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LETTRE n° 63 Novembre 1999
 

SECRETARIAT POUR LES RELATIONS AVEC L'ISLAM

Editorial  - Impressions de Bosnie  - Initiatives  - Gros plan sur une Revue  - Calendrier  - Livres & Revues  - Hommage à St Augustin
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LE PORTIQUE DU JUBILE

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Le 28 octobre dernier à Rome, sur la place Saint-Pierre, le Cardinal Etchegaray présentait au Pape et à la foule l’événement qui se terminait dans le soleil couchant. Comparant au splendide portique des temples de l’Extrême-Orient la réunion, pendant quatre jours, de quinze religions représentées par deux cents délégués, il disait sa joie de voir dans cette grande rencontre le prélude à l’année jubilaire et au troisième millénaire.

La matinée du 24, des messages furent lus, en particulier celui du Patriarche de Constantinople par son représentant Mgr Damaskinos, métropolite pour l’Europe, celui de l’Archevêque de Cantorbéry par l’évêque de Bradford, celui du Recteur d’Al Azhar par Mr Ali Al Sammam.

Des discussions en assemblée plénière et en groupes de travail voulurent ensuite répondre au but suggéré par Mgr Fitzgerald, Secrétaire du Conseil Pontifical pour le Dialogue Interreligieux, à savoir la confection d’un message au monde.

Les quelques deux cents personnes rassemblées s’accordèrent sans difficulté sur le besoin d’affirmer nettement leur volonté de faire des religions un facteur de paix. Si chacune tient la paix comme un fondement capital, les intervenants reconnaissaient que les croyants n’ont pas toujours présenté un visage de non-violence. Les invités du Conseil Pontifical insistèrent donc sur l’éducation : il faut faire connaître l’autre comme on voudrait être soi-même présenté en vérité. On insista aussi sur la réflexion théologique : il faudrait voir, par exemple, dans la vision du monde et du salut propre à chaque religion, si une place peut être assurée au mécréant en dehors de l’enfer.

Bien d’autres aspects sont présents dans les deux textes préparés. Les souhaits furent si nombreux que l’équipe de rédaction dût se résoudre à faire un Message pour le grand public et une Déclaration, plus longue, pour les responsables religieux et les personnes engagées dans le dialogue interreligieux. Ces documents seront à réfléchir avec le recul nécessaire.

Il faut déjà bien noter un fait capital : c’est la première fois, à partir du Centre de la catholicité, que les représentants de diverses religions s’adressent ensemble au monde. Voilà sans doute l’inédit de ce rassemblement. Même s’il était dans la foulée d’Assise 86, il ne regroupait pas les grands leaders spirituels mais des personnes au service du pluralisme religieux qui voulaient donner une parole commune à l’aube du troisième millénaire. Le 27 octobre 1986, le Pape avait invité les chefs religieux à prier avec lui pour la paix ; du 24 au 28 octobre 1999, des croyants habitués à la rencontre ont cherché comment engager leur communauté dans une action commune. Si le chemin apparaît long, la facilité à se trouver sur la même longueur d’onde spirituelle pour proposer au monde des recommandations, même si elles sont devenues courantes entre nous, donnait l’espérance au cœur et à la raison.

Pour souligner l’importance de la Prière à Assise treize ans plus tôt, nous sommes allés là-bas en pèlerinage. Par pudeur, je cacherai ce que fut pour moi, en un tel lieu et devant un tel auditoire, le fait de parler de celui à qui « Dieu donna rendez-vous, non dans le martyre, ni dans la conversion du sultan, mais dans la rencontre sur la rive de l’autre ». Quelle joie d’entendre ensuite un responsable musulman et une femme hindoue dire l’importance de cet homme hors les murs avant d’aller ensemble garder un moment de silence intense autour du Tombeau de François d’Assise et de Damiette.

Dieu nous a donné, en ce 27 octobre, rendez-vous fraternel sur la rive de François !

Frère Gwenolé, o.f.m.


S.R.I.
(Organisme de la Conférence Episcopale Française) 
71, rue de Grenelle, 75007 PARIS
Tél. 01 42 22 03 23-Fax. 01 42 84 30 41
E-Mail :sriparis@wanadoo.fr
I.S.S.N. 0996 – 6935

IMPRESSIONS de BOSNIE

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Du 27 juillet au 15 août 1999, j’ai acquis une certitude qui grandissait déjà en moi après d’autres voyages. Si l’on désire que les religions soient un facteur de paix, il faut absolument couper les liens entre ethnie et religion, comme entre religion et état. Le nationalisme se repaît de ces liens et ligote les croyances. La religion devient système plus que spiritualité et on arrive vite à emprisonner Dieu pour en faire une idole qui justifiera tout. Une des perversions du lien ethnie-état-religion est de faire croire que les athées sont des militants, par exemple, d’un dieu catholique, opposé à un dieu orthodoxe ou à un dieu islamique et d’entraîner de vrais croyants dans ce culte idolâtre.

