Discours
du pape Benoît XVI lors de sa
visite à la mosquée Al-Hussein Bin-Talal d’Amman, 9 mai 2009
Le
Saint-Siège, ami d’Israël peut servir les Arabes, chrétiens et musulmans
Discours
du pape Benoît XVI dans le camp
de réfugiés d’Aïda, à Bethléem
Discours
du pape Benoît XVI à son départ des Territoires palestiniens
« Le
pape a invité chrétiens et musulmans à servir ensemble l'humanité » :
Altesse
Royale, Excellences, Mesdames et Messieurs,
C’est
une source de grande joie pour moi de vous rencontrer ce matin dans ce lieu
magnifique. Je souhaite remercier le Prince Ghazi Ben Mohammed Ben Talal pour
ses aimables paroles de bienvenue. Les nombreuses initiatives de Votre Altesse
Royale en vue de promouvoir le dialogue interreligieux et interculturel sont
appréciées par le peuple du Royaume hachémite et sont très largement
reconnues par la communauté internationale. Je sais que ces efforts
reçoivent le soutien actif des autres membres de la famille royale comme du
Gouvernement de la Nation, et qu’elles trouvent un large écho à travers de
nombreuses initiatives de collaboration parmi les Jordaniens. Pour tout cela,
je désire exprimer ma sincère admiration.
Des
lieux de culte, comme cette splendide Mosquée Al-Hussein Ben Talal du nom du
révéré Roi défunt, se dressent comme des joyaux sur la surface de la
terre. Les anciens comme les modernes, les plus splendides comme les plus
humbles, tous ces édifices nous orientent vers le Divin, l’Unique
transcendant, le Tout-Puissant. A travers les siècles, ces sanctuaires ont
attiré des hommes et des femmes dans leur espace sacré pour qu’ils s’arrêtent,
qu’ils prient, pour qu’ils reconnaissent la présence du Tout-Puissant et
pour qu’ils confessent que nous sommes tous ses créatures.
Pour
cette raison, nous ne pouvons pas manquer d’être interpellés par le fait
qu’aujourd’hui, avec une insistance croissante, certains affirment que la
religion faillit dans son ambition à être, par nature, constructrice d’unité
et d’harmonie, à être une expression de la communion entre les personnes
et avec Dieu. Certains soutiennent même que la religion est nécessairement
une cause de division dans notre monde ; et ils prétendent que moins d’attention
est prêtée à la religion dans la sphère publique, mieux cela est.
Certainement et malheureusement, l’existence de tensions et de divisions
entre les membres des différentes traditions religieuses, ne peut être
niée. Cependant, ne convient-il pas de reconnaître aussi que c’est souvent
la manipulation idéologique de la religion, parfois à des fins politiques,
qui est le véritable catalyseur des tensions et des divisions et, parfois
même, des violences dans la société ? Face à cette situation, où les
opposants à la religion cherchent non seulement à réduire sa voix au
silence, mais à la remplacer par la leur, la nécessité pour les croyants d’être
cohérents avec leurs principes et leurs croyances est ressentie toujours plus
vivement. Musulmans et chrétiens, précisément à cause du poids de leur
histoire commune si souvent marquée par les incompréhensions, doivent
aujourd’hui s’efforcer d’être connus et reconnus comme des adorateurs
de Dieu fidèles à la prière, fermement décidés à observer et à vivre
les commandements du Très Haut, miséricordieux et compatissant, cohérents
dans le témoignage qu’ils rendent à tout ce qui est vrai et bon, et
toujours conscients de l’origine commune et de la dignité de toute personne
humaine, qui se trouve au sommet du dessein créateur de Dieu à l’égard du
monde et de l’histoire.
La
détermination des éducateurs et des responsables civils et religieux
jordaniens à s’assurer que le versant public de la religion reflète sa
véritable nature, est digne d’éloge. Par l’exemple donné par des
individus et des communautés, et par la prévision des cours et des
programmes de formation, se met en évidence la contribution positive de la
religion dans les secteurs éducatif, culturel, social et charitable de votre
société civile. J’ai eu un exemple de première main de cet espoir. Hier,
j’ai été le témoin du travail renommé en matière d’éducation et de
réhabilitation du Centre Notre Dame de la Paix, où chrétiens et musulmans
transforment la vie de familles entières, en les assistant pour que leurs
enfants handicapés puissent prendre leur juste place dans la société. Plus
tôt ce matin, j’ai béni la première pierre de l’Université de Madaba
où de jeunes adultes chrétiens et musulmans bénéficieront côte à côte d’un
enseignement universitaire, les rendant aptes à contribuer de façon
appropriée au développement économique et social de leur nation. Les
nombreuses initiatives de dialogue interreligieux soutenues par la famille
royale, par la communauté diplomatique, et parfois entrepris en coordination
avec le Conseil Pontifical pour le Dialogue Interreligieux sont aussi dignes d’éloge.
Cela inclut le travail actuel accompli par l’Institut Royal pour les Etudes
Interreligieuses et pour la Croyance Islamique, le Message d’Amman de 2004,
le Message interreligieux d’Amman de 2005 et, plus récemment, la lettre Common
Word (Parole commune) qui faisait écho à un thème consonant à celui de
ma première Encyclique : le lien indissoluble entre l’amour de Dieu et l’amour
du prochain, et la nature fondamentalement contradictoire de l’usage de la
violence et de l’exclusion au nom de Dieu (cf. Deus caritas est,
n.16).
De
telles initiatives conduisent clairement à une meilleure connaissance
réciproque, et elles favorisent un respect grandissant à la fois pour ce que
nous avons en commun et pour ce que nous comprenons différemment. Ainsi,
devraient-elles pousser les Chrétiens et les Musulmans à explorer toujours
plus profondément la relation essentielle entre Dieu et ce monde de telle
façon que nous puissions nous efforcer d’assurer que la société s’établisse
en harmonie avec l’ordre divin. A cet égard, la coopération développée
ici en Jordanie est une illustration exemplaire et encourageante pour la
région, et même pour le monde, de la contribution positive et créatrice que
la religion peut et doit apporter à la société civile.
