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LETTRE n° 74
Décembre 2002

S.R.I. (Organisme de la Conférence Episcopale Française) - 71, rue de Grenelle, 75007 PARIS
Tél. 01 42 22 03 23 - Fax. 01 42 84 30 41 - E-Mail  :
contact@le-sri.com  -  I.S.S.N. 0996 – 6935

 

Joyeux Noël… pour tous ?
Alors que le Ramadan se termine, l’Avent, la période préparatoire à Noël va commencer. C’est pour les chrétiens le moment de faire mémoire de la naissance de Jésus. Elle évoque, bien sûr, une grande joie comme l’ont annoncé les anges : « je vous annonce une grande joie, il vous est né un Sauveur ! » Mais cette fête ne nous éloigne pas de la dure réalité de notre temps.

Jésus est bien né dans un contexte de violence, d’occupation et de contrôles d’identité imposés : un recensement… chacun devant se faire enregistrer au chef-lieu de son clan… une famille pauvre qui ne trouve pas de place à l’hôtellerie… une naissance, littéralement « sur la paille »… et, quelque temps plus tard, la fuite…

Notre fête ne peut pas nous éloigner de tous ceux qui, ces derniers temps,  ont fait la une de nos journaux en particulier ces réfugiés, ces demandeurs d’asile, sans papiers pour toutes sortes de raisons qui nous sont une sorte de vivante « crèche de Noël ». En contemplant Jésus, nous voyons se profiler derrière lui la foule des « petits » auxquels il s’est assimilé… « Ce que vous avez fait au plus petit »… Chaque Noël nous est une occasion de méditer sur notre façon d’accueillir l’autre.

Les gestes concrets de partage et d’accueil varient avec les situations dans lesquelles nous évoluons, évidemment ! Mais tous nous avons besoin d’être rendus intérieurement plus accueillants, plus disponibles. Les semaines qui précèdent Noël nous font entendre l’appel à la conversion lancé par Jean-Baptiste : « Que celui qui a deux tuniques partage avec celui qui n’en a pas et que celui qui a de quoi manger fasse de même ».

Dans l’intime de nos consciences, comment ne pas nous interroger sur nos raidissements et nos durcissements : quelles sont les personnes dont je ne veux pas dans ma vie, dans mon monde ? Tant de voix s’élèvent pour désigner des « indésirables » : les terroristes, bien sûr, donc les islamistes, donc les musulmans… mais aussi les « clandestins », les étrangers… et… « toute la misère du monde » que, dit-on, « nous n’avons pas vocation à accueillir ». Comment discerner dans ces justifications ce qui est de simple bon sens et ce qui relève de notre dureté de cœur, de notre égoïsme ou de nos antipathies ?

En nous souhaitant mutuellement un Joyeux Noël et une bonne année, remarquerons-nous que nous rencontrons quotidiennement des gens à qui nos vœux… ne veulent pas s’adresser ? Comment vivre une fête de Noël où nos cœurs se mettent au diapason de ce que nos vœux proclament : « Gloire à Dieu au plus haut des cieux et paix sur terre aux hommes,  qu’Il aime ». .. et nous savons bien que son amour ne connaît pas d’exclusive, c’est bien à tous qu’il offre sa Paix !

Jean-Marie GAUDEUL




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0   7ème colloque inter-religions

Du vendredi 10 au dimanche 12 janvier 2003, à l’Abbaye (BP 1, 22750 Saint-Jacut de la Mer – T. 02 96 27 71 19), sur le thème « La vie, la mort, l’espérance dans le judaïsme, dans l’islam, dans le christianisme ».

 

0   Journées de formation

La Commission Diocésaine des Relations avec l’Islam (CRI) de Marseille, organise les 8 et 22 mars 2003 une formation pour les personnels des « instances » catholiques accueillant de jeunes musulmans (enseignement catholique, mouvements d’action catholique, aumôneries de lycées et de collèges) ainsi que toutes personnes intéressées. Comment respecter l’identité catholique de « l’instance » tout en respectant la foi des musulmans ? Le 8 mars, 2 intervenants : Gilles Couvreur (« Panorama de la situation en France ») et Salah Bariki (« Panorama de la situation à Marseille ») et le 22 mars : Jean-Marc Aveline (« Réflexions théologiques et pastorales »).