Les partis nationalistes ont le vent en poupe en Croatie, en Bosnie, en Serbie. En Bosnie-Herzégovine notamment, les nationalistes l’emportent dans presque tous les “cantons” et l’acceptation de fait de la “republica srbska” entérine une purification ethnique. A Banja Luka, on a détruit systématiquement les 13 ou 16 mosquées de la ville et les musulmans, malgré la SFOR, ont bien du mal à obtenir le permis de reconstruire la seule grande mosquée. C’est un euphémisme de dire que les autorités serbes sont peu empressées de voir revenir les Croates et les Musulmans et s’il y a encore des mariages mixtes, c’est entre Croates et Musulmans. En Herzégovine où de furieux combats ont eu lieu entre Croates et Musulmans, les réfugiés ne reviennent guère à Mostar-est où reste seulement une cinquantaine de vieillards croates. Ce chiffre est à comparer avec les 9 000 musulmans restés ou revenus à Mostar-ouest.

Le dialogue est préférable au choc. Si on veut éviter “le choc des civilisations” basé sur des confessions religieuses, il faut rendre sa liberté à la foi des croyants. Parler de guerre quasi inévitable entre ces civilisations, c’est faire peu de cas de tous ceux qui luttent pour la tolérance dans le monde ; c’est ne pas lutter contre le lien malheureux entre l’ethnie et la religion, entre l’état et une culture qui méprise les autres ; c’est surtout occulter un phénomène irréversible : le brassage planétaire des populations et la réclamation, dans toutes les aires culturelles de notre monde, de la liberté religieuse qui n’est pas seulement une liberté de culte, mais de conscience jusque dans le choix raisonné d’un changement de religion.

Mon étonnement est, en voyant une haine rampante en plus d’un lieu, de trouver les gens relativement optimistes. Beaucoup croient que la paix est possible. En fait, j’ai cru découvrir trois grandes positions par rapport à l’avenir, la première et la troisième étant minoritaires :

-ceux qui rêvent de revanche sur une autre communauté ;

-ceux et celles qui pensent qu’il faut retrouver une cohabitation inévitable mais chacun restant chez soi le plus possible, en admettant l’autre … à côté ;

-ceux et celles qui estiment qu’une simple coexistence ne peut mener à la paix. Il faut établir des liens d’amitié au-delà de la réconciliation qui suppose elle-même le pardon et la rencontre.

Les tenants des deux dernières positions savent que la réconciliation sera longue à venir et que, pour le moment, vivre sans se battre est déjà positif et justifie d’accepter la présence de la SFOR.

Des arguments peuvent faire espérer :

1.Le désir très fort d’une intégration à l’Europe exige un minimum d’entente et le rejet du mépris mutuel. La volonté d’être européen entraîne la démocratie et demande que la pluralité soit reconnue. Si on ne peut accepter le lien ethnie-religion ou état-religion, il faut prendre en compte le phénomène culturel et le phénomène religieux, sinon celui-ci rejaillit un jour en chauvinisme politico-religieux.

2.Il n’y a d’autre chemin aujourd’hui, à la différence d’hier, que le chemin de réconciliation. Les plus clairvoyants reconnaissent sans ambage que le refuser conduirait à un suicide des jeunes nations comme ce fut le cas de la Yougoslavie. Ce suicide annoncé comme scénario-catastrophe est heureusement contrecarré par les efforts de réconciliation. 

Comme au Liban en septembre 1998, je n’ai pas trouvé personnellement de quoi être très optimiste mais j’ai découvert de quoi espérer sans que ce soit « contre toute espérance ».

Fr. Gwenolé


INITIATIVES

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äAvignon, juin 1999.

Durant le conflit des Balkans, l’association de Dialogue Inter-Religieux (D.I.R.E.) a relayé un appel du groupe local « Pax Christi » en organisant un temps de prière chaque mercredi. Cette rencontre de prière s’est déroulée en centre ville, au Temple de l’Eglise Réformée de France. Mgr Bouchex, archevêque d’Avignon, et Mr Mimoun, président de l’association culturelle islamique (marocaine) et le rabin Moché Amar se sont joints au lancement de cette initiative. A chaque rencontre : Parole de Dieu, silence, méditation, orgue, message.

