Page d'accueil Objectifs - Lettre du SRI - Correspondants - Session d'été   - Actualité  - Foyers mixtes  - Archives - Textes  - Instruments - Liens

Début - Editorial - Document - Annonces  - Livres - Initiatives  - Revues - Expérience  - Guerre - Abonnement

LETTRE n° 75
Mars 2003

S.R.I. (Organisme de la Conférence Episcopale Française) - 71, rue de Grenelle, 75007 PARIS
Tél. 01 42 22 03 23 - Fax. 01 42 84 30 41 - E-Mail  :
contact@le-sri.com  -  I.S.S.N. 0996 – 6935

Choc des cultures, affrontement des civilisations !

Quelque soit la situation internationale dans les semaines et les mois à venir, il est courant d’entendre parler de « Choc des Cultures » ou d’ « affrontement des civilisations ».  On peut d’abord s’interroger sur le contenu que l’on donne à ces termes très souvent entendus depuis quelque temps.  Mais dans l’esprit de ceux qui les emploient, il s’agit habituellement d’évoquer une opposition entre monde musulman et monde occidental, un conflit entre deux civilisations, deux cultures, deux conceptions de l’existence. Ils expriment la crainte d’une volonté conquérante susceptible de déboucher à terme sur la violence et la guerre.

Dénonciations unilatérales, simplisme de certains propos, véritables cris de mépris et de haine parfois. Ceci de la part de personnes se présentant comme des « spécialistes de l’Islam » et bénéficiant probablement de soutiens financiers importants. De même, au cours de ces derniers mois, des mosquées comme des synagogues ont subi des dégradations et des inscriptions hostiles, même si une certaine discrétion fut gardée sur ces faits afin de ne pas en faire une publicité dangereuse.

Pour certains esprits, cet  état de fait est le signe d’un affrontement entre l’Islam et l’Occident qui  se développe dans le monde et se manifeste à l’intérieur de nos frontières. Ceci demande cependant d’y regarder de près. Il y a d’abord ceux qui entretiennent cet état d’esprit car ils ont intérêt à le maintenir. Sous le prétexte de la défense d’une civilisation, on peut effectivement poursuivre des intérêts économiques ou des calculs politiques peu avouables. Il y a aussi ces conflits attribués volontiers au « Choc des civilisations » alors qu’ils proviennent d’injustices et de spoliations dont certains peuples sont victimes. Comment attribuer au « Choc des civilisations » ces conflits provoqués par d’ignobles dénis de justice ?

Dans l’évaluation de la situation du Monde, on ne peut pas méconnaître les mécanismes inéluctables intervenant dans les rapports entre groupes majoritaires et groupes minoritaires, avec le cortège de dominations culturelles et de replis identitaires qui s’ensuivent. Ces réalités sociales élémentaires sont souvent à la base de conflits attribués aux antagonismes culturels ou religieux.

Mais chaque société est d’une certaine façon la source et la gardienne de valeurs et de modes culturels qu’elle a forgés au cours de son histoire. Dans toute société humaine, les individus tiennent plus ou moins consciemment à ces valeurs et aux modes de vies qu’elles  entraînent même s’ils en contestent souvent certains aspects. Cela fait partie du paysage familier, de la manière de mener sa vie personnelle et des rites sociaux auxquels on est habitué.

Rien de bien nouveau lorsque l’on regarde l’Histoire humaine avec ses conflits, ses peurs, ses réticences et les mutations de toutes sortes que connurent les sociétés. La nouveauté radicale est que nous sommes maintenant à une échelle planétaire ou la communication entre les peuples et les cultures ne peut que se développer, bien qu’il se trouve toujours des individus et des nations conservant  une mentalité tribale, étroite et marquée par la suffisance . 

Faut-il, à partir de ses propres valeurs juger l’autre sans connaître et comprendre son histoire ? Quel choix nous faut-il faire ?

·         céder sans cesse au sentiment de sa propre supériorité    
ou chercher à reconnaître la part de Vérité et de Justice dont l’autre peut témoigner et nous enrichir ? 

·         laisser la peur nous envahir     
ou chercher des solutions pour humaniser les relations humaines ?

·         se replier sur son groupe et sa culture
ou promouvoir la rencontre et le dialogue ?

·         sans cesse défendre les intérêts de sa Nation pour bénéficier d’une sécurité économique
ou chercher les chemins de la Justice et du Droit pour tous ?

·         se servir de Dieu pour justifier sa propre violence et sa soif du pouvoir
ou mettre en premier le souci de ceux qui ont besoin de l’essentiel pour vivre ?

·         laisser les slogans et le propos faciles nous envahir
ou redire et faire connaître la parole des hommes de Dieu en recherche de Paix ?

