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Voici une déclaration œcuménique de chrétiens britanniques qui veulent
répondre à l'argumentation des politiciens qui voudraient déclencher une guerre
contre l'Irak. Le mouvement Pax Christi organise une campagne de
signatures de ce texte.
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' Vu le déclin des attitudes pacifiques
et la destructivité des armes d'aujourd'hui, on peut se poser sérieusement la
question de savoir si la guerre moderne dans toute sa sauvagerie peut encore remplir les conditions rigoureuses que la
tradition exige pour une guerre juste. '
Tiré d'une déclaration de la Conférence
des Évêques Catholiques des Etats-Unis, novembre 1993,
La Moisson de Justice Est Semée dans la Paix,
Le 11 septembre 2001 a démontré la nouvelle menace posée à la communauté internationale par des groupes cherchant à réaliser leurs fins politiques par la violence et la terreur, hors de toute structure Etatique nationale. C'est un problème urgent qui demande une réponse prévoyante et efficace donnée par l'autorité de Nations unies et les processus de loi internationale, tenant compte du fait que 'le terrorisme' se prête à des interprétations différentes dans des contextes différents. Nous déplorons toute action militaire qui considère les morts d'hommes , de femmes et d'enfants innocents comme le prix à payer pour combattre les terroristes, puisque cela revient à combattre la terreur avec la terreur. Nous faisons appel aux responsables politiques du monde entier pour qu'ils cherchent une solution juste et paisible au problème du terrorisme en mettant en place un système juridique international soutenu par tous les états, incluant les Etats-Unis d'Amérique, qui permettrait l'arrestation et le jugement des terroristes dans des tribunaux légalement constitués.
La prétendue 'guerre au terrorisme' est un acte de rhétorique politique qui doit être distingué d'une campagne militaire contre un état souverain. On ne peut l'utiliser pour justifier une attaque contre l'Irak et toute offensive projetée afin de neutraliser la menace perçue comme posée par les armes irakiennes de destruction massive ne doit pas être présentée comme une guerre contre des terroristes. Nous sommes heureux de noter que le Premier ministre Tony Blair a assuré le Parlement que la Grande-Bretagne ne soutiendra pas d'action militaire contre l'Irak sans l'autorité des Nations unies. Gardant cela en mémoire, nous formulons les observations suivantes concernant la moralité et la légalité de toute action de ce genre que l'on envisagerait.
La résolution d'un conflit doit chercher à correspondre aux
circonstances historiques qui créent et perpétuent les hostilités. Outre le
fait d'avoir vécu pendant une génération en état de guerres répétées et sous la
cruauté de leur propre gouvernement, les pertes épouvantables subies par la
population civile de l'Irak en raison, à la fois, des sanctions de l'ONU et des
bombardements effectués par les Etats-Unis et la Grande-Bretagne (incluant les
morts prématurées de centaines de milliers d'enfants) ont conduit à la
dévastation de l'infrastructure de l'Irak. Denis Halliday, ancien Secrétaire
général adjoint des Nations-Unis et Coordonnateur de l'Aide Humanitaire pour
l'Irak, a démissionné en octobre 1998 pour protester contre le maintien des sanctions.
Dans son discours de démission il dit, 'Nous sommes en train de détruire une
société entière. C'est aussi simple et terrifiant que cela. C'est illégal et
immoral.' Si nécessaires que puissent être les sanctions, des mesures
humanitaires et des ouvertures diplomatiques sont nécessaires si la nation
irakienne doit être réintégrée dans la communauté internationale - même si ses
chefs doivent conserver leur statut actuel de paria. Des contacts
internationaux sont souvent plus utiles pour affaiblir des régimes totalitaires
que l'isolement. Le peuple de l'Irak ne doit pas souffrir davantage parce qu'il
vit sous un dictateur qui, pendant ses premières années au pouvoir, a bénéficié
de la connivence et de l'appui des nations occidentales.