 

0   2003 - Djazaïr. Une année de l’Algérie en France

Colloque : « Les religions monothéistes en Algérie à travers les âges : judaïsme, christianisme et islam ».

Ce colloque se tiendra les 30 et 31 janvier 2003 au Palais de l’UNESCO. Le déroulement se fera en quatre étapes : émergences (l’apparition et le développement historique de ces trois religions), enracinements (leurs expressions spécifiques dans la culture algérienne), visages (évocation de certaines grandes figures) et « temps présents » (le pluralisme religieux à l’heure actuelle).

Pour plus de détails, s’adresser provisoirement au S.R.I.

 


Durcissement ?

          Sur les rayons de nos librairies, s’étale actuellement toute une série de livres qui paraissent simultanément et qui alertent le lecteur européen sur le danger de l’islamisme, lancé « à l ‘assaut des démocraties », dressé avec « les Etats-Unis » dans une « alliance contre l’Europe ». La France serait « en danger d’islam » et déjà la République, écartelée « entre crainte et aveuglement », ferait le compte de ses « territoires perdus ». Les hebdomadaires ne sont pas en reste, et offrent régulièrement à leur public des dossiers sur « la pieuvre islamiste » et sur tout « ce qu’on leur cache sur l’islam ».

          On trouvera ici une liste de quelques-uns de ces publications que nous ne prenons pas la peine de commenter individuellement. Evidemment, l’actualité quotidienne explique aisément une telle production. Chacun de ces ouvrages, d’ailleurs, en rend compte et il n’est pas question de les accuser d’avoir « inventé » tous ces réseaux terroristes, ces massacres, ces attentats. Non, ces livres, ces dossiers ne mentent pas. Ils nous mettent face à une réalité qui n’est, hélas, que trop présente. Il nous faut, pourtant, jeter un regard un peu plus acéré sur ces livres et sur leur approche pour être encore plus proche de la réalité qu’ils se vantent de décrire.

La moitié de la réalité

          En centrant leur description exclusivement sur la violence terroriste et sur les courants les plus intégristes, ces ouvrages risquent de nous faire oublier que ce n’est là qu’une partie de la réalité du monde islamique. S’il y a, dans l’islam actuel, des milieux qui en arrivent à tuer, il y a aussi, et en bien plus grand nombre, des gens qui, justement, se font tuer au nom d’une autre conception de l’islam et des rapports entre Dieu et l’humanité. Leur vision de la foi musulmane n’est pas moins digne d’attention que celle de leurs assassins ! D’autres livres paraissent actuellement, d’ailleurs, pour expliquer les évolutions actuelles dans la foi et la religiosité musulmanes (par exemple : O. Roy, L’Islam mondialisé, Seuil, 2002, 210 pp., 14 €). Ces changements sont si importants qu’ils nous aident à comprendre la violence de ceux qui tentent de s’y opposer.

Un islam mythique

          Un certain nombre d’auteurs se désintéressent de ces changements car ils entretiennent une image de l’islam qui est puisée dans les livres anciens qui se contentaient de décrire l’islam médiéval, ses pratiques, sa théologie, l’organisation de sa cité comme s’il s’agissait d’un islam intemporel, éternel, immuable. Très fréquemment, on répète que « l’islam dit que… interdit de… », alors qu’en fait, il s’agit de l’islam médiéval et de la Charî`a telle qu’elle a été codifiée à cette époque. Cette cohérence a volé en éclat, mais les courants les plus traditionalistes prétendent qu’il faut y revenir. Ce n’est pas innocemment que certains auteurs non-musulmans identifient l’islam à sa version la plus opposée au monde moderne.

Une explication par les textes

          Pour connaître la pensée des musulmans actuels, il faut les écouter. Or, beaucoup d’auteurs se contentent de citer quelques versets d’une traduction du Coran qu’ils ont parcourue superficiellement : « comment dialoguer avec les musulmans puisque le Coran dit que… » Certains musulmans nous rendent la pareille : « comment les chrétiens peuvent-ils se dire pacifiques puisque Jésus dit qu’il est venu apporter la division dans le monde… » (sic). Tout dans l’islam et dans le monde musulman ne se déduit pas de quelques versets coraniques. Loin de là !