Le groupe D.I.R.E., en réunion mensuelle, a approfondi cette année le sens des fêtes religieuses dans les diverses traditions religieuses.

Contact : Anne-Marie Bardoux, (T/F. 04 90 82 47 06).

Par ailleurs, pour l’année 1999-2000, le séminaire interdiocésain a un séminariste, Jordi, en stage en Tunisie. Son stage pastoral, avec le diocèse de Tunis, sera particulièrement ouvert au dialogue islamo-chrétien en Tunisie. Il se déroulera également en partenariat avec l’I.S.T.R. de Marseille.

ä«Un appel à construire la paix», à la Pommeraye (Maine et Loire), 22-27 août 1999.

Une soixantaine de participants catholiques et protestants issus de plusieurs régions de France, ont réfléchi sur le thème : « Un appel à construire la paix », aidés de spécialistes tels que Geneviève Comeau pour le Judaïsme et le Père François Jourdan pour l’Islam, accompagnés de théologiens catholiques et protestants.

« Nous avons successivement envisagé comment le Judaïsme et l’Islam vivaient la paix avec Dieu et la société, quels regards ils jetaient sur le Christianisme, ce que la Bible nous dit de la paix ; comment au cours des siècles le Christianisme a favorisé ou non la paix. … En fin de parcours nous sommes revenus à ce qui fait notre spécificité de croyants : l’Incarnation, un Christ historique et unique médiateur ce qui n’est accepté ni par les juifs, ni par les musulmans et notre confession de foi en la Trinité. Les échanges faisant suite aux interventions ont révélé le besoin de bien connaître les enjeux de notre foi, allié au souci de découvrir la foi des autres pour favoriser le « vivre ensemble » et cela dans la ligne de l’association «Les Avents » fondée en 1955 dans le Tarn par le Père André Fabre (1900-1983) ». (Père G. Girroy et Madame S. Martineau). 

Contatc : Denise Bréard, 53, rue du Moulin, 61100 Flers. (T. 02 33 64 31 26).

äNantes : « 300 Nantais de toutes confessions réunis pour bâtir la paix ».

La salle Georges Bonnaire était pleine jeudi 7 octobre 1999 pour l’émouvante veillée de paix organisée par « Tibhirine », l’association pour le dialogue interreligieux. Jacques Hubert le président, a invité chaque participant dans la présentation du sens de la veillée, « à ouvrir sa porte à l’autre différent, à se ranger du côté de son visage, à courir des risques : celui d’être hospitalier à l’autre en soi ; chacun pouvant faire émerger du plus profond la valeur de la paix et délivrer des énergies de paix. C’est possible dès maintenant ! » Une originale « marche des pierres » a permis à tous les participants d’apporter concrètement sur le podium « sa » pierre à la construction de la paix,tout en écoutant des voix off d’acteurs de paix tels : Hanna Kina Hoth, femme de dialogue du Sud-Soudan, le Frère Roger Schultz de Taizé, Mohamed Talbi intellectuel tunisien … Le dernier témoin, invité par Tibhirine et venu spécialement de Rome représentant la Communauté Sant’Egidio, Ricardo Cannelli, a pu nous dire comment la fameuse Communauté donne la main à tous les êtres humains et continue patiemment de poser brique sur brique pour construire la maison de la paix : la paix au Mozambique, la signature d’un accord au Guatemala, la recherche d’un dialogue entre Hutus et Tutsis au Burundi, etc. Puis chaque confession a pu exprimer sa prière. Quelques mots de Etty Hillesum proclamés par l’ensemble des participants debout clôturaient l’expression interreligieuse : « Notre unique obligation morale, c’est défricher en nous-mêmes de vastes clairières de paix et de les étendre de proche en proche, jusqu’à ce que cette paix irradie vers les autres. »

Un très beau chant, inspiré d’une parole de Fr. Christian de Chergé, moine de Tibhirine, accompagné à la harpe et au violoncelle, a permis de clore cette émouvante cérémonie pendant que différents pains confectionnés par des communautés africaines, asiatiques, européennes et américaines de Nantes étaient distribués.

Contact : Tibhirine, association pour le dialogue interreligieux (T. 02 40 76 83 20).

