Page
d'accueil - Objectifs
- Lettre du SRI - Correspondants
- Session d'été - Actualité
- Foyers mixtes - Archives - Textes
- Instruments - Liens
Pour
une société plus humaine
Déclaration
commune des représentants religieux des grandes communautés
monothéistes des Alpes-Maritimes
«
En
nous adressant à tous les croyants, et plus largement à tous
les habitants du département avec lesquels nous devons assumer la
tâche de faire grandir la fraternité dans notre monde, nous
voulons, à l'aube de ce siècle, témoigner de notre
confiance en l'homme, faire part de nos interrogations et réaffirmer
notre engagement commun».
Notre confiance :
De nombreux signes viennent conforter la confiance en l'homme que nous
puisons dans notre foi.
Le
premier signe est directement lié à notre mission de responsables
religieux : la rencontre chaque jour d'humbles croyants qui, par fidélité
à Dieu et grâce à lui, s'efforcent de tenir bon dans
leurs engagements privés, professionnels, sociaux et politiques.
Ils sont source d'encouragement pour nous-même et pour nos communautés.
Mais nous discernons bien d'autres signes sans lien direct ni exclusif
avec la vie religieuse
La
vitalité de notre département: son dynamisme économique,
technologique et démographique.
La
générosité de la population et sa mobilisation pour
de nombreuses causes humanitaires, médicales... au sein de
nos associations confessionnelles de solidarité, comme au sein
de nombreux autres organismes. Nous constatons qu'ici comme ailleurs de
nombreux jeunes sont prêts à répondre aux appels en
faveur de telles causes. Cette générosité des
personnes est souvent relayée par les collectivités territoriales.
Dans
la défense du bien général, sur certains dossiers
techniques précis, notamment lorsque des communes différentes
sont concernées, on a vu s'entendre des élus locaux, pourtant
de tendances politiques opposées.
Les
racines niçoises ou provençales sont soigneusement cultivées
sans pour autant se fermer aux apports successifs de populations françaises,
européennes et étrangères.
Pour
la sauvegarde de notre environnement naturel, en dépit de la
pression immobilière considérable qui s'exerce sur la
côte, l'opinion publique a su se mobiliser et entraîner l'adhésion
de nombreux responsables, politiques, administratifs, associatifs...
Nos interrogations
La
dimension spirituelle de l'être humain que nous transmettent nos
textes sacrés nous interroge sur certaines pratiques qui ont
cours dans notre région et, malheureusement, dans tous les secteurs
de la société: la vie publique et la vie privée, les
pouvoirs économique et politique, les responsables politiques
de diverses tendances. Dans cette situation, les milieux les plus cultivés
et les plus puissants ont une responsabilité plus grande.
La personne
Dignité
des personnes : nous ne sommes pas fiers d'une certaine attitude, dans
notre département, envers les populations dites "à risque",
lesquelles, en réalité, sont d'abord des populations "fragiles".
Nous le savons: si les responsables sont tentés de prendre des mesures
d'exclusion à leur égard, c'est que l'opinion publique cherche
des solutions simplistes à ces difficultés. Tentations sans
cesse renaissantes du racisme, mais aussi du rejet des personnes sans domicile
fixe, des personnes handicapées... Nous ne pouvons pas accepter
ces pétitions qu'on fait circuler pour empêcher la construction
d'un foyer pour personnes handicapées, d'une résidence
pour immigrés et a fortiori d'un lieu de culte musulman. Nous avons
conscience que les «pratiquants» de nos communautés
ne sont hélas pas indemnes de cette tentation du rejet, contrepartie
négative, sans doute, de l'effort qu'ils accomplissent pour assurer
l'intégration des leurs par une bonne éducation.
Respect:
la violence, source de tant de souffrances et si médiatisée,
n'est pourtant que le symptôme le plus visible du manque de respect.
Plus profondément, il y a cette violence fondamentale qui réduit
autrui à sa position d'obstacle ou de moyen dans une stratégie
financière, politique, carriériste ou amoureuse: cela s'observe
dans notre société et s'étale complaisamment dans
certains feuilletons ou dans des publicités. Notre Côte-d'Azur,
si attentive à soigner son image risque de s'y conformer! Manque
de respect aussi à l'égard des édifices (combien
de murs tagués!), des institutions (la justice, l'École,
la Démocratie, la Religion...) et des symboles nationaux et religieux.