Des choix sous-jacents

          Pourquoi ce choix de méthode ? Pourquoi ce genre de pensée est-il si facilement accepté dans certains milieux, y-compris certains milieux chrétiens ? Pour les uns, ces publications viennent légitimer des choix antérieurs assez proches d’une certaine droite. Pour d’autres, on y justifie des rancœurs et des aversions pour « l’arabe » dont certaines datent de la guerre d’Algérie. Pour d’autres enfin, il s’agit de protéger une identité française en mutation en se servant du christianisme considéré comme sa colonne vertébrale.

Le danger

          Pour les chrétiens, l’adoption de ce genre d’approche représente un danger que la condamnation de l’Action Française avait souligné en son temps. Utiliser le message du Christ pour défendre l’identité d’un groupe humain risque bien de le dévoyer. Instinctivement, on glisse du message au groupe qu’il s’agit de défendre. Le christianisme est vu comme un groupe en situation de concurrence avec d’autres groupes : on se met à compter les effectifs de l’islam et ceux du christianisme, on conçoit le dialogue comme une joute théologique où l’on veut « triompher », on compare notre idéal chrétien à la pratique des musulmans, etc.

Comment retrouver le regard du Christ ?

          Comment abandonner cette dialectique du pouvoir, cette recherche de triomphe – même « apostolique » – qui dégoûte tant de jeunes des religions. Comment retrouver l’esprit de celui qui « s’est vidé de lui-même… s’est fait obéissant jusqu’à la mort… » et qui se proclame « venu pour servir et non pour être servi » ? Ce n’est pas la lecture plus ou moins enthousiaste de ces livres récents qui peut nous guider sur ce chemin de conversion… à moins qu’ils ne nous aient rendus plus conscients de nos choix sous-jacents et inavoués.

          J.M. Gaudeul, SRI

Quelques exemples de titres récents :

Alexandre DEL VALLE
Pierre-Marie GALLOIS

 Islamisme et Etats-Unis - une alliance contre l’Europe, éd. l'âge d'homme  24 €

Alexandre DEL VALLE 

Rachid KACI

Le totalitarisme islamiste - à l'assaut des démocraties, éd. des Syrtes, 22 €

Abdel-Rahman GHANDOUR

Jihad humanitaire - l'islam version humanitaire, éd. Flammarion, 20 €

Alexandre ADLER                   J’ai vu finir le monde ancien, éd. Grasset, 2002, 337 p., 17 €

Frédéric ENCEL                      Géographie de l’apocalypse, la démocratie à l’épreuve de l’islamisme, éd. Flammarion (essais), paris, 2002, 17 €

Oriana FALLACI                     La rage et l’orgueil, éd. Plon, 15 €.

René MARCHAND                 La France en danger d'islam, éd. l'âge d'homme, 25 €

KALTENBACH /TRIBALAT            La République et l’islam entre crainte et aveuglement, éd. Gallimard, 26,5 €

Emmanuel BRENNER (dir)      Les territoires  perdus de la République, Mille et une nuits, éd. Fayard, 12 €

Brigitte MARECHAL               L'islam et les musulmans dans l’Europe élargie : radioscopie, éd. Bruylant-Académia, 17 €

Ali LAÏDI                                Filières françaises du terrorisme islamiste, éd. Le Seuil, 20 €

Carole LA PAN                       L'islam - du Coran aux guerriers fous d’Allah, éd. Quebécor, 14,95 €

Collectif,                                  Islam et Occident - la confrontation ? éd. L'Harmattan, 12 €

Pierre-Henri BUNEL               Ces terroristes qui dévoient l'islam, éd. Carnot, 15 €

I N I T I A T I V E S

VALENCE

Le diocèse a publié deux messages à l'occasion de la fin du Ramadan, Eglise de Valence n° 20 (23 –11- 2002) :

-    Les vœux du Vatican, adressés aux Musulmans du monde entier par le président du Conseil pontifical pour le dialogue interreligieux, nous invitent à progresser ensemble sur « les voies de la paix ».