Chers
amis, je désire aujourd’hui mentionner une tâche dont j’ai parlé à de
nombreuses reprises et dont je crois fermement que Chrétiens et Musulmans
peuvent la prendre en charge, particulièrement à travers leurs contributions
respectives à l’enseignement et à l’éducation ainsi qu’au service
public. Il s’agit du défi de développer en vue du bien, en référence à
la foi et à la vérité, le vaste potentiel de la raison humaine. Les
Chrétiens parlent en effet de Dieu, parmi d’autres façons, en tant que
Raison créatrice, qui ordonnes et gouverne le monde. Et Dieu nous rend
capables de participer à sa raison et donc d’accomplir, en accord avec
elle, ce qui est bon. Les Musulmans rendent un culte à Dieu, le Créateur du
ciel et de la terre, qui a parlé à l’humanité. En tant que croyants au
Dieu unique, nous savons que la raison humaine est elle-même un don de Dieu
et qu’elle s’élève sur les cimes les plus hautes quand elle est
éclairée par la lumière de la vérité divine. En fait, quand la raison
humaine accepte humblement d’être purifiée par la foi, elle est loin d’en
être affaiblie; mais elle en est plutôt renforcée pour résister à la
présomption et pour dépasser ses propres limitations. De cette façon, la
raison humaine est stimulée à poursuivre le noble but de servir le genre
humain, en traduisant nos aspirations communes les plus profondes et en
élargissant le débat public, plutôt qu’en le manipulant ou en le
confinant. Ainsi, l’adhésion authentique à la religion – loin de rendre
étroits nos esprits – élargit-elle l’horizon de la compréhension
humaine. Elle protège la société civile des excès de l’égo débridé
qui tend à absolutiser le fini et à éclipser l’infini, elle assure que la
liberté s’exerce « main dans la main » avec la vérité, et
elle enrichit la culture avec des vues relatives à tout ce qui est vrai, bon
et beau.
Cette
manière de concevoir la raison, qui pousse continuellement l’esprit humain
au-delà de lui-même dans la quête de l’Absolu, constitue un défi ;
elle oblige à la fois à l’espérance et à la prudence. Chrétiens et
Musulmans sont poussés, ensemble, à rechercher tout ce qui est juste et
vrai. Nous sommes liés pour dépasser nos propres intérêts et pour
encourager les autres, les fonctionnaires et les responsables en particulier,
à agir de même pour faire leur la profonde satisfaction de servir le bien
commun, même s’il doit en coûter personnellement. N’oublions pas que
parce que c’est notre commune dignité humaine qui donne naissance aux
droits humains universels, ceux-ci valent également pour tout homme et toute
femme, quelque soit sa religion et quelque soit le groupe ethnique ou social
auquel il appartienne. À cet égard, nous devons noter que le droit à la
liberté religieuse dépasse la seule question du culte et inclut le droit –
spécialement pour les minorités – d’avoir accès au marché de l’emploi
et aux autres sphères de la vie publique.
Avant
de vous quitter, je voudrais ce matin mentionner de manière spéciale la
présence parmi nous de Sa Béatitude Emmanuel III Delly, Patriarche de
Bagdad, que je salue chaleureusement. Sa présence me conduit à faire
mémoire du peuple voisin, celui d’Iraq, dont de nombreux membres ont
trouvé refuge ici en Jordanie. Les efforts de la communauté internationale
pour promouvoir la paix et la réconciliation, conjugués à ceux des
responsables locaux, doivent continuer afin de porter des fruits dans la vie
des Iraquiens. Je souhaite exprimer ma reconnaissance à tous ceux qui sont
engagés dans les efforts pour renouer la confiance et pour rebâtir les
institutions et les infrastructures nécessaires au bien-être de ce pays. Et,
une fois encore, j’invite avec insistance les diplomates et la communauté
internationale qu’ils représentent, ainsi que les responsables politiques
et religieux locaux, à faire tout ce qui est possible pour assurer à l’antique
communauté chrétienne de cette noble terre ses droits fondamentaux à une
coexistence pacifique avec l’ensemble des autres citoyens.
Chers amis, je crois que les sentiments que
j’ai exprimés aujourd’hui nous donnent une espérance renouvelée face à
l’avenir. Notre amour et notre service devant le Tout Puissant s’expriment
non seulement dans notre culte mais aussi dans notre amour et notre
préoccupation pour les enfants et les jeunes – vos familles – et tous les
Jordaniens. C’est pour eux que vous travaillez et ce sont eux qui motivent
votre exigence de placer le bien de toute personne humaine au cœur des
institutions, des lois et des travaux de la société. Puisse la raison,
humble et ennoblie par la grandeur de la vérité de Dieu, continuer à
modeler la vie et les institutions de ce pays, de telle sorte que les familles
puissent prospérer et que tous puissent vivre en paix, en contribuant à la
culture qui donne son unité à ce grand royaume et en la faisant grandir
!
Amman,
le 9 mai 2009
"Pax Vobis". A l’occasion
de cette visite historique à la mosquée Roi Hussein Bin Talal, ici à Amman,
je souhaite à Votre Sainteté, pape Benoît XVI, la bienvenue de quatre
façons.
D’abord en tant que musulman. Je souhaite aujourd’hui la bienvenue à
Votre Sainteté, parce que je sais que cette visite est un geste délibéré
de bonne volonté et de respect mutuel de la part du chef spirituel suprême
et du pontife de la plus vaste dénomination de la plus grande religion du
monde
envers la deuxième plus grande religion du monde. En effet, les chrétiens et
les musulmans représentent 55% de la population mondiale. Le fait que ce soit
seulement la troisième fois dans l’histoire qu’un pape visite une
mosquée est donc particulièrement significatif. La première visite a été
faite en 2001 par votre bien-aimé prédécesseur, le pape Jean-Paul II, à ce
monument de l’histoire, la mosquée des Omeyyades de Damas, où se trouvent
les reliques de saint Jean-Baptiste. La seconde visite, c’est Votre
Sainteté qui l’a faite à la magnifique Mosquée Bleue d’Istanbul, en
2006.
