôle et qu’il y a plusieurs façons de vivre l’identité musulmane. A lire !

 & « Le voile démystifié »
Leïla BABES,  Bayard, Paris, 2004, 122 pp., 14,20 €
En une petite plaquette, l’auteure montre comment certains milieux en sont arrivés à sacraliser le port du voile pour en faire un signe d’appartenance à l’islam, une prescription religieuse. Elle montre que cette interprétation ne s’enracine pas dans l’islam classique.

 & « Témoin du Coran et de l’Evangile »
Jean-Mohammed ABD-EL-JALIL,  Editions franciscaines / Le Cerf, Paris, 2004, 172 pp., 15 € 
A l’occasion du centenaire de sa naissance, ce livre présente un certain nombre de textes de ce marocain franciscain qui se voulait doublement fidèle. Le livre est réalisé sous la direction du P. M. Borrmans.

 & « Maghrébins de France »
Mohand KHELLIL Dir.,  Editions Privat, Toulouse, 2004, 173 pp., 23 € 
Le sujet est abordé sous différents angles : histoire de l’immigration, rites et coutumes d’une communauté, double appartenance linguistique et culturelle, représentations de cette population dans la littérature et le cinéma. Ont aussi participé à l’ouvrage : A. Benarab, M. Cadé, C. Lochon et D. Zénatti.

& « L’autre visage d’Israël »
Israël Adam SHAMIR,  Editions El-Qalam, Paris, 2004. 

Citoyen d’Israël depuis quarante ans, l’auteur, journaliste, fait entendre la voix des israéliens qui s’opposent à la logique des gouvernements successifs de l’Etat d’Israël. L’ouvrage est fait d’une suite d’articles et de témoignages donnés au cours des années 2001-2002. Il fait entendre les justes revendications palestiniennes.

I N I T I A T I V E S

Libéria: Reconstruire ensemble

Comme en d’autres pays du monde, des émeutes ont provoqué la destruction de nombreuses églises ou mosquées et laissé plus d’une vingtaine de morts sur le terrain. Les chrétiens et les musulmans du Liberia reconstruiront ensemble les églises et les mosquées endommagées. « La décision a été adoptée par le Conseil interreligieux du Liberia, qui comprend des chrétiens et des musulmans : d’un commun accord, nous avons décidé une récolte de fonds qui seront destinés à la restructuration des édifices sacrés brûlés ou dévastés ces derniers jours », a expliqué le vicaire général du diocèse de Monrovia. « Les leaders chrétiens et musulmans des communautés de Pavnesville, le quartier où les affrontements ont débuté, ont souligné ensemble publiquement l'importance de la cohabitation pacifique, en rappelant que, dans le passé, il n'y a jamais eu de problèmes de nature religieuse », a-t-il encore expliqué. Deux organisations locales, dont une musulmane, ont déjà effectué les premières donations au Conseil interreligieux, qui a aussi spécifiquement créé des commissions d'évaluation des dommages provoqués et de gestion des fonds récoltés. La première donation a été celle de l'organisation "Susuku", active au Liberia depuis le début des années 70, qui a voulu démontrer de la sorte son appréciation face à une "leçon de justice et de paix historique", comme l'a déclaré son président Togba-Nah Tipotch.

Aïd al-Fitr (15/11/2004)

Comme chaque année, notre Secrétariat a envoyé aux grandes organisations musulmanes ses vœux de bonne fête pour la fin du Ramadan. Nous y avions joint les vœux qu’adressent, à cette occasion, les autorités du Vatican aux musulmans du monde entier.
Les semaines du Ramadan sont, pour notre équipe, l’occasion de noter que de plus en plus de groupes et de personnes appartenant à la communauté chrétienne tiennent à envoyer à leurs amis musulmans un témoignage de leur amitié. Par courrier ou téléphone, nous recevons de plus en plus d’appels au sujet de ces vœux. Mieux : dans un certain nombre de villes, l’évêque et son délégué au dialogue se mettent à donner à ces vœux un caractère personnel et amical, puis à les diffuser assez largement, sous forme de petites cartes, de façon à ce que le plus grand nombre possible de chrétiens, adultes ou enfants, saisissent l’occasion de cette fête pour nouer de nouveaux liens d’amitié avec les milieux musulmans locaux.
En retour, nous recevons, de plus en plus souvent, des témoignages d’amitié de musulmans qui se manifestent à l’occasion des fêtes chrétiennes.