äValence : « Métissage culturel »

«Ces dernières semaines, un collège (Valence), une radio locale (Montélimar) et les scouts de France (Allex), m’ont invité à parler de l’islam. J’ai pu mesurer l’intérêt, la curiosité, l’indifférence ou l’ignorance des jeunes rencontrés. Ce fut chaque fois l’occasion de faire découvrir l’essentiel de la foi chrétienne au miroir de l’islam et d’inviter ces jeunes à se positionner avec justesse par rapport à « l’autre différent ». Ni racisme, ni prosélytisme, ni syncrétisme, mais découverte d’un dialogue interreligieux possible et concret, dans un pays de plus en plus métissé. Ces expériences de terrain rejoignent, me semble-t-il, les grandes intuitions du Concile Vatican II sur les religions non chrétiennes. La soif de culture religieuse est grande chez les jeunes, pour peu qu’on la suscite et qu’on sache y répondre. Encore faut-il s’y préparer. Voilà un chantier intéressant, dans le cadre d’une laïcité ouverte, un chemin d’espérance pour une société bigarrée, dans une Europe pluraliste et solidaire ».

N.B. : on lira avec profit « Chemins de dialogue » n° 14 à paraître prochainement sur le « fait religieux  à l’école ».

Contact : Père Roger Michel (T.04 75 44 01 96).

äS.R.I., Session à Francheville 15-18 novembre 1999.

Du 15 au 18 novembre 1999, se sont retrouvés à la Maison Saint-Joseph à Francheville, 39 Délégués à l’Islam (sur 43) des diocèses de France, certains engagés depuis un temps déjà sur ce chemin de la rencontre, d’autres plus récemment nommés par les Evêques à la suite de l’Assemblée de Lourdes 1998. 

Dans une ambiance amicale les partages en groupes de travail et les rencontres informelles ont permis un approfondissement de cette démarche. Les témoignages de plusieurs régions ont enrichi notre expérience et ouvert des perspectives pour l’an 2000 !

+ A N N O N C E S +

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-Centre Sèvres 35 bis, rue de Sèvres, 75006 Paris 

(T. 01 44 39 75 01).

·Christian Van Nispen, « A la rencontre de l’Islam moderne et contemporain », du 4 janvier au 1er février 2000, le mardi de 19h30 à 21h30.

·Jean-Luc Brunin : « L’Islam de France : réalités, débats et enjeux pour l’Eglise », du 23 février au 29 mars 2000, le mercredi de 19h30 à 21h30.

·Philippe Lécrivain : « Le salut des autres, Recherches sur le pluralisme religieux », du 12 octobre 1999 au 25 janvier 2000, le mardi de 14h30 à 16h30.

+Institut Catholique de Lille – 60 boulevard Vauban, BP. 109, 59016 Lille cedex 

(T. 03 20 13 41 57 – F. 03 20 13 41 56).

Histoire et sciences sociales de l’Islam, une année de formation de 84 heures, avec des spécialistes ; l’objectif étant de préparer à une connaissance scientifique de l’Islam.

+Centre spirituel du Hautmont – 31, rue Mirabeau, BP. 19, 59420 Mouveaux

(T. 03 20 26 09 61 – F. 03 20 11 26 50).

Un groupe islamo-chrétien se retrouve quatre fois par an et organise une rencontre : du 18 mars à 14h30, au 19 mars 2000 à 17h. Thème de cette 22ème rencontre islamo-chrétienne : « L’interpellation des pauvres ».

+Tours – Espace Catherine de Sienne, 12 rue Général Meusnier 57000 Tours

(T. 02 47 75 30 60 – F. 02 47 64 85 97).

« L’islam mystique, le jaillissement, les grandes heures du soufisme, les confréries », avec Luc Moreau, o.p. Les 3 février, 2 mars et 6 avril 2000, de 20h30 à 22h.

+Institut Catholique de Paris – 21, rue d’Assas, 75270 Paris cedex 06

(T. 01 44 39 52 51 – F. 01 44 39 52 48).

·« Introduction à l’Islam », 4 février 2000, de 10h à 12h.

·«Islam et modernité », 28 janvier 2000, de 15h à 17h.

Ces 2 cours sont donnés par Emilio Platti.

·« Islam et modernité, courants actuels », vendredi 25 février et 28 avril 2000, de 14h à 16h.

·« Islam et Christianisme », mercredi 23 février et 23 mars 2000, de 14h à 16h.

·« Islam en France, questions posées à l’Eglise », mercredi 29 mars et 10 mai 2000, de 14h à 16h.

·« Islam en Afrique », mercredi 17 mai et 14 juin 2000, de 14h à 16h.