La belle mosquée Roi Hussein d’Amman est la mosquée d’Etat de la
Jordanie. Elle a été construite et personnellement supervisée par le grand
roi Hussein de Jordanie. Que Dieu ait pitié de son âme! C’est donc la
première fois dans l’histoire qu’un pape visite cette nouvelle mosquée.
Nous voyons dans cette
visite un message clair quant à la nécessité d’une harmonie
interreligieuse et d’un respect mutuel dans le monde actuel, ainsi qu’une
preuve concrète de la volonté de Votre Sainteté de jouer personnellement un
rôle de guide sur ce point.
Ce geste est d’autant plus remarquable que votre visite en Jordanie est d’abord
un pèlerinage spirituel en Terre Sainte chrétienne, et en particulier sur le
site où Jésus-Christ reçut le baptême de la main de Jean-Baptiste à
Béthanie, sur l'autre rive du Jourdain (Jean 1, 28 et 3, 26).
Cependant Votre Sainteté a pris, dans son programme intense et lourd,
fatigant pour un homme de n’importe quel âge, du temps pour faire cette
visite à la mosquée Roi Hussein et honorer ainsi les musulmans.
Je dois aussi remercier Votre Sainteté d’avoir exprimé des regrets après
votre discours à Ratisbonne, le 13 septembre 2006, pour le tort causé aux
musulmans.
Bien sûr, les musulmans savent que rien de ce qui peut se dire ou se faire en
ce monde ne peut faire du mal au Prophète, qui est, comme l’attestent ses
derniers mots, au Paradis avec le plus grand compagnon, Dieu lui-même.
Mais les musulmans se sont sentis blessés dans leur amour pour le prophète,
qui est, comme le dit Dieu dans le Saint Coran, plus proche des croyants qu’ils
ne le sont eux-mêmes. Donc, les musulmans ont aussi particulièrement
apprécié l’éclaircissement donné par le Vatican, selon lequel ce qui a
été dit
à Ratisbonne ne reflétait pas l’opinion de Votre Sainteté, mais était
simplement une citation dans un discours académique.
Il est presque superflu de dire, entre autres, que le prophète Mahomet –
que les musulmans aiment, prennent pour modèle et connaissent comme réalité
vivante et présence spirituelle – est complètement et entièrement
différent de la description qui en a été faite historiquement en Occident
depuis saint Jean Damascène. Ces portraits déformés - faits par des gens
qui ne connaissent ni la langue arabe ni le Saint Coran ou qui ne comprennent
pas le contexte historique et culturel de la vie du Prophète et qui par
conséquent se méprennent et interprètent mal les motifs et les intentions
spirituelles qui sous-tendent beaucoup de ses actions et de ses paroles - sont
hélas responsables de beaucoup de tensions historiques et culturelles entre
chrétiens et musulmans.
Il est donc urgent que les musulmans mettent en pratique l'exemple du
prophète, surtout, par des actions vertueuses, par la charité, la piété et
la bonne volonté, en se rappelant que le Prophète lui-même avait une nature
élevée. En effet, dans le Coran Dieu affirme : "Vraiment vous avez dans
le messager de Dieu un exemple de comportement, pour tous ceux qui espèrent
en Dieu et en le dernier jour".
Enfin je dois remercier Votre Sainteté pour vos nombreux autres gestes d’amitié
et de cordialité envers les musulmans, depuis votre élection en 2005, y
compris les audiences accordées en 2005 à Sa Majesté le roi Abdullah II Bin
Al-Hussein de Jordanie et en 2008 à Sa Majesté le roi Abdullah Bin
Abd-Al-Haziz d'Arabie Saoudite, gardien des deux lieux saints. Je vous
remercie aussi de l'affectueux accueil que vous avez fait à l’historique
"Parole commune entre vous et nous", la lettre ouverte du 13 octobre
2007 écrite par 138 éminents spécialistes musulmans du monde entier, dont
le nombre continue à augmenter.
Un résultat de cette initiative qui, en se basant sur le Saint Coran et sur
la Sainte Bible, a reconnu la primauté de l'amour de Dieu et de l’amour du
prochain à la fois dans le christianisme et dans l'islam, est que le premier
séminaire du forum international catholico-musulman a eu lieu au Vatican,
sous la direction personnelle de Votre Sainteté, du 4 au 6 novembre 2008.
D’ici peu nous examinerons avec l’éminent cardinal Tauran l'œuvre
commencée lors de cette rencontre, mais pour le moment je désire citer des
propos de Votre Sainteté, tirés de votre discours de clôture de ce premier
séminaire : "Le thème que vous avez choisi pour votre rencontre –
amour de Dieu, amour du prochain, la dignité de la personne humaine et le
respect mutuel – est particulièrement significatif. Il est tiré de la
Lettre ouverte qui présente l'amour de Dieu et l'amour du prochain comme le cœur
aussi bien de l'islam que du christianisme. Ce thème souligne encore plus
clairement les fondements théologiques et spirituels de l'enseignement
central de nos religions respectives. [...] J'ai bien conscience que les
musulmans et les chrétiens ont des approches différentes sur les sujets qui
concernent Dieu. Mais nous pouvons et nous devons être des fidèles du Dieu
unique qui nous a créés et se préoccupe de chaque personne dans tous les
lieux du monde. [...] Il y a un important et vaste domaine dans lequel nous
pouvons agir ensemble pour défendre et promouvoir les valeurs morales qui
font partie de notre héritage commun".