Ces institutions et ces symboles sont pourtant des points de repère
qui structurent les consciences et aident une société, souvent
depuis des siècles, à juguler sa propre violence. II est
trop souvent de bon ton, dans certains milieux comme dans des magazines
écrits ou audiovisuels "branchés", de tourner en dérision
la Nation, l'État et ses institutions, ainsi que les devoirs et
les droits de chacun: résultat de décennies de négligence
de la formation civique.
La famille
La
fidélité du lien conjugal et familial: souvent dénigrée
comme relevant des valeurs "judéochrétiennes" réputées
astreignantes ou du moins ringardes, la fidélité que nous
accueillons comme un appel reçu de Dieu est, en réalité,
l'expérience le prouve, la condition du bonheur et de l'équilibre
des personnes, ainsi que de la solidité du lien social.
La
politique familiale, plus que des paroles officielles, exige un engagement
réel. Les lois récentes en matière de libéralisation
des couples ne font qu'accroître la dégradation morale de
notre société, et le mariage entre un homme et une femme
implique bien d'autres devoirs et responsabilités qu'une simple
mise en ménage pour des avantages fiscaux. Plus largement, c'est
toute une politique qui risque de fragiliser les familles. En voici trois
illustrations parmi d'autres:
§une
culture ambiante où souvent l'amour est réduit au seul plaisir
sexuel déconnecté de la prise en charge commune de toute
la réalité de l'existence humaine ;
§une
spéculation immobilière qui renvoie les logements sociaux
à la périphérie de nos villes ou plus loin encore
;
§un
système économique qui réduit les individus à
leur pure fonction de consommateurs. Il est clair que c'est à ce
niveau, aussi et d'abord, que doivent être proposés des moyens
de lutter contre le sida, le suicide chez les jeunes, la toxicomanie et
l'abus de tranquillisants.
La société
Le
sens civique : insidieusement destructeur et particulièrement
injuste est le discrédit aisément jeté sur la chose
publique. Si tous les responsables de la politique ou de l'administration
ne sont pas irréprochables, il n'en est que plus nécessaire
de souligner que chaque citoyen doit respecter les institutions, la propriété
de la collectivité, l'honneur des responsables (et ce depuis
le plus bas de la hiérarchie de la fonction publique ou territoriale)
et aussi... l'honnêteté en matière fiscale.
L'honnêteté
publique: tout le monde se souvient des affaires qui dans les années
passées ont atteint les milieux politiques locaux et nationaux:
détournement de fonds, abus de biens sociaux, corruption, facilités
par les premiers pas de la décentralisation. Quelques faits qui
défraient la chronique judiciaire démontrent que ce passé
n'est pas totalement révolu.
Le
courage de la vérité: nous sommes témoins que
pour flatter l'opinion, des hommes politiques n'hésitent pas à
travestir l'histoire. Assez fréquemment, ce qui est dit ici
ne correspond pas à ce qui est dit là, par les mêmes
personnes. Responsables religieux, nous sommes bien placés pour
constater qu'on essaie souvent de nous bercer de belles paroles.
La
justice économique : aujourd'hui, force est de constater que
l'économie de marché - qu'elle soit couverte du nom de libéralisme
ou de sociale-démocratie - dicte sa loi, quitte à provoquer
des effets destructeurs aux plans social et humain. La situation économique
propre à notre région nous interroge sur la justice sociale
et sur la mondialisation. En matière de justice sociale, la
richesse qui se déploie ici nous rend particulièrement sensibles
aux inégalités. Comment accepter l'émergence de nouveaux
pauvres et d'exclus au moment même où se constituent ostensiblement
de nouvelles richesses, qu'elles soient basées sur la spéculation
financière ou sur la nouvelle économie ? - Plus largement,
du fait de l'intégration au marché mondial de certains secteurs
puissants de l'économie locale, nous touchons du doigt la montée
inquiétante de la pauvreté et des inégalités
dans le monde. Cela soulève des questions sur la mondialisation
elle-même et la nécessité de réguler et de discipliner
les systèmes économiques qui fonctionnent à l'échelle
mondiale. Dans ces réalités complexes, comme dans les réalités
les plus simples, personne n'a le droit d'abuser d'une position de
force en bafouant le bien commun.