Ces 4 cours sont donnés par Jean-Marie Gaudeul

+« Artisans de Paix » - 1, rue du Pont de Bare, 91230 Montgeron

Prochaine réunion de l’association le 25 janvier 2000, au Centre Sèvres, avec Jean-Loup Herbert et Ghaleb Bencheikh.

Contact : Madame Frapier (T. 01 69 03 50 15).

GROS PLAN sur une REVUE
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Nous donnons cette fois-ci la parole à la direction d’ « Islam de France » que nous remercions d’avoir répondu à notre demande.
 


«Islam de France»

Conçue par des journalistes et intellectuels aux parcours associatifs ou individuels diversifiés, la revue«Islam de France»est une publication indépendante (d’abord éditée par l’Harmattan, puis désormais par Al Bouraq). Elle voudrait faire émerger une intelligentsia musulmane relevant les défis d’une expression religieuse islamique tout à la fois fidèle et moderne. Depuis deux ans, ses objectifs sont de :

1.travailler à ce que l’islam soit perçu d’abord pour ce qu’il est : une foi revendiquantson appartenance abrahamique et la continuité des révélations divines, et non une idéologie politique en guerre avec l’Occident ; une tradition spirituelle vivifiée par le mystère de la Parole coranique inaugurant sa propre dynamique prophétique et humaniste, et non une prédication fanatique et passéiste à visée hégémonique.

2.aider à redécouvrir la diversité théologique et l’historicité de la culture islamique pour que les musulmans soient plus «informés»des fondements de leur croyance comme de la piété que peut susciter sa haute spiritualité ;plus à même également de la confronter aux autres avec sérénité et de penser à un «islam de France» adapté à la modernité de l’Europe sécularisée.

3.faire circuler l’information sur la vie cultuelle et culturelle de la deuxième religion de ce pays ; organiser le débat d’idées sur son intégration et sa représentation ; mener le dialogue avec les autres confessions ; tisser des liens avec les responsables d’associations et le public des fidèles qui fréquente les mosquées comme celui attaché à une observance plus privée.

La revue «Islam de France»partage le vœu de Jacques Berque affirmant que la France doit assumer son islamité et les musulmans leur francité. La langue française est donc considérée à la fois comme un véhicule d’accès à la culture islamique et comme un nécessaire support de sa transmission.
 


Revue «Islam de France»: 12, avenue Karl Marx – porte 83 – 93000 Bobigny
Tél. 01 48 30 66 39 – E-mail : (ou) idf@albouraq.com

* * * 


 


Le numéro 6 de la revue comprend notamment :

• La Résolution des Assises interreligieuses de Lille (7 mars 99).

• Un article du Père Michel Lelong, « Quelle laïcité pour le christianisme et pour l’islam ? »

• Un article du Père Jean-Luc Brunin, « Du véritable esprit du dialogue ».

CALENDRIER des FETES MUSULMANES
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Communiqué par l’Institut de la Mosquée de Paris. Comme d’habitude, il peut se produire un décalage d’un jour en plus ou en moins.

Début de Ramadhan
9 décembre 1999

ACHOURA
15 avril 2000
AID el FITR (fin Ramadhan)
8 janvier 2000

AL MAWLID Annabawi
15 juin 2000
AID el ADHA (El Kebir)
16 mars 2000

Début de Ramadhan
27 novembre 2000
1er Muharram
6 avril 2000

AID el FITR (fin Ramadhan)
27 décembre 2000

Livres et Revues

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/ «Profession théologien, quelle pensée chrétienne pour le XXIème siècle»

Claude GEFFRE - Entretiens avec Gwendoline Zarczyk, Editions Albin Michel, 1999, 320 p., 120 F.

Claude Geffré, o.p., ancien directeur de l’Ecole biblique de Jérusalem, parcourt rétrospectivement le champ théologique qu’il a lui-même traversé avec ceux de trente ans de « profession ». Du passage de l’âge dogmatique à l’âge herméneutique, la tâche du théologien est de recueillir la signification de l’Ecriture pour la déchiffrer dans l’histoire humaine, en particulier dans le contexte nouveau du dialogue interreligieux. Un livre stimulant où l’on retrouve une grande figure de la théologie française … pour entrer dans le prochain siècle.