Maintenant, je ne peux pas ne pas rappeler les paroles de Dieu dans le Saint
Coran : "Tous ne sont pas égaux". Certaines personnes des Ecritures
forment une communauté juste, ils récitent les versets la nuit en se
prosternant. Ils croient en Dieu et au dernier jour, ils aiment la décence et
interdisent l'indécence, ils rivalisent entre eux de bonnes œuvres. Ce sont
des justes, et toute bonne action qu’ils accomplissent ne leur sera pas déniée
parce que Dieu connaît ceux qui Le craignent. Je rappelle aussi ces paroles
de Dieu : "Et vous trouverez, et vous trouverez en vérité, que les plus
proches des croyants sont ceux qui disent : vraiment nous sommes chrétiens.
Cela parce que certains d’entre eux sont prêtres et moines".
Je souhaite maintenant la bienvenue à Votre Sainteté en tant que hachémite
et descendant du prophète Mahomet. Je vous souhaite aussi la bienvenue dans
cette mosquée de Jordanie, en rappelant que le prophète accueillit ses
voisins chrétiens de Nejran à Médine et qu’il les invita à prier dans sa
mosquée, ce qu’ils firent en harmonie, sans que les uns compromettent la
croyance religieuse des autres. Cela aussi constitue une leçon d’une
inestimable valeur dont le monde doit absolument se souvenir.
Je vous souhaite encore la bienvenue en tant qu’arabe et descendant direct d’Ishmael
Ali-Salaam, de qui, selon la Bible, Dieu aurait fait sortir une grande nation,
en restant près de lui (Genèse 21, 18-20).
L’une des vertus cardinales des arabes, qui traditionnellement ont survécu
dans des climats parmi les plus chauds et les plus hostiles du monde, est
l'hospitalité. L'hospitalité naît de la générosité, elle reconnaît les
besoins des autres, elle considère ceux qui sont loin ou qui viennent de loin
comme des amis. En fait cette vertu est confirmée par Dieu dans le Saint
Coran par ces mots : "Et adorez Dieu et associez-lui l’homme, soyez
bons avec votre père, votre mère, vos parents, les orphelins, les pauvres,
vos voisins proches et ceux qui sont lointains, les amis de chaque jour et les
voyageurs" (4,36).
L’hospitalité arabe, ce n’est pas seulement aimer, donner et aider, c’est
aussi être généreux d’esprit et donc savoir apprécier. En 2000, au
moment de la visite du regretté pape Jean-Paul II en Jordanie, je travaillais
avec les tribus jordaniennes et des gens ont dit qu’ils appréciaient
vraiment le pape. Comme on leur demandait pourquoi, puisqu’il était
chrétien et eux musulmans, ils ont répondu en souriant : "Parce qu’il
nous a rendu visite". Certainement Jean-Paul II et vous-même,
Saint-Père, auriez pu aller immédiatement en Palestine et en Israël, mais
au contraire vous avez choisi de commencer votre pèlerinage par une visite
chez nous, en Jordanie, et nous l’apprécions.
Enfin, je vous souhaite la bienvenue en tant que Jordanien. En Jordanie, tout
le monde est à égalité devant la loi, indépendamment de la religion, de la
race, de l'origine ou du sexe, et ceux qui travaillent au gouvernement doivent
faire tout le possible pour protéger tout le monde dans le pays, avec
compassion et justice. Cela a été l'exemple personnel et le message du
regretté roi Hussein qui, pendant ses 47 ans de règne, a éprouvé pour tous
les habitants du pays ce qu’il éprouvait pour ses propres enfants. C’est
aussi le message de son fils, Sa Majesté le roi Abdullah II, qui a choisi,
comme
objectif spécifique de son règne et de sa vie, de rendre honorable, digne et
heureuse la vie de tous ceux qui vivent en Jordanie et en fait, celle de tous
ceux qu’il peut atteindre dans le monde, autant que le permettent les
ressources limitées de la Jordanie.
Aujourd’hui, les chrétiens de Jordanie ont droit à 8% des sièges au
parlement et à des quotas semblables à tous les niveaux de gouvernement et
de société, même si en réalité ils sont moins nombreux que prévu. Les
chrétiens, bénéficient de lois relatives à leur statut et de tribunaux
religieux et, de plus, ils jouissent de la protection de l’Etat sur leurs
lieux saints et sur leurs écoles. Votre Sainteté a pu s’en rendre compte
personnellement à la nouvelle université catholique de Madaba. Si Dieu le
veut, on verra bientôt se dresser la nouvelle cathédrale catholique et la
nouvelle église melkite sur le site du baptême.
Donc, aujourd’hui, en Jordanie, les chrétiens prospèrent, comme d’ailleurs
ils l’ont fait au cours des deux cents dernières années, dans la paix et l’harmonie,
avec de la bonne volonté et des relations authentiquement fraternelles entre
eux et avec les musulmans. Cela vient, en partie, du fait que les chrétiens
représentaient autrefois un pourcentage de la population plus important qu’aujourd’hui.
En raison de la baisse démographique chez les chrétiens et de leur niveau
plus élevé d’instruction et de prospérité qui a fait qu’ils étaient
très demandés en Occident, leur nombre a diminué. Cela tient aussi à ce
que les musulmans apprécient le fait que les chrétiens étaient déjà ici
600 ans avant eux. En effet, les chrétiens jordaniens sont peut-être la plus
ancienne communauté chrétienne du monde. Pour la plupart, ils ont toujours
été orthodoxes, attachés au patriarcat orthodoxe de Jérusalem en Terre
Sainte qui est, Votre Sainteté le sait mieux que moi, l’Eglise de saint
Jacques, fondée pendant la vie de Jésus.
Beaucoup d’entre eux descendent d’anciennes tribus arabes et, au cours de
l’histoire, ils ont partagé le sort et les luttes des musulmans. En effet,
en 630, le Prophète étant vivant, ils sont entrés dans son armée, conduite
par son fils adoptif et son cousin, et ils ont combattu contre l'armée
byzantine des orthodoxes à la bataille de Mechtar. C’est de cette bataille
qu’ils ont tiré leur nom tribal qui signifie "les renforts" et le
patriarche latin Fouad Twal lui-même descend de ces tribus.