-    Le message de l’évêque qui, naturellement, a une « tonalité drômoise » et que les chrétiens du diocèse sont invités à  diffuser auprès de  leurs voisins, de  leurs amis ou de leurs partenaires musulmans, en signe d'amitié.

Roger MICHEL

«  Gloire à Dieu le Très Haut, Paix sur terre aux hommes de bonne volonté »

  Chers Amis musulmans

  Notre communauté chrétienne est heureuse de vous souhaiter une bonne fête à l'occasion de l'Aïd el-Fitr qui termine le mois de Ramadan. Ce mois a été pour vous l'occasion d'une plus grande fidélité à l'appel de Dieu, ainsi qu'un temps fort de partage et d'échanges avec vos voisins.

  Depuis la célébration de mon ordination comme Evêque de Valence - où plusieurs d'entre vous étaient présents - ,j'ai déjà eu l'occasion de me rendre à la mosquée de Fontbarlettes (Valence) et de La Monnaie (Romans) où j'ai pu vivre avec vous des moments de convivialité qui restent bien présents dans ma mémoire et dans mon cœur.

  J'encourage les différents groupes d'amitiés islamo-chrétiennes qui existent dans la Drôme et je suis particulièrement attentif au rassemblement qui a lieu chaque année au monastère d'Aiguebelle en mémoire des 7 frères de Tibhirine.

  Croyants dans la foi au Dieu unique, le Dieu d'Abraham, travaillons ensemble pour que la liberté, la justice et la paix l'emportent sur la haine, la violence et la guerre partout dans le monde.

  Que la Paix de Dieu soit sur vous.

+ Jean-Christophe LAGLEIZE Evêque de Valence

 


VANVES

          Le dimanche 27 octobre : Sept cents personnes environ envahissent le gymnase de la ville de Vanves au sud de Paris. Un chauffeur de taxi juif est tout ému d'apprendre par les personnes qu'il transporte que chrétiens, bouddhistes, musulmans et juifs vont passer une journée ensemble. Un autre, musulman, refusera de se faire payer.

          Au programme du matin il y a deux conférences: la première par Mgr B. Panafieu, archevêque de Marseille, Président du Comité épiscopal pour l’interreligieux sur les exigences du dialogue, et la seconde par Mr Dennis Gira, expert catholique du Bouddhisme, sur la nécessité et les difficultés de « prier » aussi avec les bouddhistes.

          Après le repas,  quatre témoignages : Fr. Michel Caille, ofm, évoque son chemin avec les Juifs ; Sr Christine Daisne, clarisse de Malonne (Belgique ), raconte sa découverte du Bouddhisme ; Mr V. Roussel explique son travail dans un quartier difficile et dans le collège où il enseigne ; enfin une jeune sœur franciscaine raconte comment l'Islam l'a conduit à St François lors de ses deux ans de coopération en Turquie.

          Ensuite commence la « prière interreligieuse » où interviennent successivement des juifs, des bouddhistes, des chrétiens et des soufis musulmans. Tous lisent ensuite ensemble la prière simple attribuée à saint François.

On lit alors une « Proclamation » de la famille franciscaine qui s'engage à organiser chaque année aux environs du 27 octobre une rencontre semblable dans chaque région de France et si possible à créer un comité de liaison avec les autres croyants, à l'échelon national. Mgr Daucourt, nouvel évêque du lieu, qui est resté toute la journée, récite une autre prière de St François et en chantant, la foule quitte peu à peu le gymnase.

Fr. Gwenolé, ofm


NEVERS

Chaque année, le G.A.I.C. (Groupe d’Amitié Islamo-chrétien) organise dans plusieurs villes de France des semaines de dialogue du 12 au 20 Octobre. Voici le compte-rendu de Nevers pour 2002  :

          Le Dimanche, au Centre Social d'Imphy, une vingtaine de personnes, chrétiens et musulmans, se sont rencontrés... reconnus... car la vie, les enfants, les avaient déjà mis en relation... d' autres ont pu se parler, faire connaissance, alors qu'ils se côtoyaient sans s'être jamais adressé la parole !

          D’autres rencontres se sont déroulées chaque soir  des jours suivants :

·       à la Maison de quartier de la Grande Pâture, une soixantaine de personnes, chrétiens et musulmans, ont échangé, sur les difficultés du quartier. La rencontre a été plus sociale que religieuse!