·         considérer sa culture comme un absolu destiné à l’ensemble de l’humanité
ou prendre conscience que toute culture porte la marque de l’imperfection humaine ?

·         cultiver le mépris et l’indifférence
ou collaborer pour les tâches humaines qui nous sont confiées par Dieu ?
 

P. Michel SERAIN

Discours du pape aux évêques du Maghreb

Le 23 février 2003, le pape Jean-Paul II a adressé aux évêques de la Conférence Episcopale de la Région Nord de l’Afrique (CERNA) en visite au Vatican un discours dont voici quelques extraits :

… Continuez d’encourager ces rencontres quotidiennes de la vie et ces échanges, notamment avec les familles, au jour le jour comme une priorité, car elles contribuent à faire évoluer, de part et d’autre, les mentalités, et elles aident à dépasser les images toutes faites que véhiculent encore trop souvent les médias… En révélant les valeurs communes à toutes les cultures, parce qu’elles sont enracinées dans la nature de la personne, elles montrent que «l’ouverture réciproque de ceux qui appartiennent à diverses religions peut produire de grands bénéfices pour servir la cause de la paix et du bien commun de l’humanité» (Message pour la Journée mondiale de la Paix 2001, n° 16).

 … Sur le chemin du dialogue, l’attention à la culture occupe une part importante de vos préoccupations : grâce à l’ouverture ou à l’entretien de Centres d’Études et de bibliothèques de qualité, vous avez le souci de proposer l’accès à la connaissance des religions et des cultures, donnant ainsi aux habitants des pays du Maghreb les moyens de redécouvrir leur passé. Je salue en particulier l’heureuse initiative du Colloque consacré à saint Augustin, organisé par les Autorités algériennes, en partenariat avec l’Église.

Dans toute communauté chrétienne, même peu nombreuse et fragile, le service de la charité envers les plus pauvres demeure une priorité, car il est l’expression de la bonté de Dieu pour tous les hommes et du partage que tous sont appelés à vivre, sans distinction de race, de culture, de religion. Cette diaconie, vous la vivez spécialement vis-à-vis des personnes malades ou handicapées, accueillies et soignées dans les hôpitaux, ou dans les centres de soins que les religieuses tiennent à la disposition de la population. Poursuivez aussi l’accueil des migrants, qui traversent vos pays du Maghreb dans l’espoir de rejoindre l’Europe, pour leur offrir dans leur dénuement et leur condition précaire un temps de repos et de convivialité fraternelle ! Continuez, à travers des organismes d’entraide, comme la Caritas, et en liaison avec des associations locales, à témoigner de la charité du Christ, venu pour soulager tous ceux qui peinent (cf. Mt 11, 28) !...

(Voir le texte complet de ce discours sur le site http://www.le-sri.com/DialAfN.htm)

 



Début - Editorial - Document - Annonces  - Livres - Initiatives  - Revues - Expérience  - Guerre - Abonnement

 

  • « Approches 92 » (9 bis, rue d’Issy, 92170 Vanves. E-mail : approches92@wanadoo.fr)

L’association organise sa 2ème journée de convivialité islamo-chrétienne sur le thème : “Fraternité ? Un savoir-vivre ! Les religions dans la ville” le 29 mars 2003, au théâtre de Neuilly (167, avenue Charles de Gaulle, métro : Pont de Neuilly).

Avec Luc Balbont, Christian Delorme, Bétoule Fekkar-Lambiotte, Noura Jaballah, Ahmed Naït-Balk, Jean-Christophe Ploquin, Lucie Pruvost, Bernard Reeber, Driss El Yazami.

Concert de musique arabo-andalouse avec le groupe El Mawsili. Exposition-vente de tapisseries de l’Atelier “Mes-Tissages”, initiation à la calligraphie, à l’art de la tapisserie et à la langue arabe.

Entrée gratuite. Participation demandée pour le concert.

  • « Groupe islamo-chrétien du Haumont» (31, rue Mirabeau, BP. 19, 59420 Mouvaux – T. 03 20 26 09 61 – F. 03 20 11 26 59).

2ème rencontre 1979-2003, du samedi 29 au dimanche 30 mars 2003 : “Devenir plus humain, grâce à Dieu” avec Larbi Kéchat de la moquée Adda’wa et Michel Froidure, frère dominicain.

  • « Vote pour la Coordination Nationale du Culte Musulman (C.N.C.M.)»

C’est le 6 et le 13 avril prochain que se dérouleront les élections qui doivent conduire à la formation d’une coordination nationale précédée d’assemblées régionales. Il ne s’agit pas d’un organe qui représenterait l’ensemble des musulmans de France mais d’une instance qui s’adressera aux problèmes concrets de l’exercice du culte pour en débattre avec l’administration ou le gouvernement. La préparation de ce vote a suscité bien des débats, des refus de participation ou des contestations mais nul ne peut douter de l’importance de cet événement pour le pays et la population musulmane qui y réside.