/ «Comprendre la culture arabo-musulmane»
Xavière REMACLE, Editions CBAI et Vie ouvrière, Bruxelles, 1997, 175 p., 105 F.
L’auteur se consacre à la problématique de la communication interculturelle et au dialogue islamo-chrétien en Europe. Son ouvrage bien charpenté en sept parties nous offre, dans un langage accessible, un large spectre de thématiques fondamentales de la culture arabo-musulmane : le système des valeurs, la conception du temps, la perception de l’espace, la transmission du message, la religion et le pouvoir, la densité civilisationnelle, le rapport entre Islam et Occident. Les encadrés et les tableaux intercalaires permettent de synthétiser certains repères historiques et géographiques et de schématiser comment l’Islam accompagne les étapes de la vie dans la communauté musulmane. Un recueil pédagogique bienvenu, qui sera utile aux professionnels de l’éducation et aux artisans de la relation avec les populations musulmanes.






/ «Les convertis à l’Islam, les nouveaux musulmans d’Europe»
Stefano ALLIEVI, Editions l’Harmattan, 1998, 383 p.
Cet ouvrage fait partie de la collection « Musulmans d’Europe », dirigée par Félice Dassetto. L’auteur, sociologue, nous fait d’abord parcourir le contexte des sociétés d’Europe marquées par l’immigration. Avec la typologie des conversions à l’islam, il souligne la variété, la complexité des itinéraires avec des témoignages concrets. Les conséquences des conversions nous mettent en lien avec la communauté islamique dans son ensemble. L’auteur conclut : les convertis sont des producteurs de culture islamique à vocation européenne, ils ont un rôle clé dans cette nouvelle « islamité » européenne (p. 340).
Seize pages de bibliographie terminent ce travail.




/ «Peut-on vivre avec l’Islam ? Le choc de la religion musulmane et des sociétés laïques et chrétiennes»
Jacques Neirynck et Tariq Ramadan, Editions Favre, 1999, 232 p.126 F.
« On a pu apprécier les livres précédents de Jacques Neyrinck, la culture théologique et la finesse dont il fait preuve notamment dans le « Manuscrit du Saint-Sépulcre ». En revanche, la façon dont il se situe dans son dialogue avec Tariq Ramadan m’a fortement déplu. Il semble y régler ses comptes avec une Eglise et un Catholicisme qui ont peut être été ceux de son enfance, mais où je ne me reconnais pas (il est vrai que je n’ai connu que l’Eglise post-conciliaire). Du coup, c’est Tariq Ramadan lui-même qui est parfois contraint dans le livre de « venir au secours » d’une Eglise dont Jacques Neyrinck défigure par trop le visage ». (texte d’une lettre de Michel Guillaud à Monique Hébrard de Panorama, le 28/09/1999). 






/ «Les grandes religions dans le monde»
Michel Reeber, Editions « Les Essentiels de Milan », 1998, 64 p.
Dans une collection accessible à tous, voici un dictionnaire facile à lire, pratique à consulter, aux entrées et renvois multiples, avec des infosgraphies et de l’hypertexte pour approfondir les données de base concernant les grandes religions du monde. En quelques 400 termes, tout ou presque, pour mieux cerner le fait religieux. Bon voyage dans le monde des religions.






/ «Le silence du Roi David»
Marie-Hélène Congourdeau, Editions Presse de la Renaissance, Paris, 1999,300 p., 119 F.
Les romans « théologiques » sont à la mode. A travers le « Silence du Roi David », Marie-Hélène Congourdeau, historienne, expose des problèmes très actuels, avec beaucoup de finesse. Le véritable Islam est-il celui des intégristes ou des mystiques ? Le Christianisme peut-il se libérer de la tentation du pouvoir ? L’intrigue met en relation une communauté catholique « charismatique », un ancien meneur d’un mouvement de révolte étudiante et une jeune Arabe impliqué dans des attentats.



Sont disponibles au S.R.I. deux MEMOIRES DE MAITRISE remarquables :
 «L’implantation des mosquées en France depuis 1962» par Sophie BOURGON, 1998.
Dans un premier temps ce mémoire s’attache à présenter le regard que porte la société française sur la communauté musulmane, en évoquant ses composantes civiles, politiques et administratives ; dans un second temps, à observer les modalités politiques, culturelles et sociales de l’intégration des musulmans au milieu des démarches qu’ils entreprennent pour créer des lieux de culte.


«Le dialogue islamo-chrétien organisé en France de la fin des années 1960 à nos jours» par Charles MERCIER, 1999.

L’auteur de ce mémoire dévoile les caractéristiques du dialogue islamo-chrétien en trois périodes différentes : 

-la fin des années 60 et des années 70 : l’élaboration dynamique d’un dialogue islamo-chrétien centré sur l’islam ; 

-- la décennie des années 80 : rééquilibrage et maturation lente du dialogue islamo-chrétien ; 

-- les années 90 : un dialogue qui se développe au niveau régional et au niveau politique.