En 1099, au moment de la chute de Jérusalem, ils ont été massacrés par les
croisés catholiques à côté de leurs compagnons d’armes. Plus tard, de
1916 à 1918, pendant la grande révolte arabe, ils ont combattu contre les
musulmans turcs, à côté de leurs amis musulmans, sous mandat colonial
protestant, et dans les guerres arabo-israéliennes de 1948, 1967 et 1973 ils
ont combattu avec les musulmans arabes contre les juifs.
Non seulement les Jordaniens chrétiens ont toujours défendu la Jordanie,
mais ils ont contribué infatigablement et patriotiquement à sa construction,
jouant des rôles importants dans les domaines de l'éducation, de la santé,
du commerce, du tourisme, de l'agriculture, de la science, de la culture et
dans
beaucoup d’autres secteurs. Tout cela pour dire que, alors que Votre
Sainteté les considère comme ses coreligionnaires chrétiens, nous les
considérons comme nos compatriotes jordaniens et ils font partie de cette
terre comme la terre elle-même. J’espère que cet esprit unitaire jordanien
d’harmonie interreligieuse, de bienveillance et de respect mutuel, sera un
exemple pour le monde entier et que Votre Sainteté le portera à des endroits
comme Mindanao et dans certaines parties de l'Afrique sub-saharienne, où les
minorités musulmanes subissent de fortes pressions de la part de majorités
chrétiennes, et aussi en d’autres endroits où c’est l’inverse qui se
produit.
Aujourd’hui, comme j’ai accueilli Votre Sainteté à travers quatre
aspects de ma personnalité, je vous reçois aussi à travers quatre aspects
de la vôtre.
Je reçois en vous le leader spirituel, souverain pontife et successeur de
Pierre pour 1,1 milliard de catholiques qui vivent partout à côté de
musulmans et que je salue en vous recevant.
Je reçois en vous le pape Benoît XVI, vous dont le pontificat est
caractérisé par le courage moral d’agir et de parler selon votre
conscience, indépendamment des modes du moment, vous qui êtes aussi un
maître théologien chrétien, auteur d’encycliques historiques sur les
belles vertus cardinales de l'amour et de l’espérance, vous qui avez
réintroduit la Messe traditionnelle en latin pour ceux qui le souhaitent et
avez en même temps fait du dialogue interreligieux et intrareligieux la
priorité de votre pontificat, pour répandre la bonne volonté et la
compréhension entre toutes les populations de la terre.
Je reçois en vous le chef d’Etat, qui est aussi un leader mondial et global
sur des questions vitales de morale, d’éthique, d’environnement, de paix,
de dignité humaine, de soulagement de la pauvreté et de la souffrance et
même de crise financière mondiale.
Je reçois en vous, enfin, un simple pèlerin de paix qui vient avec humilité
et gentillesse prier là où Jésus-Christ, le Messie – la paix soit avec
lui ! – a été baptisé et a commencé sa mission il y a 2 000 ans.
Alors, bienvenue en Jordanie, Saint-Père, pape Benoît XVI ! Dieu dit dans le
Coran : "Que la paix soit avec les messagers et que Dieu, le Seigneur des
mondes, soit loué".
Entretien
avec S.B. Fouad Twal
ROME,
Mercredi 22 avril 2009 (ZENIT.org)
- Un mois avant l'arrivée du pape Benoît XVI en Terre Sainte, le Patriarche
latin de Jérusalem, Sa Béatitude Fouad Twal, a donné à la Custodie
Franciscaine de Terre sainte de nouvelles clés de lecture sur ce
pèlerinage.Nous publions ci-dessous un entretien que S.B. Fouad Twal a
accordé à Marie-Armelle Beaulieu.
Béatitude,
le pèlerinage du pape Benoît XVI survient alors que le pays connaît un
nouveau passage difficile. Si bien que ce sont les chrétiens palestiniens les
premiers qui ont fait preuve de plus de scepticisme, voire d'incompréhension,
devant ce choix. Que pouvez-vous leur dire ?
Il
est vrai que la communauté chrétienne locale palestinienne a exprimé et
nous a fait connaître son désarroi, ses interrogations et ses craintes.
Ayant eu avant elle connaissance du projet de pèlerinage de Sa Sainteté,
nous nous sommes interrogés nous aussi sur l'opportunité de ce voyage. Le
fait que le Saint-Père vienne dans une période difficile, dans une région
difficile, à la rencontre de peuples extrêmement sensibles, nous a fait
réfléchir. Nous nous sommes entretenus avec les organisateurs, avec le
Saint-Père lui-même, et ici à Jérusalem avec nos frères évêques de
l'Assemblée des Ordinaires Catholiques de Terre Sainte, partageant les mêmes
inquiétudes que la communauté chrétienne locale. Mais suite à nos
échanges, et constatant que le programme du pèlerinage ménageait un bon
équilibre entre les moments consacrés à la Jordanie, à la Palestine et à
Israël, nous avons tous fini par estimer que ce voyage était et devait être
un bien, une bénédiction pour tous.
Les
inquiétudes - je dirais même les angoisses - que vous mentionnez sont pour
une part légitimes, mais je veux souligner qu'elles ont été - et sont
encore ici où là - éprouvées par les Chrétiens arabes vivant dans les
Territoires et à Jérusalem. La réalité des Chrétiens vivant en Israël,
et a fortiori celle des Chrétiens de Jordanie, est tout
autre ; ils conçoivent la visite du Pape sous un éclairage différent. Dans
un diocèse qui vit des réalités extrêmement diverses, nous devons nous
efforcer d'avoir une vision plus globale de cette visite, et la considérer
sous toutes ses dimensions : et politique et sociale et humaine et
religieuse.