  • « Rencontre chrétiens-musulmans»

5ème rencontre interreligieuse en mémoire des 7 frères de Tibhirine. Lundi 26 mai 2003 à partir de 19h, à l’Abbaye Notre Dame d’Aiguebelle, 26230 Montjoyer : “La foi au risque de l’autre”. Avec Mgr Landel (archevêque de Rabat, Maroc) et Mr Younès Aberkane (professeur IUFM, Versailles, membre de la confrérie Alawiya). Chœurs des moines d’Aiguebelle et d’un groupe de jeunes soufis. Libre participation aux frais.

  • « Session d’Ergersheim» (Abbaye cistercienne ND d’Altbronn, 67 Ergersheim)

Session du dimanche 6 juillet (17h) au jeudi 10 juillet 2003 (17h). « Concept de la justice dans l’Islam ». Avec Ove Ullestad (théologien protestant de Strasbourg), Gérard Schaeffer (prêtre de Metz), Mohamed Latahy (président de la moquée de Strasbourg), Aziz El Alouani (responsable communication de la mosquée de Strasbourg).

  • « Semaine Œcuménique des Avents» (Michèle Chappart, 5, rue Jean Auffray, 35235 Thorigne Fouillard)

Du 24 au 29 août 2003 au centre spirituel de La Pommeray (Maine et Loire). « Le sacré au XXIème siècle, que peuvent en dire les chrétiens ? » Semaine animée par les pasteurs Denis Vatinel et Yves Noyer, ainsi que les pères Louis-Michel Régnier et Pierre Guilbaud.

  • « L’Année de l’Algérie»

2003 a été choisi pour être l’année de l’Algérie en France. De multiples rencontres culturelles, expositions, concerts, conférences ont actuellement lieu sous cette étiquette. Il s’agit, essentiellement de permettre aux français et aux algériens de se retrouver et de refaire connaissance s’il en est besoin. Parmi tous ces événements, il faut signaler un certain nombre de rencontres où se fait plus particulièrement présente la dimension religieuse islamo-chrétienne. Fin janvier, déjà, un Colloque se tenait à l’UNESCO sur le thème des monothéismes juif, chrétien et musulman dans l’histoire et la culture de l’Algérie. Les divers ISTR (Instituts de Science et de Théologie des Religions) qui font partie des organismes des Instituts Catholiques de France organisent actuellement des rencontres de ce genre. Une exposition circule d’ailleurs entre eux pour rappeler l’histoire et l’œuvre de St Augustin où l’Algérie peut se re-découvrir une identité riche d’autres composantes que celle de l’islam.

« Islam et Christianisme » Session de formation pour les chrétiens

L’Islam en France est une réalité que beaucoup souhaitent connaître aujourd’hui. Le Secrétariat pour les Relations avec l’Islam organise depuis plusieurs années une session intensive d’information et de formation d’une semaine, qui s’adresse aux chrétiens  (laïcs, religieuses, prêtres). 

Cette session se tiendra à Orsay (91400) : du mardi 1er juillet 2003 à 17 h au mardi 8 juillet  2003 à 14 h.

SRI : 71, rue de Grenelle, 75007 Paris (T. 01 42 22 03 23 – F. 01 42 84 30 41) E-mail : contact@le-sri.com


&  « La France et les Beurs »

Zaïr KEDADOUCHE, éditions La Table Ronde, Paris, 2002, 175 pp.

A la fois témoignage et inventaire des problèmes de ces citoyens français issus de familles maghrébines. De lecture facile, ce livre parle aussi du malaise d’un certain nombre d’acteurs sociaux ou politiques face à des évolutions qu’ils ne comprennent pas.

 

&  « Le Jihad en Europe »

Ali LAIDI avec Ahmed SALAM, collection « L’épreuve des faits », éditions du Seuil, Paris, 2002, 296 pp.

Description assez fouillée du courant islamiste en France et de ses sources idéologiques. Faute de présenter d’autres courants, plus ouverts, de l’islam contemporain, ce livre pourrait donner au lecteur non prévenu une image faussée de la réalité musulmane dans notre pays.

 

&  « Islam et libre arbitre ? La tentation de l’insolence »

Malek CHEBEL, rencontre avec Marie de Solemne, éditions Dervy, 2002.

Auteur d’une introduction au Coran qui appelait à un nouvel effort d’interprétation, Malek Chebel a aussi écrit près de vingt livres sur l’imaginaire, le symbole, la sexualité et l’amour en islam. De façon personnelle et engagée, il nous livre ici des éléments de discernement pour aider musulmans et non-musulmans à mieux se comprendre et à mieux vivre leur identité dans l’ouverture à l’autre.