·       au Centre socio-culturel de la Baratte, autre quartier de Nevers. Si la rencontre rassembla moins de monde, elle permit à des chrétiens (religieuses, diacre, plus que laïcs) de révéler combien ils s’étaient investis dans la rencontre avec des musulmans.

·       au Relais Saint-Laurent de Cosne sur Loire, nombreux furent les membres de la Communauté chrétienne à répondre à l'invitation. Le partage avec les amis musulmans révéla des liens anciens, pénétrés de respect pour la foi de l'autre.

·       à la Charité sur Loire, une cinquantaine de personnes s'étaient rassemblées au local de « La Jeunesse Charitoise », association animée par des jeunes adultes issus des familles musulmanes du quartier.

·       à la Mosquée du Pardon, une vingtaine de chrétiens avaient pu être témoins de la grande Prière et du Sermon du Vendredi.

·       un tournoi de foot, organisé un peu tardivement...a permis des rapports intéressants avec les administrateurs du terrain, (le nettoyage du vestiaire a donné une autre image des musulmans) et des contacts avec les parents amenant leurs enfants aux diverses activités sportives.

·       la rencontre du dimanche à la Cathédrale, a permis aux musulmans d'y être accueillis par Mgr Francis Deniau, notre évêque, qui présenta les lieux et les objets qui meublent la Cathédrale, avant d'assister à un temps de prière des chrétiens. La chorale de la cathédrale de Saigon, de passage à Nevers, nous offrit un concert qui compléta le caractère pluri-culturel de cette semaine !

          Jean BAFFIER


Au nom de Dieu, le Compatissant, le Miséricordieux

 

« ACCUEIL RENCONTRE »

La revue des Centres de Préparation au Mariages (C.P.M.) n° 209 de septembre-octobre 2002 vient de sortir avec un dossier sur « Mariages islamo-chrétiens ». 22 pages – 7 €.

Il a été réalisé en collaboration avec le SRI et avec la participation active de couples mariés islamo-chrétiens.

Au sommaire : une présentation des musulmans de France par Jean-Marie Gaudeul, de nombreux témoignages de couples islamo-chrétiens depuis leur rencontre, la célébration du mariage, leur cheminement dans la foi et comment transmettre un double héritage religieux à leurs enfants.

Un document précieux qui permettra aux animateurs CPM d’être encore plus respectueux de la différence religieuse, quand ils accueillent les jeunes couples qui veulent s’engager dans le mariage, l’un dans la religion catholique, l’autre dans l’islam.

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·         Se Comprendre (7, rue du Planit, 69110 Sainte-Foy-lès-Lyon – T. 04 78 59 20 42 – F. 04 78 59 88 61).
N° 02-09 novembre 2002 « Le dialogue islamo-chrétien aux Philippines après le 11 septembre 2001» de Michel de Gigord.

·         La Médina n° 18 (novembre 2002 -  La Médina, 62, rue Gabriel Péri, 93200 Saint Denis – Tél. 01 42 43 23 36 – Fax. 01 48 09 85 71).

·         Migrations et Pastorale (septembre-octobre 2002 – 269 bis, rue du Faubourg Saint Antoine, 75011 Paris – T. 01 46 59 04 89). « L’Eglise et les migrants, un avenir commun ? »

·         Spiritus (12, rue du Père Mazurié, 94669 Chevilly-la-Rue – T. 01 46 86 70 30).). N° 168, septembre 2002 « Au risque de l’autre ».

·         Chemins de Dialogue (11, impasse Flammarion, 13001 Marseille – T.  04 91 50 35 50). N° 20 « L’Eglise et les Religions ».

·         Accueil et Rencontre (8 bis, rue Jean Bart, 75006 Paris – T.  01 45 48 26 72). N° 209, septembre-octobre 2002  « Mariages islamo-chrétiens», 22 pp., 7 €. Cf. encadré p. 4.

·         Lettre aux Communautés – Mission de France (BP. 101 – 3, rue de la Pointe, 94170 Le Perreux sur Marne). N° 216, octobre-novembre 2002 et N° 217, novembre-décembre 2002 : « Chemins de rencontre avec l’Islam ».