En conclusion, il parie «que le dialogue islamo-chrétien organisé n’en est en France qu’à ses débuts et que l’ouverture interreligieuse sera un des traits caractéristiques du paysage religieux de demain » (p. 177).
 


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Hommage à Saint Augustin et au Cardinal Duval

par le Président Abd-el-Azziz Bouteflika

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Et que dire également de l’Algérien Saint Augustin qui apporta tant à l’Eglise ? Théologien, philosophe, écrivain, tribun et homme d’action, l’auteur de la « Cité de Dieu » et des « Confessions » qui fut l’évêque d’Hippone, l’actuelle Annaba, dans l’est du pays où il a rendu l’âme, est considéré à juste titre, comme un des docteurs les plus influents et les plus prestigieux de l’Eglise catholique. On a dit de lui « qu’il traitait une question de droit comme un avocat de Rome, une question d’exégèse comme un docteur d’Alexandrie. Il argumentait comme un philosophe d’Athènes ; il commentait un document d’archives comme le plus érudit des historiens. Il racontait une anecdote comme un bourgeois de Carthage, un exploit des Circoncellions comme un ouvrier d’Hippone … 

L’église algérienne qui a participé avec nous aux efforts de décolonisation et qui est aussi solidaire du peuple algérien dans toutes ses souffrances est une église présente dans tous les contacts et dialogues interculturels. Il me plaît, à cet égard, de saisir cette occasion pour rendre un hommage particulier aux chrétiens d’Algérie d’abord, de France ensuite, d’ailleurs enfin, qui ont pris fait et cause pour la lutte de libération de mon pays et notamment à l’Eglise catholique, avec à sa tête feu Monseigneur Duval, que Dieu ait son âme, qui deviendra après l’indépendance, le premier cardinal algérien. Notre bon et vieil ami, Monseigneur Duval, dont le souvenir ne saurait se départir de nos cœurs tant que nous sommes dans ce bas monde, a vécu son algérianité dans les moments les plus adverses avec la passion du Christ, le calvaire de Jésus, que le Salut soit sur lui, au même titre que les Prophètes des gens du Livre qui se réclament des grandes religions monothéistes …

Je ne terminerai pas cet exposé, me trouvant sur cette terre d’Italie chargée d’histoire, pays des sciences, des arts et de l’intelligence inventive, sans adresser mes sincères salutations et mon profond respect, en premier lieu à sa Sainteté le Pape Jean-Paul II, que Dieu lui donne la santé et lui accorde une longue vie. Permettrait-il à un musulman d’Algérie, devant la crise nationale qui secoue son pays – où l’islam est constitutionnellement religion d’Etat – de lui emprunter cette recommandation thérapeutique qu’il fit au monde voici quelques années : « Si tu cherches la paix, va à la rencontre des pauvres » …
 


(Discours à Rimini, le 23-08-1999. Textes extraits d’El Moudjahid du 24-08-1999)

VŒUX pour le RAMADHAN

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Le mois sacré de jeûne et de prière va s’ouvrir le 9 décembre. Ce mois de Ramadhan qui entraîne à la réconciliation, au partage est aussi le mois des familles réunies dans une ambiance festive.

Si, selon la Tradition, au premier soir du mois béni vous rompez le jeûne avec les dattes et le lait, sachez que bien des amis chrétiens vous sont très proches et vous accompagnent dans la prière.

Bien fraternellement.

EXPERIENCE :
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Cette année encore, les fêtes de Noël et du Ramadan vont se suivre. Depuis l’an dernier nous avons gardé ce témoignage, cette expérience sans prétention, mais qui peut donner des idées. Nous serions heureux de recevoir de la part de nos lecteurs leurs propres expériences de rencontre dans la vie quotidienne, même si on ne peut garantir de les publier toutes ou intégralement.