Il
n'en reste pas moins que ces trois points demeurent : le Saint-Père
arrive dans un moment difficile - surtout après la guerre de Gaza -,
dans une région difficile, pour rendre visite à des gens très sensibles.
Juifs,
Chrétiens et Musulmans sont tous "sensibles" ?
Oui,
chacun a sa sensibilité, son point de vue, et à l'heure actuelle tous se
préparent à tirer la meilleure part du gâteau que représente cette
visite...
Au
fond, qu'est-ce qui motive la venue du Saint-Père dans cette période
difficile ? On pourrait croire qu'il choisit le pire moment ?
Non,
non. Depuis son élévation au pontificat, le Pape Benoît XVI a manifesté le
désir de venir comme pèlerin. Notre Assemblée des évêques l'a invité, je
l'ai personnellement invité, et il a aussi reçu l'invitation des
différentes autorités civiles jordaniennes, israéliennes et palestiniennes.
Par ailleurs, cela fait des mois que le voyage se prépare ; entre temps est
survenue la guerre de Gaza, et le thermomètre du conflit a encore grimpé.
Alors que faut-il faire ? Attendre des temps meilleurs ? Mais cette
région n'est jamais en paix ! Attendre que la question palestinienne
soit résolue ? J'ai bien peur que deux ou trois souverains pontifes
passent avant qu'elle soit ne définitivement réglée.
C'est
l'histoire du verre à moitié plein ou vide... Certains disent : "La
situation est difficile, donc il vaut mieux qu'il ne vienne pas" ;
d'autres au contraire disent : "La situation est difficile, donc il vaut
mieux qu'il vienne." Et c'est notre position. Dans ces temps difficiles,
je désire que le Saint-Père vienne nous aider à "superare"
: à surpasser, à voir plus loin.
Le
Pape vient rendre visite à toutes les Eglises, à tous les peuples vivant en
Terre Sainte pour nous encourager à rester fidèles à notre mission, à
notre foi et à notre conscience d'appartenir à cette Terre. Il ne faut pas
oublier non plus qu'il vient en pèlerinage. Imaginez les conséquences
négatives que cela aurait sur l'industrie des pèlerinages - qui est vitale
et capitale pour tous - si le Pape lui-même avait peur de venir en pèlerin!
Que dirions-nous à tant de touristes et de pèlerins qui annulent leur visite
? Comment les encouragerions-nous à venir eux aussi nous visiter ?
Un
dernier point : je vous rappelle que le Saint-Père a 82 ans et qu'il a
manifesté le désir de venir comme pèlerin en Terre Sainte. Un pèlerinage
doublé d'un voyage apostolique, c'est toujours fatiguant. Aujourd'hui le
Saint-Père a la force de le vivre.
Mais
les pèlerins et les touristes n'ont pas à faire de discours devant les
autorités civiles...
C'est
vrai, mais les chrétiens du monde entier qui suivront le pèlerinage du
Pontife ne font pas tous cette analyse politique. La plupart se diront
seulement : "Si le Pape n'a pas peur, pourquoi aurions-nous
peur ?"
Au
Pape pèlerin, les chrétiens locaux disent : "Ahlan wa sahlan!",
"Bienvenue!" Leur inquiétude réside simplement dans cette question
: "Que va-t-il dire?", ou mieux : "Que va-t-on lui faire
dire ?"
Précisément,
Béatitude, la presse israélienne et internationale interprète massivement
ce voyage sous l'angle d'un apaisement des relations de l'Eglise avec le
judaïsme, surtout après l'affaire Williamson. Ce qui inquiète les
Palestiniens, c'est le profit que peut en tirer Israël en tant qu'Etat...
Je
comprends cela, et je sais que chacun essaiera de profiter au maximum de cette
visite, tant en Jordanie, qu'en Israël, en Palestine, et même au cœur de
l'Eglise locale. C'est une raison de plus pour que chacun de nous se montre
assez intelligent, et se prépare.
Israël
va faire tout son possible pour présenter son pays sous le meilleur jour. Je
le comprends, c'est son droit.
Ce
n'est pas à nous à critiquer ou à dénoncer ce que font les autres. A nous
il revient de faire en sorte que la visite soit la plus pastorale possible, à
nous incombe la responsabilité de faire en sorte que nos chrétiens aient la
possibilité de voir le Saint-Père, de prier ave lui et d'entendre son
message de paix et de justice pour tous. Si on étudie tous les messages que
le Saint Siège a publiés au sujet de la Terre Sainte, de l'Irak et du
Moyen-Orient, nous nous trouvons devant un capital inouï de discours, de
soutien, d'interventions riches d'humanité, d'esprit chrétien et de justice.
Nul doute que durant sa visite en Terre Sainte, le Saint-Père poursuivra dans
ce sens.
A
nous, Eglise locale, il revient de veiller à l'équilibre du programme :
les sites à visiter, les personnes à rencontrer, les discours à prononcer.
C'est à nous à donner "un coup de main au Saint-Père". Il
est continuellement tenu informé de notre situation, de ses aspects positifs
comme de ses aspects négatifs. Il connaît nos peurs, nos angoisses, comme
aussi nos espoirs et notre joie de le recevoir, en étroite collaboration avec
toutes les Autorités civiles.
Le
Nonce apostolique a dit que ce voyage ne serait pas politique, mais qu'il
pourrait en être fait une lecture politique ...
Dans
ce pays, il est impensable qu'il n'y ait pas de dimension politique. Le Nonce
a raison d'insister pour dire que c'est d'abord et avant tout un pèlerinage.
Mais ne nous le cachons pas : il y a une dimension politique à 100%.
Chaque journée, chaque geste, chaque rencontre et chaque visite, tout aura
une connotation politique. Ici nous respirons politique, notre oxygène est
politique. Ce qui aggrave la politique, c'est que tout le monde fait de la
politique et qu'on ne laisse pas cette affaire aux politiciens et au Parlement
; chacun ajoute son grain de sel, et cela n'arrange rien. Il est donc
impensable que ce pèlerinage n'ait pas de portée politique.