Notre engagement:
Depuis toujours, la foi dans le Dieu unique a incité des croyants
à se mettre au service de la société. Les institutions
humaines et humanitaires, nées directement ou indirectement
d'une prise de conscience religieuse, sont innombrables. Ce qui a peut-être
changé aujourd'hui dans l'engagement des croyants, c'est leur situation
dans une société désormais laïcisée (sans
référence officielle à l'une ou l'autre religion)
et sécularisée (avec peu de références publiques
à la religion).
Parce
que nous croyons que Dieu confie aux hommes la cité humaine, nous
voulons renforcer chez les membres de nos communautés le goût
du civisme et du service de la chose publique. Bien loin de vouloir de
la sorte «noyauter» les instances de décision,
nous souhaitons y entraîner tous les citoyens de notre département,
croyants ou non.
Parce
que nous croyons que la Parole de Dieu ne tergiverse pas, nous voulons
inculquer le sens de la parole donnée.
Parce
que nous savons que dès les origines Dieu veut une humanité
fraternelle, nous voulons non seulement promouvoir l'action caritative
et sociale qui nous est traditionnelle, mais aussi engager avec tous une
réflexion et un échange sur les conditions actuelles de cette
action. Dans le même esprit, en appelant de nos vœux une économie
qui cesse d'accroître les inégalités entre les peuples,
nous voulons œuvrer à la solidarité universelle.
Parce
que nous croyons que Dieu a créé l'être humain, homme
et femme, nous voulons aider les jeunes à s'épanouir dans
leur vie affective et sexuelle. A eux,
comme à tous, nous voulons, en ce domaine aussi, mieux faire découvrir
la richesse de l'expérience humaine de nos traditions religieuses
respectives.
Parce
que nous croyons que l'être humain a été placé
par Dieu à la tête de la création, nous voulons
faire connaître et apprécier les beautés naturelles
de notre département. Dans cet esprit, nous voulons nous opposer
au «bétonnage» inconsidéré de la
Côte-d'Azur.
Parce
que nous croyons que Dieu est le Créateur, nous voulons soutenir
sauvegarder la beauté de la nature et la qualité de la vie.
Parce
que nous croyons que Dieu ne fait pas de différence entre les êtres
humains, nous voulons veiller à ce que nos communautés soient
vraiment accueillantes pour chacun et en inciter les membres à se
respecter entre eux et à respecter tous les autres.
Au nom du Dieu unique, nous voulons dépasser tout esprit prosélyte
et témoigner dans l'ensemble de la société d'un
esprit de fraternité.
Que Dieu, qui nous a inspiré cette déclaration commune, nous
aide à instaurer un dialogue régulier entre nous et avec
tous, pour nous mettre ensemble - avec conviction et détermination
- au service de l'humanité!
Signataires
Pour
l'Armée du Salut
MAJOR ALAIN BATAIL
Pour
la Communauté israélite:
M. LE GRAND RABBIN MORDEHAÏ BEN SOUSSAN
Pour
l'Église catholique:
MONSEIGNEUR JEAN BONFILS
Pour
l'Association musulmane des Alpes-Maritimes:
M. L'IMAMTAOUFIK BOUHLEL
Pour
l'Église arménienne:
MONSEIGNEUR NAREK CHAKARIAN
Pour
l'Organisation musulmane de la Côte-d'azur:
M. L'IMAMMOHAMED DJADI
Pour
l'Église réformée de France :
M. LE PASTEUR MARC GOERTZ
Pour
l'Église anglicane:
RÉVÉREND RENNETH LETTS
Pour
l'Église luthérienne:
M. LE PASTEUR PIERRE LOVY
Pour l'Église orthodoxe grecque:
LE PÈRE MICHEL
Page
d'accueil - Objectifs
- Lettre du SRI - Correspondants
- Session d'été - Actualité
- Archives - Textes
- Instruments - Liens