 

&  « Islam, les questions qui fâchent »

Bruno ETIENNE, éditions Bayard, Paris, 2003, 130 pp.
L’auteur essaie de répondre à un certain nombre d’interrogations qui marquent les mentalités. Il adopte un schéma : 1. Que disent les textes fondateurs ? 2. Qu’a développé la jurisprudence ultérieure face à la réalité ? 3. Quelle est la pratique concrète des musulmans aujourd’hui, ici et là-bas ? Religion, histoire, politique, modernité sont réfléchis et approfondis selon ces critères. Enfin concluant sur Islam et occident, « Il ne faudrait pas que seul un islam abstrait, dit-il, sans le corps réel des musulmans soit désigné comme l’ennemi principal et le mal en soi ». C’est un essai personnel et riche qui invite à la réflexion.

 

&  « Les enfants de Rifaa – musulmans et modernes »

Guy SORMAN, éditions Fayard, Paris, 2003, 355 pp.
A la suite de Rifaa el Tahtawi, penseur et homme d’état, certains veulent un islam éclairé et libéral. L’auteur en a rencontré à travers le monde et nous partage réflexions et découvertes. Une vie médiane entre modernité et identité musulmane a toujours existé. Chemin de rencontre entre islam et Occident ?

 

&  « La colline aux caroubiers – chronique d’Algérie dans les années 90 »

Odette-Claire BROUSSE (o.p.) éditions L’harmattan, Paris, 2001, 224 pp.

Leïla, la petite villageoise et Zara la parisienne gardent le troupeau pendant les grandes vacances. Bien différentes toutes deux, elles ont hérité de la force de caractère de leur grand-mère et échangent confidences et projets d’avenir. La violence marque le pays. La solidarité familiale, les coutumes sont bien vivantes entre tous, entre immigrés et ceux du pays. Livre simple, riche, image de la vie d’une partie de ce peuple, deux cultures se côtoient et la vie continue…

 

&  « L'islam et les musulmans dans l’Europe élargie : radioscopie »

Brigitte MARECHAL, éditions Bruylant-Académia
Ce livre a été joint par erreur aux livres que nous citions dans notre dernière lettre comme des échantillons de livres récents participant à la vague de durcissement de l’opinion contre la présence musulmane. En fait, il s'agit surtout d'un recueil de fiches de synthèse sur les modalités d'implantation des communautés musulmanes dans les pays de l'Union européenne (y compris les pays candidats). On y trouve un bref historique, des chiffres, des données bibliographiques.

 

&  « Les musulmans d’Occident et l’avenir de l’Islam»

Tariq RAMADAN, éditions Sindbad, Actes Sud, Paris, 2003, 383 pp

On ne présente plus cet auteur dont les livres successifs témoignent à la fois d’une fidélité à la mémoire d’un grand-père, fondateur des Frères musulmans, et d’une volonté de s’adresser aux problèmes d’une jeunesse musulmane durablement implantée en Europe. Ce dernier ouvrage déroute : d’un côté, il utilise le vocabulaire traditionnel des juristes médiévaux (maslaha, ijtihad, fatwa, dar al-islam, etc) mais de l’autre, il dessine les grandes lignes d’une spiritualité où l’islam n’est plus un code de lois mais une exigence éthique universelle à vivre en s’enracinant fermement dans la culture européenne comme citoyens responsables et non comme des tenants d’une culture « étrangère ». Essai de synthèse très intéressant dont l’importance se révélera dans l’application pratique qui en sera faite : la fidélité à l’islam s’exprimera-t-elle effectivement au niveau des exigences éthiques ou restera-t-elle tissée de comportements culturellement liés au milieu des juristes médiévaux ? Les principes énoncés dans le livre permettent des ouvertures audacieuses, cette audace se vérifiera-t-elle dans leur application ?

 

&  « Réformer l’islam ? – une introduction aux débats contemporains»

Abdou FILALI-ANSARY, éditions La Découverte, Paris, 2003, 285 pp.

Un des meilleurs connaisseurs des courants actuels du monde musulman, l’auteur nous offre ici une série de monographies sur des penseurs, musulmans ou non, qui nourrissent l’orientation moderniste de l’islam contemporain. On notera surtout les problèmes posés : la distinction entre politique et religieux, la relecture de l’histoire des origines, la nouvelle approche du Coran, etc. Cette présentation « en fiches » doit sans doute beaucoup au fait que l’auteur dirige la revue « Prologues » qui publie ainsi régulièrement des études sur des auteurs ou des livres plus significatifs pour l’évolution actuelle de l’islam. On ne trouvera pas ici, par contre, la vision synthétique du courant moderniste que l’on souhaite lire un jour sous la plume de l’auteur.

