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Mariage mixte pour une musulmane |
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De plus en plus souvent, notre service reçoit des lettres inquiètes de jeunes gens qui préparent leur mariage alors qu’ils appartiennent, l’un à l’islam et l’autre au christianisme. L’accueil qu’ils reçoivent de la part des cadres religieux de leurs religions respectives peut être chaleureux, mais il peut aussi devenir glacial au point de leur demander des décisions incompatibles avec leurs convictions religieuses. Il fut un temps où les autorités religieuses interdisait ce genre de mariage, ou ne le permettait qu’en obligeant le partenaire de l’autre religion à se convertir d’abord. L’Eglise catholique a, depuis des années, changé sa position sur ce point, elle s’assure, cependant, que les deux partenaires s’engagent dans un mariage monogame et indissoluble, même s’ils gardent leurs convictions religieuses personnelles. Dans l’islam où, traditionnellement, le mariage d’une musulmane avec un non-musulman était interdit, la discussion est périodiquement relancée par des juristes de renom qui considèrent la position traditionnelle comme fondée, non pas sur le texte coranique, mais sur d’anciens réflexes communautaires contraires à l’esprit du texte. Nous publions ici une prise de position du Dr Hassan al-Turabi, dirigeant des Frères Musulmans du Soudan, qui vient de publier des fatwas sur le sujet. Le texte a paru, en arabe et en anglais dans le journal Al-Charq el-Awsat du 21/04/2006. (http://www.asharqalawsat.com/) S’il ne nous appartient pas de prendre position dans un débat interne à l’islam, nous ne pouvons taire le fait que beaucoup de jeunes chrétiens et de jeunes musulmanes trouveront, dans ces propos, l’espoir de se marier sans que le jeune chrétien soit mis en demeure de se convertir à l’islam comme cela se produit souvent à l’heure actuelle. |
“Asharq Al-awsat interroge le
leader soudanais islamiste Docteur Hassan Turabi
Lundi le 24 avril 2006
Par Imam Mohamed Imam
Question : Vous avez fait paraître des fatwas controversées déclarant permis le mariage entre une femme musulmane et un homme de persuasion chrétienne ou juive. Voulez-vous dire que les femmes qui se convertissent à l'Islam peuvent rester mariées avec un mari non-musulman, ou qu'une femme musulmane peut épouser un homme non-musulman ?
Réponse : D'abord, nous devons examiner cette question dans son
contexte, et, en particulier, celui de l'Ijtihad quand il en vient aux questions
générales de la condition des femmes dans l'islam. Le discours islamique
moderne et contemporain sur les femmes accuse un retard considérable sur les règles
et les principes islamiques authentiques du fait que les musulmans contemporains
ne réfléchissent pas assez profondément à ces principes quand il s’agit du
mariage de leurs filles.
La fatwa était une réponse aux questions qui avaient surgi dans la communauté
musulmane aux Etats-Unis. Il y avait un incident dans lequel une femme américaine
est allée à un des centres islamiques pour se convertir ; cependant, elle
voulait rester mariée à son mari non-musulman après s’être convertie. Les
fonctionnaires du centre lui ont dit que si elle était sincère dans son désir
de devenir musulmane elle commencerait des procédures de divorce, malgré les dépenses
énormes que cela impliquait et même si cela signifiait qu'elle perdrait la
garde de ses enfants. Ils n'ont pas réalisé que c'était trop demander de
quelqu'un qui en était à faire ses premiers pas vers l'islam. Une telle
attitude fait que beaucoup de femmes sont peu disposées à se convertir.
Bien sûr, avant de publier ma décision, j'ai dû entreprendre beaucoup de
recherches concernant la loi islamique, en particulier en lisant des livres de
jurisprudence islamique qui avaient été écrits à différentes périodes
historiques. Toutes les fatwas passées qui ont interdit le mariage de femmes
musulmanes aux hommes non-musulmans ont été publiées pendant des périodes où
sévissaient des luttes politiques entre musulmans et non-musulmans. D'autre
part, je n’ai pas pu trouver un seul mot qui interdit un tel mariage dans le
Coran ou la Sunna.
Dans le cas particulier de la femme qui a voulu se convertir aux Etats-Unis, mon
avis est qu'elle aurait dû rester mariée avec le non-musulman. Elle pouvait
devenir la raison pour que son mari non-musulman se convertisse. Peut-être même
d'autres familles de femmes américaines converties auraient suivi le même
chemin. Beaucoup de personnes sont restées
perplexes devant ce que j'ai dit et m'ont attaqué pour cela.
Quelques-uns ont même décidé que j'étais maintenant un infidèle! Ils ont
parlé de toute cette question comme si c'était une question d'honneur.
Cependant, si vous la regardez objectivement, la conversion et la conduite
islamique de la femme aurait pu influencer positivement le mari. C’est le
genre d’influence dont ont besoin les musulmans occidentaux.
Nous devons laisser les minorités musulmanes, qui vivent parmi 'les Gens du
Livre' en Occident, évaluer cette question et décider ce qui est approprié
pour eux, puisqu’ils sont le premier groupe concerné. Ils concluraient qu'ils
doivent permettre à leurs filles d'épouser des juifs et des chrétiens parce
que ces mariages attireront peut-être les maris à l'islam ou, du moins, les
femmes resteront musulmanes. En Occident, les libertés individuelles sont généralement
plus étendues : qu’ils soient libres de décider de leur comportement
individuel ou collectif. Voilà mon point de vue sur ce problème.
Question : Donc vous dites que les femmes qui se sont converties à l'Islam peuvent rester mariées à leurs maris non-musulmans, mais qu’il est interdit à une femme musulmane d’épouser un homme non-musulman ?
Réponse : Non, j'avais parlé précédemment de ce type de mariage et je crois que le mariage entre une femme musulmane et un homme non-musulman est valable puisque rien dans le Coran ou la Sunna n’en ordonne autrement. De plus, la décision doit aussi prendre en compte chaque cas particulier ; en somme, en me basant sur les enseignements accumulés des savants passés, je ne peux pas dire que ce type de mariage est interdit.
Sur ce sujet, on trouvera d’autres points de vue dans un numéro de la revue Se Comprendre N° 01/10 de décembre 2001: “La musulmane et le mariage mixte (discussions tunisiennes)” (17 pp.)