La réflexion chrétienne sur la légitimité de la guerre a toujours
insisté pour que seules les autorités publiques dûment constituées puissent
initier la guerre. Depuis la signature de la charte de l'ONU en juin 1945, le
seul organisme jouissant de l'autorité nécessaire pour amorcer une action
militaire est le Conseil de sécurité des Nations unies, hormis le cas
d'autodéfense quand une attaque armée s'est réellement produite contre un état
souverain. Même alors, l'exception d'autodéfense, comme toutes les exceptions,
doit être strictement interprétée. Tous les signataires sont liés par l'Article
2.4 de la charte qui dit que 'Les Membres s'abstiennent, dans leurs relations
internationales, de recourir à la menace ou à l'emploi de la force …'
Aujourd'hui, à la lumière de la charte de l'ONU, particulièrement
des Articles 2 et 51, il est clair que:
·
La seule circonstance sous laquelle un état souverain pourrait
revendiquer le droit d'entrer en guerre est le déclenchement d'une attaque
armée;
·
Même pour se défendre, il ne peut agir ainsi que ' jusqu'à ce que le Conseil
de sécurité ait pris les mesures nécessaires pour maintenir la paix et la
sécurité internationales' (l'Article 51).
Il s'ensuit que, si dangereux que soit décrit le programme d'armes
de destruction massive de l'Irak (les preuves, cependant, n'en ont pas encore
été produites), il n'y peut avoir aucune justification au déclenchement de la
guerre par un autre état à moins qu'auparavant le gouvernement irakien lui-même
ne lance une attaque. La guerre préventive par un état contre un autre n'est
pas permise par la charte de l'ONU, quelle que soit l'évidence d'une capacité
de violence. Hormis le cas d'une attaque réelle, ' tous les Membres
résoudront leurs disputes internationales par des moyens pacifiques' (l'Article
2:3).
Les conditions ci-dessus doivent tout être remplies avant que l'on
envisage la possibilité d'une guerre contre l'Irak. Elles sont basées sur les
conditions traditionnelles de 'la guerre juste' : Autorité Légitime, Cause
Juste et Intention Juste. Elles éclairent aussi le principe du dernier recours,
étant donné que 'les parties à tout différend doivent en rechercher la
solution, avant tout, par voie de négociation, d'enquête, de médiation, de
conciliation, d'arbitrage, de règlement judiciaire,... ou par d'autres moyens
pacifiques de leur choix'. (l'Article 33:1).
Réintroduire les Inspecteurs de l'ONU en Irak doit être un premier
pas nécessaire dans ce processus et l'appel au retour des inspecteurs de l'ONU
en Irak est raisonnable, en raison des allégations actuelles. En signe de bonne
foi, il serait utile que ces pays qui appellent au retour des inspecteurs,
particulièrement les Etats-Unis et la Grande-Bretagne, ouvrent leurs propres
centres nucléaires, chimiques et bactériologiques au même processus d'inspection
internationale. Les demandes imposées à l'Irak doivent correspondre à des
engagements similaires des huit puissances nucléaires actuelles. De plus, il
est essentiel que ces pays se soumettent à leurs propres obligations légales.
En 1996, la Cour internationale de Justice a déclaré qu'il était obligatoire
pour les puissances nucléaires de mener à leur terme des négociations pour
abolir de telles armes, mais à ce jour, la Grande-Bretagne a fait bien peu pour
y arriver. De plus, nous estimons très inquiétant que Geoffrey Hoon, le
Ministre de la Défense nationale Britannique, ait menacé d'utiliser des armes
nucléaires contre l'Irak, si une attaque avec des armes de destruction massive
devait être lancée contre les forces Britanniques déployées dans la région.
L'utilisation d'armes nucléaires violerait toutes les normes internationales
reconnues concernant la conduite de guerre et cela constituerait un acte de
violence aveugle non seulement contre les civils irakiens, mais contre les
générations futures qui vivront au Moyen-Orient.
C'est notre ferme conviction qu'une attaque contre l'Irak serait,
à la fois, immorale et illégale et que la suppression des dangers posés par des
dictateurs malveillants et des terroristes ne peut être réalisée qu'en abordant
à la racine les causes des différends eux-mêmes. Il est déplorable que les
nations les plus puissantes du monde continuent à considérer la guerre et la
menace de guerre comme un instrument acceptable de politique étrangère, en
violation de l'ethos, tant des Nations unies que de la doctrine morale
chrétienne. La voie de la paix ne passe pas par la guerre, mais par la
transformation des structures d'injustice et des politiques d'exclusion et
c'est à cette cause que l'Occident devrait consacrer ses ressources technologiques,
diplomatiques et économiques.