 

&  « Le choc du dialogue - Catholiques et musulmans aux Philippines »

Michel de GIGORD, entretien avec Jean-Luc Angélis, Chambray-les-Tours : CLD, 2002, 205 pp.
L’auteur a été missionnaire en Malaisie et aux Philippines. Il est actuellement chargé des relations avec les musulmans dans le diocèse de Dijon. Il nous fait part ici de son expérience vécue dans le contexte de la violence au sud des Philippines où la rencontre se fait sans concessions, sans fusion ni soumission mais repose d'abord sur la connaissance réciproque des personnes. Un témoignage serein et perspicace.

I N I T I A T I V E S

VANVES

Une journée de convivialité islamo-chrétienne était organisée par « Approches 92 » le samedi 14 décembre 2002 chez les Bénédictines de Vanves, intitulée : « Fraternité, un savoir-vivre, apprendre à vivre ensemble ».

Un public nombreux et diversifié s’est retrouvé toute une après-midi : enfants du soutien scolaire de Villeneuve la Garenne, femmes maghrébines présentant les produits de l’atelier de tissage de La Caravelle, jeunes professionnels musulmans et chrétiens, couples mixtes, et bien d’autres, motivés par le dialogue interculturel ou simples curieux.

La première partie de l’après-midi était axée sur trois pôles : la culture (initiation à la calligraphie arabe et latine, à la langue arabe, au tissage maghrébin, à la musique), l’histoire (souvenirs d’Algérie, témoignages d’immigrés, exposition France des Libertés, France des étrangers) et la religion (réflexion menée par de jeunes cadres, réflexion sur la mystique musulmane ou chrétienne, espace de prière silencieuse).

Suivait une table-ronde sur le thème « Une âme pour l’Europe : quelle fraternité possible en Europe, en France, quelles relations promouvoir entre musulmans et chrétiens ? »

Jean-Christophe Ploquin, journaliste à la Croix, a animé un débat sur les composantes qui constituent l’Europe d’aujourd’hui, avec la participation de Christian Delorme, Mohsen Ismaïl et Driss El Yazami. Les intervenants ont insisté sur la diversification du paysage religieux, la laïcité culturelle et la liberté de conscience, le défi de la sécularisation, la nécessaire recomposition de nos identités religieuses …

Un message s’est dégagé de cette rencontre : sans l’existence d’une culture commune qui dépasse le religieux, les religions ne pourront s’entendre. Ce sera le thème de la prochaine journée, le 29 mars 2003 sur : « Fraternité ? Un savoir-vivre ! » (cf. Annonces).

  COLLOQUE

Les 30 et 31 janvier dernier, s’est tenu, dans le cadre de l’année de l’Algérie en France, un Colloque sur : « Les religions monothéistes en Algérie à travers les âges : judaïsme, christianisme et islam ». Les conférenciers, issus eux-mêmes de ces trois religions, ont évoqué le long passé, quelquefois tumultueux mais toujours riche en échanges culturels, de ces croyants à la fois semblables et différents. Ce passé couvrait d’abord la période de l’installation puis  celle de l’enracinement des uns et des autres sur la terre de l’Algérie actuelle. Cette fresque historique a permis d’entrevoir comment la pensée religieuse développée par certains algériens a influencé l’évolution d’autres pays à commencer par l’Europe.

Une troisième étape a permis de tracer l’itinéraire de grandes figures religieuses comme celles de St Augustin, du Rabb Enkawa, de l’Emir Abdelkader, du P. de Foucauld ou d’Ibn Arabi. Les participants comme les conférenciers tendaient à souligner comment ces grandes figures avaient réussi à vivre leur foi en y découvrant de nouvelles possibilités d’ouverture à l’autre.

Il était donc naturel que la peinture du temps présent ait souligné les risques de blocage entre l’identité algérienne et une seule des trois composantes religieuses de son histoire. En reconnaissant que l’ouverture à l’autre et la fermeture sur soi sont deux mouvements qui nous habitent tous, l’ensemble des intervenants semblait souligner « la fécondité spirituelle du pluralisme religieux » qui, d’ailleurs, formait le sujet de la dernière conférence donnée par Mgr H. Teissier, archevêque d’Alger.