·         Cités (7, rue Guy Moquet, 94801 Villejuif Cedex – T. 01 49 58 36 57). N° 12-2002. « Religions et démocratie - Judaïsme, christianisme, islam, bouddhisme »

« Islam et Christianisme » Session de formation pour les chrétiens

L’Islam en France est une réalité que beaucoup souhaitent connaître aujourd’hui. Le Secrétariat pour les Relations avec l’Islam organise depuis plusieurs années une session intensive d’information et de formation d’une semaine, qui s’adresse aux chrétiens  (laïcs, religieuses, prêtres).  Cette session se tiendra à Orsay (91400) : du mardi 1er juillet 2003 à 17 h au mardi 8 juillet  2003 à 14 h.

SRI : 71, rue de Grenelle, 75007 Paris (T. 01 42 22 03 23 – F. 01 42 84 30 41) E-mail : contact@le-sri.com

E X P E R I E N C E  :

Deux infirmières en dialogue

Voici maintenant une vingtaine d'année que j'exerce la profession d'infirmière en maternité-gynécologie. C'est là que j'ai rencontré Saïda, une algérienne très croyante. Elle commençait à pratiquer très profondément sa religion, c'est-à-dire à faire les cinq prières, aller à la mosquée avec son mari... Avant, elle s'était consacrée à l'éducation de ses quatre enfants. Puis elle s'était mise à travailler la nuit pour être là pour eux dans la journée. Maintenant qu'ils étaient pratiquement adultes, elle pouvait donner davantage à Dieu. Il y a un temps pour chaque chose. Maintenant, c'était le temps de Dieu.

Elle avait beaucoup d'amour en elle, beaucoup de sagesse, une réflexion profonde, le désir et la perfection du travail bien fait. Très observatrice et très humaine elle avait le sens de l'autre, avec beaucoup de sensibilité: facilement blessée par une attitude ou une parole. Très prévenante, elle pensait pour moi, avec un grand sens de Dieu et beaucoup d'humour.

Elle m'appelait régulièrement vers minuit pour prendre le thé. Je trouvais mon thé servi, avec fruits ou gâteaux: c'était le temps du partage. Partage de nourriture et partage de vie et obligatoirement, partage spirituel où Dieu était présent. Celui qui est le vivant, l'unique, l'Omniprésent, Lui à qui on s'adresse et qui nous répond... cette relation d'amour extraordinaire qui ne peut être qu'avec quelqu'un d'autre. Et quel Autre !

Il était donc minuit environ quand nous prenions le thé. Quand c'était possible, bien sûr, car le travail passait avant tout et il n'était pas question de s'asseoir avant d'avoir terminé... sauf quelquefois pour marquer une pause rapide avant de reprendre.

L'amour que chacune de nous éprouvait pour Dieu faisait qu'Il devenait le sujet principal de nos échanges. Je ne connaissais pas grand chose à sa religion. J'arrivais avec un immense amour pour Dieu et pour nos frères, un amour universel et fraternel qui me vient de quelque chose en moi de très profond, depuis très longtemps, j'allais dire depuis toujours. Un immense "Ne jugez pas et vous ne serez pas jugés" - "Aimez-vous les uns les autres" - "ce qui est important, c'est la foi agissant par la charité"(Gal 5,6). Nos cœurs étaient ouverts à la parole de l'autre dans un immense amour de Dieu.

Mes enfants étaient en pleine période d'adolescence et mon couple n'était pas vraiment bien en paix. Et quand je m'écroulais en pleurs, racontant les événements du jour, Saïda savait me consoler par un: "Ne t'inquiète pas, Véronique. Moi aussi je suis passée par là! Moi aussi, mes enfants... moi aussi, mon mari... Elle joignait à cette phrase un exemple qui montrait ses difficultés passées et son équilibre à présent retrouvé. Elle était toujours passée par là: c'était rassurant.