Chaque année, pour Noël, le Secours Catholique organise dans diverses régions de France, une fête avec des personnes démunies. La particularité de la délégation de Créteil (94) a été, en fin d’année 98, de mettre l’accent sur la rencontre de l’autre à travers ce qu’il est et ce en quoi ou en qui il croit. Nous sommes venus à ce choix constatant que de nombreux hébergés sont musulmans, chrétiens catholiques ou protestants, bouddhistes, hindous ou sans religions …

Si la première urgence est de répondre à une situation matérielle très précaire, le Secours Catholique, situé dans la promotion de la dignité de l’homme et relié à sa foi chrétienne, a à cœur de respecter chacun dans ce qui constitue sa différence, y compris religieuse. Ainsi pour une bonne intégration de tous, nous avons décidé de débuter le repas festif par un échange fraternel sur le thème : « Pourquoi fêter Noël ? »

Pour aider à la réalisation de ce projet, l’équipe de Créteil a eu l’idée d’inviter le SRI. Une première rencontre a eu lieu à Champigny le 7 décembre. Sur place nous avons trouvé Yédi, Christophe, Mohammed, Jean, Rached, Joseph, Mustapha et David. Il s’agissait tout d’abord de faire connaissance autour d’un repas. Différents pays étaient évoqués comme l’Algérie, le Maroc, la Tunisie, le Mali, le Congo … Le contact était facilité par le fait que le Frère Gwenolé du SRI avait déjà visité plus ou moins longtemps chacun de ces pays. Ensuite, nous sommes entrés un peu plus dans le vif du sujet, à savoir la préparation de la fête de Noël le 24 décembre au soir.

Nous prévoyons des animations musicales, une urne à messages et un livre d’or, de la décoration, de l’aide à la cuisine, le transport … et un repas vers 17h30 pour les musulmans qui ont accompli le jeûne de la journée. Chacun est d’accord pour l’organisation d’un échange fraternel au moment de l’apéritif. Enfin, nous concluons les derniers préparatifs autour d’un bon thé à la menthe préparé et versé (c’est tout un art !) par Mohammed.

Arrive le 24 décembre, où la majorité chrétienne du Secours Catholique se rend à la messe de Noël à 18h30 en l’église Saint Michel de Créteil.D’autres ajoutent les dernières finitions à la préparation de la salle.

La possibilité est offerte aux musulmans qui le désirent de participer à la messe. Frère Jacques les accompagnera. Ali est le seul a avoir ce désir mais pour des raisons pratiquesil ne pourra pas nous rejoindre. A l’issue de la messe, nous prolongeons la soirée dans les locaux paroissiaux situés en face de l’église. C’est à ce moment que toute l’équipe de la préparation du 7 décembre nous rejoint. Claude Vienot président du Secours Catholique de Créteil prononce un discours de bienvenue et situe la soirée autour du thème de l’échange, du respect et du dialogue entre tous et spécialement ce soir entre chrétiens et musulmans. Puis, sur fond sonore de musique antillaise bien rythmée, nous sommes invités à nous approcher des tables bien garnies et à nous servir. Après quelques minutes, nous nous mettons en cercle et nous commençons notre discussion.

Après la présentation du thème, Ali prend la parole, réaffirme sa foi musulmane et remercie le Secours Catholique de son invitation. Tous situent cette soirée dans le sens de l’ouverture aux autres et le respect des différences. Celles-ci ne sont pas gommées mais au contraire présentées dans le sens d’une véritable richesse pour tous. L’échange se prolonge encore quelques minutes avec des questions de compréhension, comme : qu’est-ce que le Ramadan ? Quelle est sa finalité ? Puis Frère Gwenolé conclut par un texte de Khalil Gibran. Nous poursuivons par des chansons et des histoires spontanées, des danses, de la musique …

Tous, nous avons vraiment passé une très bonne soirée. C’est le mot de conclusion que donnera Hélène Chauvigné, déléguée diocésaine du Secours Catholique de Créteil, en remerciant tous les acteurs et les invités pour leur participation à cette fête qu’elle a particulièrement appréciée. Nous avons vraiment senti combien nous avions à nous apporter les uns aux autres, à l’écoute de nos différences. Nous sommesainsi encouragés à continuer de nous donner pour objectif de lutter contre la fatalité de l’exclusion, de la misère et du racisme et à témoigner de l’amitié fraternelle qui nous unit entre gens de différentes conditions, origines et religions.

Noël au Secours Catholique en compagnie de musulmans ! La question ici n’est plus de l’ordre du « Pourquoi pas ? » mais elle est de savoir comment mettre à profit dans le quotidien ce que nous avons reçu les uns des autres.

Frère Jacques, o.f.m.

Abonnements : n’oubliez pas de vous abonner ou de vous réabonner. L’abonnement annuel comprend trois lettres par an et part le 1er janvier 2000. Participation aux frais : 50 F, à l’ordre de l’A.R.E.C. (CCP 2629 91 R Paris, à expédier au SRI). Merci.

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