Peut-on
dès lors s'attendre à des avancées politiques ? Et/ou à des avancées
dans les relations entre le Saint-Siège et l'Etat d'Israël ?
Le
Saint-Siège a toujours fait le premier pas, il a toujours eu l'initiative du
dialogue et de la rencontre. Et là, dans cette période, malgré les
interrogations, malgré les peurs, le Saint-Père a le courage de faire le
premier pas dans l'espoir que les rapports du Saint-Siège avec l'Etat
d'Israël vont s'améliorer ; dans l'espoir également qu'Israël, en
cette heureuse occasion, fasse au moins un geste de courtoisie pour faire
avancer la paix.
Quant
à ce fameux accord - toujours en discussion - censé régler les relations
entre le Saint-Siège et Israël, à en croire les experts, il y aurait des
progrès.
Tous
les communiqués depuis cinq ans font état de progrès, mais rien ne se
conclut...
C'est
vrai, mais dans ce domaine - comme d'ailleurs dans le domaine de la paix - les
choses avancent, même si ces avancées ne sont pas étalées sur la place
publique. Si c'était le cas, certains "gâteraient la cuisine"
diplomatique et nous compliqueraient la vie. Pour moi, en cette période riche
de rencontres et de dialogue, le mot clé, c'est la confiance.
Mais il est vrai qu'il faudrait poser des gestes courageux, susceptibles de
donner confiance. Il est incontestable que la confiance réciproque manque.
Comme
l'avait fait Jean Paul II, qui appelait les juifs "nos frères aînés
dans la foi", le Pape Benoît XVI va certainement souligner l'attachement
connaturel des chrétiens au judaïsme. Mais comme tout est politisé ici,
cela risque d'être interprété par certains comme un soutien à Israël en
tant qu'Etat. Cela ne risque-t-il pas de mettre les chrétiens arabes en
porte-à-faux, ici et dans tout le Moyen-Orient ?
Il
est difficile de trouver le bon équilibre et de le conserver. Ceci dit, plus
le Vatican sera ami d'Israël, plus il sera à même de mettre à profit cette
amitié pour plus de paix et de justice. Si les tensions subsistent entre
l'Eglise catholique universelle et Israël, nous y perdons tous, nous
chrétiens et nous arabes. En revanche, si Israël a toute confiance en le
Saint-Siège, alors le Saint-Siège pourra, à partir de son amitié, parler
de vérité, de justice et de paix. Car avec le langage de l'amitié on peut
se dire des choses que l'on refuserait d'entendre d'un ennemi.
Etre
ami et parler comme tel fait du bien à tout le monde : à l'ami, à Israël
et aux autres. J'espère simplement que l'amitié du Saint-Siège pour Israël
est réciproque.
J'attire
votre attention sur le fait que le Saint-Siège entretient déjà des
relations diplomatiques avec presque tous les pays arabes, et que ces
relations sont bonnes. La lecture des discours des ambassadeurs arabes près
le Saint-Siège vous apprendrait qu'ils ont besoin de l'Eglise, pas seulement
du Saint-Siège, mais de l'Eglise partout où elle est dans le monde. Il faut
avoir cette vision mondiale pour comprendre la situation du Saint-Siège, ce
petit Etat soutenu par tout le monde catholique, et ne pas voir les choses
sous un angle unique, qui déforme la vision toute entière.
Plus
le Saint-Siège est ami d'Israël, plus il peut intervenir pour le bien de
tous les habitants de Terre sainte : juifs, musulmans et chrétiens.
C'est notre grand souhait.
Propos recueillis par Marie-Armelle Beaulieu
Bethléem, mercredi 13 mai 2009
Source : Vatican (traduction La Croix)
Monsieur le Président, Chers
amis,
Cet après-midi, ma visite au camp de réfugiés d'Aïda me donne l’opportunité
d’exprimer ma solidarité à l’ensemble des Palestiniens sans-toit et qui
attendent de pouvoir retourner sur leur terre natale, ou d’habiter de façon
durable dans une patrie qui soit à eux. Merci à vous, Monsieur le
Président, pour votre aimable accueil. Je vous remercie aussi, Monsieur Abu
Zayd, ainsi que toutes les personnes qui ont pris la parole. À tous les
personnels de l’Office de Secours et de Travaux des Nations Unies pour les
Réfugiés de Palestine dans le Proche-Orient qui prennent soin des
réfugiés, j’exprime la reconnaissance d’une multitude d’hommes et de
femmes à travers le monde pour le travail qui est fait ici et dans les autres
camps de la région.
J’adresse un salut particulier aux élèves et aux professeurs
des écoles. Par votre engagement dans l’éducation, vous exprimez une
espérance pour l’avenir. À tous les jeunes présents ici, je dis :
renouvelez vos efforts pour vous préparer au temps où, dans les années à
venir, vous serez en charge des affaires du Peuple palestinien. Les parents
ont ici un rôle très important, et à toutes les familles présentes dans ce
camp, je dis : ayez à cœur d’encourager vos enfants dans leurs
études et de cultiver leurs talents, de telle sorte que ne manque pas le
personnel qualifié pour occuper les fonctions dirigeantes dans la communauté
palestinienne dans l’avenir. Je sais que beaucoup de vos familles sont
séparées – à cause de l’emprisonnement de membres de la famille, ou des
restrictions dans la liberté de déplacement – et que beaucoup d’entre
vous ont connu le deuil pendant les hostilités. Mon cœur va vers tous ceux
qui ont ainsi souffert. Soyez assurés que tous les réfugiés palestiniens à
travers le monde, spécialement ceux qui ont perdu leurs maisons et des êtres
chers durant le récent conflit à Gaza, sont constamment présents dans mes
prières.