DROME

Rencontre interreligieuse, « Pas de paix sans dialogue entre religions ». Juifs, chrétiens, musulmans se sont retrouvés à Livron pour une soirée de partage et de prière, en artisans de paix. 150 personnes étaient là. Haskia Habib, (rabbin à Valence), Roger Michel (prêtre, délégué diocésain à l’islam), Akim Mahdi (enseignant), Jean Hoibian (pasteur) ont commenté des textes. Chaque intervention était suivie d’une prière et du dépôt d’un lumignon devant une fresque du monde. Des membres de groupes d’amitié islamo-chrétiens se préparent pour un pèlerinage en Terre Sainte. Ils sont chargés par l’assemblée d’emporter dans leurs bagages pour Jérusalem une série de messages rédigés sur place. L’un d’eux témoigne de l’esprit de cette soirée : « Pas par souhaits, ni par projets. Pas par suggestion, ni par propositions. Mais par une volonté, par sincérité, par égalité, par honnêteté. C’est ainsi qu’on vivra dans la paix ».

EUROPE

Le Conseil européen des responsables religieux, qui rassemble des responsables juifs, chrétiens et musulmans d’une trentaine de pays, a tenu sa première réunion officielle à Oslo, en Norvège. Le Conseil, qui se donne pour objectif de coopérer avec les décideurs politiques sur un continent de plus en plus multireligieux et multiculturel, en vue de promouvoir la paix, la justice et la réconciliation, est coprésidé par le Grand Rabbin français René-Samuel Sirat, l’évêque luthérien d’Oslo Gunnar Staalsett et le Mufti de Bosnie Mustafa Ceric. Dans son premier communiqué, le Conseil a dénoncé la violence comme arme de propagande religieuse.

EGLISE SAINT-MERRI

Le soir du mercredi 5 mars, sous le titre « Ensemble pour la paix » une rencontre interreligieuse de prière, de jeûne et de partage a été organisée à Paris, par le centre pastoral les Halles-Beaubourg et des représentants de huit grandes traditions religieuses : bouddhistes, hindouiste, baha’ie, musulmane, juive, protestante, orthodoxe et catholique. C’était le jour des Cendres pour les uns, l’entrée en carême les préparant à la célébration de la fête de la Résurrection. Dans d’autres contextes de foi, un même jeûne va commencer, ou s’est déjà achevé, avec autant de conviction. Prières, gestes et témoignages se succédèrent, entrecoupés de silences, de musique et de chants, avec notamment une psalmodie émouvante du Coran.

MONTREUIL

Le maire de Montreuil (Mr Jean-Pierre Brard) a décidé d’engager sa mairie dans « une vraie bataille contre l’ignorance et l’analphabétisme religieux ». Lancement du Centre Civique d’Etudes du Fait Religieux.

Le C.C.E.F.R. est né de la volonté de donner à chacun les outils indispensables pour la compréhension du fait religieux. Celui-ci est appréhendé en tant que réalité sociale ancrée dans notre histoire. Dans cette perspective, l’enseignement du fait religieux entre dans le principe même de l’éducation à la laïcité qui nous appelle en filigrane à respecter les différences. Le premier objectif de ce Centre est la compréhension de l’autre, de sa culture, de ses croyances, pour apprendre à « mieux vivre ensemble ». Des conférences, des cycles de cours sont à la disposition des personnes soucieuses d’approfondir leurs connaissances. Le premier public visé est celui des enseignants, mais le centre accueillera aussi un public plus vaste.




Islamochristiana n° 28 (2002) PISAI, viale di Trastevere 89, 00135 Roma
Contenu : les deux messages (janvier 2001- et janvier 2002) de Jean-Paul II « Dialogue entre les cultures pour une civilisation de l’amour et de la paix » puis « Il n’y a pas de paix sans justice, il n’y a pas de justice sans pardon » ; Mohammed Sammâk, analyse les réactions du monde musulman arabe après le 11 septembre ; le GRIC : « Croire au lendemain d’un changement de siècle » ; étude de Franco Ometto sur l’Iran ; Maurice Borrmans : « Ludovico Marraci et sa traduction latine du Coran ». Suivent plusieurs approches diversifiées de la rencontre entre chrétiens et musulmans. Viennent enfin les recensions de 51 livres et une importante compilation de « Notes et documents ».

  Se Comprendre (7, rue du Planit, 69110 Sainte-Foy-lès-Lyon – T. 04 78 59 20 42 – F. 04 78 59 88 61).

• N° 02-09 novembre 2002 : «Le dialogue islamo-chrétien aux Philippines après le 11 septembre 2001» de Michel de Gigord.
• N° 02-10 décembre 2002 : «Islam et Christianisme : regards croisés sur Dieu, la cité et l’homme » de Henri Sanson.
• N° 03-01 janvier 2003 : «Les musulmans et la modernité » de Maurice Borrmans
• N° 03-02 février 2003 : «Les nouveaux prêcheurs égyptiens : une modernisation paradoxale de l’islam » de Patrick Haenni. 
• N° 03-03 mars 2003 : «Vers une nouvelle exégèse coranique ? » de Jean-Marie Gaudeul.