Fraternité d’Abraham: pour une mémoire commune

A l’occasion du 11 novembre marquant l’anniversaire de l’armistice de 1918, la Fraternité d’Abraham a invité un certain nombre d’écoles, dont le collège privé musulman La Réussite d’Aubervilliers, l’école juive Alliance de Drancy ainsi que des écoles catholiques de Seine Saint-Denis et des scouts musulmans de Noisy-le-Grand, à visiter ensemble les lieux où s’est signé l’armistice, à Rethondes, dans la forêt de Compiègne.

Dans une deuxième étape, les jeunes ont été conduits au champ de bataille du « Chemin des Dames » et au cimetière militaire de Cerny-en-Laonnois. De façon très concrète, les jeunes ont pu, ensemble, se recueillir sur les tombes de soldats issus de toutes les communautés : chrétiens, juifs, musulmans… Découverte des racines historiques d’une France où se sont côtoyés des hommes de toutes religions.

Finalement, la journée s’est achevée autour de la réconciliation franco-allemande sur le parvis de la cathédrale de Reims où se trouve la plaque scellée par le général de Gaulle et le chancelier Adenauer. La visite de la cathédrale a permis aux jeunes de découvrir les vitraux de Chagall, peintre russe d’origine juive, ouvert au dialogue entre les grandes religions monothéistes. « Nous sommes en train de construire la société de demain dans la fraternité, chacun y aura sa place », déclarait alors l’imam Meskine Dhaou, directeur de la Réussite, tandis que M. G. Le Bideau, président de la Fraternité d’Abraham, appelait les jeunes à être des « semeurs de paix ».

Amitié judéo-musulmane

Le 21 novembre 2004, à la Cité des Sciences de La Villette, s’est tenue la première rencontre d’une nouvelle association : « l’Amitié judéo-musulmane ».

Devant la détérioration du climat dans nos villes et nos banlieues, plusieurs associations, tant juives que musulmanes, se sont émues et ont décidé d’organiser des rencontres régulières entre communautés que les événements et les médias ont tendance à opposer de façon sommaire. Du côté juif, le CRIF et le Consistoire parrainaient le projet repris par plusieurs organismes musulmans, dont la Mosquée de Paris, les Scouts musulmans et l’Union française des femmes musulmanes.

La journée comportait aussi une exposition, organisée avec le soutien du Musée d’art et d’histoire du judaïsme et de l’Institut du Monde musulman. Elle se prolongea avec un repas festif et un concert.

Tout ce qui peut remplacer les clichés que nous portons les uns sur les autres par une véritable culture de l’estime ne peut qu’encourager les autres initiatives de dialogue inter-religieux, et nous nous réjouissons de la réussite de cette journée, à laquelle participaient d’éminentes personnalités, comme les rabbins Michel Serfaty et Gilles Bernheim, Simone Veil, Dalil Boubakeur, le grand rabbin René Samuel Sirat et l’imam de Bordeaux, Tareq Oubrou, et Younes Aberkane, président de Terre d’Europe.

Les semaines de rencontres islamo-chrétiennes

Comme chaque année, les semaines de rencontre que promeut le GAIC (Groupe d’Amitié Islamo-Chrétienne) se sont tenues, avec des manifestations très diverses, dans plus d’une vingtaine de villes. Les dates choisies correspondaient à la semaine du 27 novembre au 5 décembre.

Ces manifestations n’ont rien de stéréotypé puisque l’organisation en revient, non au GAIC, qui en fait la promotion, mais aux divers comités et groupes locaux déjà engagés dans le dialogue et dont la composition et les goûts diffèrent d’une localité à une autre. On pourra en lire les comptes-rendus sur le site de ces rencontres : http://seric2004.site.voila.fr.