Pourtant, un jour survint un événement que j'étais incapable d'accepter. Cet événement, je le taisais par discrétion, mais il m'était insupportable. Il devait se passer le samedi ou le dimanche suivant. Malgré mes efforts, mon estomac était noué et je n'arrivais plus à sourire. Saïda me dit:"Je ne t'ai jamais vue dans cet état". Et elle ne savait que faire pour moi. C'est alors qu'elle dit:"Je vais prier pour toi". Et le week-end arrivé, l'événement n'a pas disparu. L'épreuve insupportable pour moi, qui aurait peut-être été banale pour d'autres, resta présente, mais je pus la vivre dans une très grande paix. J'avais au fond de moi une très grande force et je savais au fond de moi que c'était grâce à sa prière.

Ce jour-là, j'ai eu la confirmation de la force de la prière. Et que ce n'était pas une question de religion, mais de prière, de foi, d'Amour, de vouloir porter l'autre devant Dieu, de lui déposer ses soucis. Au point de le supplier par amour.

Au début de notre rencontre, notre sujet principal (mais il y en avait tant) était la prière.

En ce temps-là, le soleil se levait tôt: nous n'avions qu'une heure de décalage. L'été, il faisait jour vraiment de bonne heure. En regardant vers l'est, vers 4h du matin, elle observait le ciel, le soleil levant et sa luminosité. Elle m'appelait pour que j'admire avec elle et s'écriait : "Regarde, Véronique! Je suis amoureuse de Dieu!"

Des nuits entières, nous parlions de Dieu. Nous mettions Dieu dans toutes nos conversations. Et dans un très grand respect de l'autre, nous nous faisions partager notre foi. Alors on disait : "Chez nous, on dit comme ci" - "Chez nous, on dit comme ça". Elle le disait d'abord en arabe, ça lui paraissait plus facile. Puis elle essayait au mieux de traduire en français. L'autre trouvait toujours la même phrase ou la même idée, dite quelquefois un peu différemment, mais reflétant la même pensée. Découvrant une commune pensée, notre foi augmentait.

Le pardon, la prière, le carême, le jeûne, le ramadan, l'aumône, les pauvres, le partage, la charité, tout y passait.

Quand on invitait une tierce personne à prendre le thé, celle-ci s'étonnait : "On dirait que vous êtes de la même religion". On avait tellement d'accord sur tant de choses.

Un jour, un infirmier d'un autre service se joignait à nous pour prendre le thé. Elle lui dit : "Je te présente Véronique. Elle est très croyante". Instinctivement, il fit un mouvement vers moi. Mais inconsciemment, quand je lui dis que j'étais catholique, il recula la tête (c'était à peine perceptible). Alors je lui dis : "Ecoute, s'il y a un seul Dieu, c'est le Dieu d'Abraham, le Dieu, Créateur du ciel et de l'univers. Ce qui compte, c'est la prière. Tu peux bien me dire que tu es de n'importe quelle religion, si tu ne pries pas, tu ne peux pas rencontrer Dieu. Mais si tu pries, tu es comme un pauvre devant Dieu, les mains vides., attendant tout de lui. Et ton frère, dans l'autre religion, dans la même attitude, est certainement plus proche de toi que celui de ta religion qui ne prie pas. Le plus proche de Dieu est aussi celui qui a le plus d'amour, mais personne ne peut dire qui a le plus d'amour, sinon Dieu qui voit le fond de chacun". A partir de ce moment, tout devint simple, et il venait de temps en temps discuter de Dieu avec moi.

Les nuits sans trop de travail, nous allions prier en même temps, chacune dans une chambre différente (vide, bien entendu). Avant de pénétrer dans la chambre, elle disait: "Véronique, que ta prière soit exaucée", et invariablement, je répondais:"Et la tienne de même". Et ensemble, nous répondions : Amin. Amen. Et chacune, seule avec Dieu, nous offrions le monde et la prière de l'autre. C'était des moments intenses de paix et de joie intérieure.

En fait Saida m'avait renvoyée à ma propre religion et je m'étais unie à la sienne.

Souvent, vers 5 h du matin, nous avions terminé notre travail. C'était calme. Alors elle me disait : "Véronique, dis-moi quelque chose de Dieu". Alors je prenais ma bible ou Prions en Eglise et je lisais un psaume ou l'autre, souvent celui du jour. Nous nous arrêtions souvent sur une phrase. Nous étions dans un profond recueillement. Et je me disais :"C'est quand même incroyable : dans un hôpital public à 5h du matin, une catholique et une musulmane lisent les psaumes juifs!"