La Médina (62, rue Gabriel Péri, 93200 Saint Denis – Tél. 01 42 43 23 36 – Fax. 01 48 09 85 71).

• N° 19, janvier 2003 : « Islam, l’intégration en marche ». 
La France est une chance pour l’islam, par Adil Jazouli - Mantes-La-Jolie, l’intégration par la réussite professionnelle, par Ilham Alami - Avec ou sans foulard, les Françaises de confession musulmane veulent se redéfinir, par Dounia Bouzar - Entretien avec Jean-Louis Borloo, ministre délégué à la ville.

• N° 20, février-mars 2003 : « Non à la guerre ».
Turquie : occidentale et musulmane, par R.Nekkaz - La place du Conseil français du culte musulman, par J.Césari - L’organisation de l’islam en Europe, par Z.Tazi - Intégration : le lycée dans la cité, par I.Alami.

   Islam (chez votre marchand de journaux, 5 euros).

N° 3, décembre 2002 : La réforme sociale dans la vision soufie - Le sacré dans la culture contemporaine - Science et savoir - Le statut de la femme dans l’islam indonésien - L’islam hispanique, 10 ans après l’accord avec l’Etat - Les positivistes et l’islam.

N° 4, février 2003 : La femme et la loi coranique - Les secrets de Sarkozy dans l’organisation de l’islam - Entretien avec Tariq Ramadan.

 

 Foi et développement (Centre L.J. Lebret – 49, rue de la Glacière, 75013 Paris – T. 01 47 07 10 07).

« Le dialogue islamo-chrétien : un défi pour construire la paix » par Thomas Michel SJ.

Réflexions pour temps de guerre

  Jamais plus la guerre !

Comment ne pas se rappeler ces jours-ci de l'allocution historique - et prophétique - que Paul VI a prononcée devant les représentants des nations membres de l'ONU en octobre 1965 ? Diplomate de formation, il savait très bien le rôle essentiel que cette organisation devait jouer dans ce monde constamment menacé par la guerre. « Jamais plus la guerre ! Jamais plus la guerre ! » Ces paroles du pape, chargées d'émotion, sont gravées dans la mémoire de tous ceux qui les ont entendues de vive voix.

Ce jour-là, le pape a vraiment fait sienne « la voix des pauvres, des déshérités, des malheureux, de ceux qui aspirent à la justice, à la dignité de vivre, à la liberté, au bien-être et au progrès ». En parlant de la grandeur même de l'ONU, il a mis toutes les nations membres devant leur lourde responsabilité envers tous les peuples de la terre. Il a résumé la vocation de l'ONU en quelques phrases :

« Vous reconnaissez et vous distinguez les uns et les autres. »

« Vous existez pour mettre ensemble les uns avec les autres. »

« Que personne, en tant que membre de votre union, ne soit supérieur aux autres : pas l'un au-dessus de l'autre.
Nous savons, certes, que d’autres facteurs sont à considérer outre la simple appartenance à votre organisme. Mais l’égalité aussi fait partie de sa constitution : non pas que vous soyez égaux, mais ici vous vous faites égaux... »

« Jamais plus les uns contre les autres…      
… jamais plus la guerre, jamais plus la guerre ! C’est la paix, la paix qui doit guider le dessein des peuples et de toute l’humanité ! …       
… La paix, vous le savez, ne se construit pas seulement au moyen de la politique et de l’équilibre des forces et des intérêts. Elle se construit avec l’esprit, les idées, les œuvres de la  paix… »

Ces propos sont d'une actualité étonnante. En effet, si aujourd'hui le monde se trouve au seuil d'une crise dramatique, c'est précisément parce que peu de nations sont prêtes à payer le prix de l'égalité nécessaire au bon fonctionnement de l'ONU et du monde. C’est un prix souvent plus coûteux pour certaines nations que pour d'autres. Il reste pourtant la condition sine qua non d'une paix durable.

Dennis GIRA
Questions Actuelles, N° 30, mars-avril 2003

a b c d

Le monde est malade !...

La situation est grave. Le peuple irakien est entre deux feux : l'orgueil américain et la dictature de Saddam. Sans compter que, depuis la guerre du Golfe (1991), les attaques aériennes ne se sont pas interrompues. Cette guerre imminente qui guette et qui pour­rait avoir lieu est pesante pour nous, pressante pour d'autres. Le mo­ment est grave, quoiqu'il en soit. Les stratégies économiques enfoncent l'être humain dans l'abîme. Il n'y a plus de respect pour la vie.