Vivre en Essonne avec l’Islam (Communiqué)

Plus de 150 catholiques du diocèse d'Evry ont participé avec leur évêque au forum diocésain « Vivre en Essonne avec l'Islam », à Athis-Mons, le 13 novembre 2004. La journée était organisée par le Service diocésain des Relations avec l'Islam, en partenariat avec la pastorale des Migrants, les Equipes-cités, l'ACE et la JOC. Récits d'expériences, témoignages, questions, inquiétudes et espoirs ont été librement partagés et réfléchis avec l'aide de Mgr Jean-Luc Brunin, évêque d'Ajaccio. Le chantier est ouvert : apprendre à connaître l'Islam, dépasser les préjugés, refuser les amalgames pour favoriser les rencontres et l'action commune sur le terrain de la citoyenneté et de la solidarité...      
De nouveaux projets ont été annoncés ou esquissés : (re)démarrage, en Essonne, des Relais Monde Musulman, parcours de formation sur l'Islam, journée théologique sur le thème « Le Christ et les Religions du Monde », création d'une association islamo-chrétienne...Contact : Jean-Pierre Nave, délégué diocésain : 01 60 75 17 10



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« Se Comprendre », (7, rue du Planit, 69110 Ste Foy-lès-Lyon - Tél. 04 78 59 20 42 - www.comprendre.org).      
    N° 04/09 – Novembre 2004 : “L’islam au Mali (Josef Stamer), 16 pp.
    N° 04/10 – Décembre 2004 : « (Se) convertir ? » (Jean-Marie Gaudeul)
, 16 pp.

 « Islamochristiana», (Pontifico Istituto di Studi Arabi e d’Islamistica – Viale di Trastevere, 89, 00153 Roma, Italia ).
N° 30, 2004. Quatre parties : 

-  
« Etudes, réflexions et témoignages» avec J. Hoover, M. Borrmans, `Âmir al-Hâfî, Nasr Hâmid Abû Zayd et T.Michel.
-  
« Le dialogue islamo-chrétien à travers l’histoire » avec D. Urvoy, I. Pochoshajew et G. Monnot. 
-  
« Dialogue dans le contexte actuel» avec Y. K. El-Hage, M. Borrmans et P. Johnstone.
-  
«Rencontres actuelles entre chrétiens et musulmans » avec M.A. Ayuso-Guixot, G. Parietti et J.A. Ayanz.
Comme d’habitude, le numéro ajoute une longue bibliographie et le compte-rendu des événements de l’année écoulée concernant le dialogue islamo-chrétien.

« Etudes», (14, rue d’Assas, 75006 Paris).
- « Changements d’affiliation entre christianisme et islam »
(J.M. Gaudeul), p. 501-512.

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Ma communauté, moi et les autres

L'auteure Mehrézia Labidi-Maïza est traductrice, spécialiste des textes sur l'Islam et la société arabo-musulmane. Elle est aussi mère de famille et engagée dans une association de parents d'élèves. Actrice du dialogue interreligieux, l'auteure promeut le vivre-ensemble au jour le jour. Elle lutte contre les réflexes de repli de sa communauté et cherche des voies qui permettraient de faciliter le rapprochement entre les divers groupes constituant la société fran­çaise.  

« Oummatî ! Ya Rabbi, Oummatî ! » « Ma Communauté ! Dieu, aie pitié de ma communauté ! » Selon la tradition musulmane, cette prière a été prononcée plu­sieurs fois par le prophète de l'Islam Mohammed, la nuit de son ascension aux cieux pour solliciter plus de miséricorde, d'indulgence, de pardon de Dieu pour sa « Oumma » ou la communauté des croyants. Cette nuit-là, il rencontra aussi tous les autres prophètes et messagers de Dieu qui l'avaient précédé, notamment Ibrahim (Abra­ham) Moussa (Moïse) et Issa (Jésus) et visita - par l'esprit, disent les uns, et par le corps et l'esprit, soutiennent d'autres - Jérusalem qui devint ainsi le troisième lieu saint de l'islam. Cette nuit où il reçut également plusieurs commandements dont le plus important est celui des priè­res quotidiennes. Selon les récits des biographes du pro­phète, ce fut Moïse qui conseilla à Mohammed à maintes reprises, cette nuit-là, d'intercéder pour sa communauté auprès de Dieu. Ce fut le conseil d'un homme bien avisé qui avait porté l'espoir, les soucis, les exigences et les défis de sa propre communauté. Que je suis reconnaissante envers celui qui a conseillé, celui a suivi le conseil, et surtout envers Celui qui écouta la prière : « Aie pitié de ma communauté », car ils nous ont appris comment porter les autres avec nous, dans nos cœurs, quel que soit l'endroit où nous sommes.