Sa religion, pour elle aussi, était devenue plus forte. Quant à ce que ça avait changé en elle : "Avant, j'étais toute seule avec mon Coran. Quand je t'ai vue parler de Dieu dans les chambres, je me suis mise à en faire autant. Je n'ai plus peur de parler de Dieu."

Sans forcer personne, quand elle passait dans les chambres et que les malades lui avouaient leur angoisse, souvent elle disait : "Et puis, il y a Dieu!". Et cela suffisait souvent à les réconforter. Nous étions devenues des témoins de la tendresse de Dieu, des pèlerins d'espérance. Et nous partagions aussi des instants où Dieu s'était servi de nous pour consoler les autres et quelquefois les renvoyer vers Dieu.

Recueilli par le P. René Prévot, rédemptoriste, de Valence.

 

« Mon père m'a transmis le meilleur de sa foi

Mon père a quitté le Maroc au début des années 1970 pour venir travailler en France. Après avoir exercé divers petits métiers, il s'est fixé comme ferrailleur dans les chantiers du bâtiment. Nous sommes alors venus le rejoindre à Trappes. J'avais sept ans. Je me souviens encore du froid glacial, lorsque nous sommes arrivés au cours de l'hiver 1978. Le climat était si différent de celui que nous venions de quitter.

Mes parents sont des gens humbles qui vivent sous le regard de Dieu. Si ma mère a une foi instinctive, celle de mon père est plus érudite. Au Maroc, il était considéré par ses pairs comme un grand connaisseur des écrits islamiques. Pour lui, ce fut un vrai sacrifice de quitter son pays natal où il exerçait le métier d'instituteur. En émigrant en France, il a perdu cette reconnaissance sociale, mais il est resté égal à lui-même. Nous, les jeunes, nous sommes impatients, avides de tout comprendre. Mon père, lui, a toujours été à l'opposé de cela. Il estime que sa vie est entre les mains de Dieu et il ne s'impatiente jamais. Lorsque j'étais petit, je me souviens qu'il se levait à cinq heures chaque matin et se retirait dans la cuisine pour psalmodier le Coran, avant de partir travailler. J'avais l'impression que la maison était bénie pour toute la journée. Chaque jour, il emportait le Coran sur son lieu de travail. Très discret cependant, il n'a jamais voulu accéder à la fonction d'imam de la mosquée de Trappes, qu'on lui proposait. Notre père a souhaité que nous suivions des études coraniques et que nous apprenions l'arabe, mais jamais il ne nous imposa ses convictions religieuses. Il ne s'est même jamais assis à nos côtés pour lire le Coran. Pourtant, il nous a transmis le meilleur de sa foi. Je comprends aujourd'hui que ce qu'il souhaitait avant tout, c'est que nous soyons en accord avec nous-mêmes.

Mon père discutait volontiers avec mon ami Jean-Michel, le curé de Trappes. Il a su comprendre que la rencontre de ce prêtre, à quatorze ans, fut importante pour moi. C'est en côtoyant Jean-Michel et d'autres chrétiens engagés, qui me posaient des questions sur ma religion, que j'ai approfondi la foi de mon enfance. Pour moi, être musulman est un choix. L'idée de me convertir ne m'a jamais traversé l'esprit. Même si ma foi est ouverte au questionnement.

Avant le dialogue interreligieux, il y a la rencontre humaine. Seul le dialogue peut faire reculer les crispations identitaires. Aujourd'hui, ces rencontres sont plus difficiles, mais je suis convaincu qu'il faut poursuivre le dialogue islamo-chrétien. C'est aussi pour moi une façon d'aider tous ces jeunes musulmans que je rencontre et qui souffrent de n'avoir ni structures ni références pour construire leur foi, ou simplement pour donner un sens à leur vie. ».

Rachid BENZINE

(Chercheur en herméneutique coranique. Coauteur avec Christian Delorme de « Nous avons tant de choses à nous dire » (Albin Michel, 1998, 252 p. 7,70 €) et créateur d’un site consacré au renouveau de la pensée musulmane : www.etudes-musulmanes.com)

Propos recueillis par Evelyne MONTIGNY, paru dans « La Croix », 27-11-2002, p. 16.

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