Nos enfants, appelés à constituer les générations futures, sont abreuvés d'images de violence. La fiction a rejoint la réalité. Elle l'a presque investie. La révolution numérique, qui nous promettait démocratisation politique, sociale et économique, s'est avérée n'être qu'un leurre. Elle contribue plutôt à servir une hégémonie, et elle réveille des réflexes de discrimination raciale et culturelle que l'on croyait pourtant à peu près éloignés. Le monde est bel et bien empreint de manichéisme, on y combat l’autre comme un Mal en s’identifiant au Bien sans mélange.

Le monde est malade d'injustice. Sa maladie ne cessera que le jour où l'homme recouvrera sa place centrale et pourra (re)donner sens à son quotidien. Mais point de sens possible tant qu'il n'y a pas de justice. La pauvreté, le mépris de l'autre, l'exploitation du faible, sont autant d'éléments qui font qu'aujourd'hui, la violence parvient en­core à trouver des canaux d'expression et à s'attaquer à la vie.

La consolidation des relations franco-allemandes nous donne de l'espoir quant à la possibilité encore ouverte de bâtir aujourd'hui un monde qui pourra dépasser les contentieux d'hier. Et de montrer l'exemple à maints autres pays du monde, toutes aires géographiques confondues, afin qu'ils oeuvrent pour le bien de leur peuple en exploitant leurs potentialités et atouts communs

Restons optimistes.  Il faudra, au final, garder en mémoire que l'injustice a cette vertu de pousser les hommes à la révolte et même à déstabiliser le pouvoir des tout-puissants.

Hakim El GHISSASSI

La Médina, N° 20,  février-mars 2003

 

Un carême exceptionnel à vivre  

Les dernières semaines que nous avons vécues nous ont fait assister à un débat entre partisans et opposants à la guerre en Irak.

Presque unanimement, les églises chrétiennes ont publié des déclarations rejetant les notions de guerre préventive, alertant l’opinion sur le cycle sans fin des violences et des attentats, des guerres et des représailles. Le SRI en a publié un bon nombre dans son site (www.le-sri.com/guerre.htm.

Les évêques de France, en particulier, déclaraient récemment : « si la guerre était déclenchée, le refus de participation de quelques pays occidentaux comme le nôtre serait très important pour éviter que l’affrontement ne soit présenté – notamment par les extrémistes – comme un "choc de civilisations", voire de religions. Musulmans et chrétiens désirent servir Dieu, le Miséricordieux, le Pacifique. Ayons le courage de préparer la paix de demain au milieu des violences d’aujourd’hui. »

A l’heure où nous écrivons, il semble que les dés en aient été jetés et que la guerre, une fois de plus va éclater à l’échelle du globe, car les rebondissements et les conséquences vont toucher les nations les plus éloignées du champ de bataille. Encore une fois des hommes, des croyants même, se dressent les uns contre les autres, et certains le font au nom des exigences de leur foi !

Il est donc d’autant plus urgent que nous tentions, par des actions concrètes, de « préparer la paix de demain au milieu des violences d’aujourd’hui ». Ce temps du Carême nous invite au jeûne et à la conversion. La paix demande un désarmement intérieur. A l’heure où tant de violences risquent d’attiser la haine comment ne pas profiter de ce temps de renouveau et de ferveur pour tenter des démarches concrètes et nouer des contacts avec nos frères d’autres religions ? Le Carême, comme le Ramadan, est une saison propice à des gestes capables de relancer la réconciliation et l’amitié. Notre société, si malade de la violence, ne pourrait qu’en devenir plus fraternelle.

Quelle forme pourraient prendre de telles initiatives ? Il y a tant de façons de prendre contact ! Lettres amicales à l’occasion des fêtes qui approchent, invitations, visites… Au service de la paix entre croyants, l’imagination humaine ne peut qu’être inspirée par le Dieu qui nous veut frères : Il saura nous faire trouver les gestes qui désarment et les paroles qui construisent… pour peu que nous le Lui demandions.

J.M. Gaudeul
Secrétariat pour les Relations avec l’Islam


Début - Editorial - Document - Annonces  - Livres - Initiatives  - Revues - Expérience  - Guerre - Abonnement


Abonnement à la « LETTRE du SRI »

N’oubliez pas de vous abonner ou de vous réabonner. L’abonnement annuel comprend quatre lettres par an et débute le 1er janvier de chaque année. D’avance merci. Nom : .......................................................................................................................................................... Adresse : ..................................................................................................................................................... Souscrit à un abonnement à la « Lettre du SRI » et verse la participation de 10 € à l’ordre de l’AREC.

Page d'accueil Objectifs - Lettre du SRI - Correspondants - Session d'été   - Actualité  - Foyers mixtes  - Archives - Textes  - Instruments - Liens