Ces derniers jours, j'ai eu plusieurs fois envie de reprendre cette prière à mon compte car je vois ma communauté en grand besoin d'aide, de compréhension, d'indulgence, de justice, d'ouverture, de dignité, bref de tout.

Mais il y a un problème ! Plusieurs voix se lèvent pour me dire que si j'aime ma communauté, je vais moins aimer la société dans laquelle je vis et de laquelle je me réclame citoyenne. Comme si mon attachement à ma communauté devenait un mal. Certains le considèrent ainsi et lui don­nent un nom : « le communautarisme ».

Suis-je atteinte de « communautarisme » parce que je porte le souci de voir les musulmans de France considérés de manière positive ?

Suis-je atteinte de « communautarisme » quand j'essaie, à travers mon quotidien et mes activités associa­tives, de donner corps à des valeurs que je pense intrin­sèques à l'islam, mais aussi à toute l'humanité ?

Suis-je atteinte de “communautarisme” quand je tente de jeter des ponts entre mes coreligionnaires et les autres personnes formant la société française pour combattre les préjugés, la xénophobie, la haine de l'autre et promouvoir le respect, l'ouverture et le vivre-ensemble ?

Suis-je « communautariste » en prenant la défense de la famille musulmane en France, accusée - souvent à tort et parfois à raison - de maltraiter ses filles et de gâter ses garçons ?

Et puis, qui fait partie de ma communauté et qui ne lui appartient pas ? Où sont les limites séparant ma communauté du reste de la société française ? En agissant comme responsable des parents d'élèves à l'école, comme voisine, comme citoyenne dans mon quartier ou comme militante du dialogue interreligieux, suis-je en train de servir ma communauté ou la société française en général ?

Enfin, suis-je considérée par les autres comme citoyenne tout court ou comme membre de ma communauté ?

La religion musulmane, telle que mes parents me l'ont enseignée, est avant tout un message de réconciliation avec le créateur de l'univers, Allah ou Dieu, et avec ses créatures, êtres humains et autres êtres vivants. Parmi les notions principales qui m'ont été transmises et qui m'ont imprégnée figure celle-ci : l'être humain est l'intendant de Dieu sur terre, par conséquent il est responsable de ses semblables. C'est pourquoi je me sens concernée par le sort de l'humanité en général et par le sort de ceux qui partagent mon espace social, autrement dit mes conci­toyens, quelles que soient leur couleur, leur religion ou leur race. La deuxième notion qui m'a marquée dit que la foi est un lien de fraternité me reliant à ceux qui adhèrent à la même religion que moi. Un lien qui induit une res­ponsabilité envers eux. Le prophète nous dit : « Celui qui ne se préoccupe pas du sort des musulmans ne saurait se réclamer d’être des leurs. » Pour ces raisons-là, je suis aussi concernée par le sort des musulmans en général et surtout par celui de ceux qui sont, comme moi, résidents ou citoyens de ce pays. Je ne vois aucune contradiction entre ces deux élans de solidarité, mais plutôt une complémen­tarité. D'ailleurs, c'est de là que vient ma motivation dans mon engagement pour le dialogue interreligieux. Je veux que mes frères et sœurs dans la foi rencontrent mes frères et sœurs dans l'humanité, quelle que soit leur croyance. Quand je reviens sur mon vécu quotidien dans mon quartier, regroupant plus de cent nationalités et presque toutes les religions du monde, je suis tentée de dire que les frontières de « ma communauté » s'élargissent de jour en jour depuis dix ans que j'habite ici. Au début, mon monde se limitait à ma petite famille et aux personnes de mon entourage, en majorité musulmanes et originaires du Maghreb. Puis j'ai découvert la diversité de l'islam de mon quartier. Ce fut tout d'abord un émerveillement : toutes ces personnes d'origines diverses, parlant des langues différentes qui appartiennent à « ma communauté », qui fréquentent la même mosquée et qui s'alignent les unes à côté des autres pour prier, qui s'adressent le même salut : « Assalamu Alaikoum » ! Quel réconfort ! Quelle belle image d'unité !

Oui, mais aussi quelle souffrance, quand j'ai découvert leurs divergences et leurs conflits !  Quelle souffrance quand certains groupes ou membres de cette « communauté » donnent une image négative et repoussante par leur comportement religieux excessif, par leur intolérance envers l'autre ou par la négligence de leurs responsabilités primordiales en tant que parents et citoyens ! Là, j'ai redécouvert le vrai sens de la parole du prophète Mohammed : « Le croyant est le miroir de son frère. » Un miroir qui reflète la beauté, mais aussi la laideur, un miroir qui m'a rendue consciente des qualités de « ma communauté » mais aussi de ses défauts, et qui m'a donc poussée à repenser ma solidarité envers elle. J'ai évacué une solidarité sentimentale qui risque de se muer en un renfermement identitaire pour me livrer à une solidarité réfléchie et responsable qui me donne la force de critiquer les miens sans les rejeter, de les aimer sans me fermer aux autres et de reconnaître la beauté et la bonté chez eux. Encore une fois, j'emprunte la parole du prophète pour exprimer cette nécessité de s'ouvrir à tous les citoyens français et immigrés que je côtoie dans mon quotidien :« La sagesse est comme la chamelle égarée du croyant. Il la prend à l'endroit où il la trouve. » Dieu sait combien de « chamelles égarées » dans le pré de « ma communauté » j'ai retrouvées chez mes concitoyens et concitoyennes non musulmans !

Et ma communauté commença ainsi à s'élargir. Elle comprend maintenant des personnes si différentes par leur origines ou leur croyance, mais si ressemblantes dans leurs actions et leurs objectifs. Parmi ces personnes, il y a les parents d'élèves avec qui je partage depuis des années mon engagement pour l'école républicaine et égalitaire offrant une chance à tous nos enfants pour réussir dans la vie. Il y a les instituteurs qui préparent ces enfants à être des citoyens responsables et solidaires d'une même société ; qui reçoivent nos doléances et nos griefs comme les repré­sentants immédiats de l'Etat devant notre population « plutôt défavorisée » ; qui partagent nos difficultés mais aussi nos joies à travers leur accompagnement quotidien des élèves. Il y a aussi des femmes et des hommes qui repré­sentent à eux seuls une force qui « fait bouger » le quartier, comme Danielle, Chantal, Leïla et les autres. Elles favori­sent le dialogue interculturel et interreligieux sans le savoir en nous réunissant, femmes d'ici et d'ailleurs, pour s'entraider, se distraire et se connaître, dans des locaux prêtés par l'Église du quartier. Citons aussi Isabelle, Cathe­rine, Daniel et leurs amis, qui nous embarquent depuis des années dans un beau projet - incroyable -, celui de doter notre quartier d'un espace vert sur un terrain arraché à une entreprise de traitement de déchets ; ou encore comme ma voisine juive, originaire du même pays que moi, qui veut absolument que ses enfants fréquentent l'école publique comme tout le monde, car elle croit au vivre-ensemble, et qui répond à ceux qui prêchent la peur de l'autre: « Par­tagez les trottoirs en deux zones pendant que vous y êtes !» ; ou encore ces pères et mères de famille qui se battent contre l'invasion de notre quartier par les dealers ; ou enfin, les personnes qui ont ouvert la mosquée sur la vie du quartier, cassant ainsi certains préjugés et insérant mieux ce lieu de culte dans son environnement !

Je vis avec tous ces gens-là, j'échange les idées avec eux, je partage l'aide, les difficultés et les espoirs. Ils voient bien que je suis musulmane, mais jusqu'à présent, ils m'ont jugée sur mon attitude et non sur mon apparence et j'ai fait de même. Ensemble, nous redécouvrons une fraternité que l'on peut qualifier de « républicaine ». Un concept quelque peu oublié ces jours-ci !

Je crois que nous formons une communauté car nous avons un projet commun : vivre avec l'autre dans les meilleures conditions possibles.

Je ne sais pas si j'ai répondu à toutes les questions que j'ai posées. En fait, mon but n'est pas d'y répondre, mais de les garder à l'esprit pour ne pas être piégée par le communautarisme.  Inchallah !

Mehrézia LABIDI-MAÏ'ZA

( article tiré des Cahiers de l’Atelier - N° 501, Janvier-mars 2004, sur le thème « Vouloir vivre ensemble » Ed .Ouvrières 12 avenue Sr Rosalie 75013 Paris. Reproduit avec l’aimable permission de l’éditeur.)

 

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