Je souhaite saluer le bon travail réalisé par nombres d’organismes
de l’Église en faveur des réfugiés ici et dans les autres parties des
Territoires Palestiniens. La Mission pontificale pour la Palestine, fondée il
y a soixante ans pour coordonner l’assistance catholique humanitaire aux
réfugiés, poursuit son travail toujours indispensable aux côtés d’autres
organisations semblables. Dans ce camp, la présence des Sœurs franciscaines
missionnaires du Cœur immaculée de Marie nous invite à faire mémoire de la
figure charismatique de saint François, ce grand apôtre de la paix et de la
réconciliation. En effet, je veux exprimer ma reconnaissance particulière
pour la contribution exceptionnelle apportée par les différents membres de
la famille franciscaine dans l’attention aux populations de cette région,
se faisant des « instruments de paix », selon l’expression du
saint d’Assise retenue par la postérité.
Instruments de paix. Combien les gens de ce camp, de ces
Territoires, et de la région tout entière attendent la paix ! En ces
jours, ce long désir prend un relief particulier quand vous vous souvenez des
événements de mai 1948 et des années de conflit, non encore résolu, qui
suivirent ces événements. Vous vivez maintenant dans des conditions
précaires et difficiles, avec des possibilités limitées de trouver un
emploi. Il est compréhensible que vous vous sentiez souvent frustrés. Vos
aspirations légitimes à un logement stable, à un État palestinien
indépendant, demeurent non satisfaites. Au contraire, vous vous trouvez
piégés, comme beaucoup d’autres en cette région et à travers le monde
sont piégés, dans une spirale de violence, d’attaque et de contre-attaque,
de vengeance et de destruction continuelle. Le monde entier soupire pour que
cette spirale soit brisée et pour que par la paix soit mis fin à ces combats
qui ne cessent pas de durer.
S’élevant au-dessus de nous qui sommes rassemblés ici cet
après-midi, nous domine le mur, rappel incontournable de l’impasse où les
relations entre Israéliens et Palestiniens semblent avoir abouti. Dans un
monde où les frontières sont de plus en plus ouvertes – pour le commerce,
pour les voyages, pour le déplacement des personnes, pour les échanges
culturels – il est tragique de voir des murs continuer à être dressés.
Comme il nous tarde de voir les fruits d’une tâche bien plus difficile,
celle de construire la paix ! Comme nous prions constamment pour la fin
des hostilités qui sont à l’origine de ce mur !
De part et d’autres du mur, un grand courage est nécessaire pour
dépasser la peur et la défiance, pour résister au désir de se venger des
pertes ou des torts subis. Il faut de la magnanimité pour rechercher la
réconciliation après des années d’affrontement. Pourtant l’histoire a
montré que la paix ne peut advenir que lorsque les parties en conflit sont
désireuses d’aller au-delà de leurs griefs et de travailler ensemble pour
des buts communs, prenant chacune au sérieux les inquiétudes et les peurs de
l’autre et s’efforçant de créer une atmosphère de confiance. Il faut de
la bonne volonté pour prendre des initiatives imaginatives et audacieuses en
vue de la réconciliation : si chaque partie insiste en priorité sur les
concessions que doit faire l’autre, le résultat ne peut être qu’une
impasse.
L’aide humanitaire, comme celle qui est fournie dans ce camp, a
un rôle essentiel à jouer, mais la solution à long terme à un conflit tel
que celui-ci ne peut être que politique. Personne n’attend que les
Palestiniens et les Israéliens y parviennent seuls. Le soutien de la
communauté internationale est vital, et c’est pourquoi, je lance un nouvel
appel à toutes les parties concernées pour jouer de leur influence en faveur
d’une solution juste et durable, respectant les requêtes légitimes de
toutes les parties et reconnaissant leur droit de vivre dans la paix et la
dignité, en accord avec la loi internationale. En même temps, toutefois, les
efforts diplomatiques ne pourront aboutir heureusement que si les Palestiniens
et les Israéliens ont la volonté de rompre avec le cycle des agressions. Je
me rappelle ces autres mots magnifiques attribués à saint François :
« Là où il y a la haine, que je mette l’amour, là où il y a l’injure,
que je mette le pardon… là où il y a les ténèbres, que je mette la
lumière, là où il y a la tristesse, la joie ».
À
vous tous, je renouvelle mon appel à vous engager profondément pour cultiver
la paix et la non-violence, suivant l’exemple de saint François et des
autres grands artisans de paix. La paix doit commencer à la maison, dans la
famille, dans le cœur. Je continue de prier pour que toutes les parties du
conflit qui se déroule sur ces terres aient le courage et l’imagination
nécessaires pour emprunter le difficile mais indispensable chemin de la
réconciliation. Puisse la paix fleurir à nouveau sur ces terres !
Puisse Dieu bénir son peuple avec la paix !
Bethléem,
mercredi 13 mai 2009 / Source : Vatican
Monsieur le
Président,
Chers Amis,
Je vous remercie pour
la grande délicatesse dont vous m’avez entouré durant cette journée que j’ai
passée en votre compagnie, ici dans les Territoires Palestiniens. Je sais
gré au Président Mahmoud Abbas pour son hospitalité et pour ses paroles
bienveillantes. Il était émouvant pour moi également d’écouter les
témoignages des résidents qui nous ont parlé de leurs conditions de vie,
ici, en Cisjordanie et à Gaza. Je vous assure tous que je vous garde dans mon
cœur et que j’attends ardemment de voir se réaliser la paix et la
réconciliation dans ces terres tourmentées.
Ce fut vraiment un
jour mémorable. Depuis mon arrivée à Bethléem, ce matin, j’ai eu la joie
de célébrer la Messe avec une multitude de fidèles dans le lieu même où
Jésus-Christ, lumière des Nations et espérance du monde, est né. J’ai pu
constater les soins donnés aux nouveaux nés du Caritas Baby Hospital.
Avec angoisse, j’ai été le témoin de la situation des réfugiés qui,
comme la Sainte Famille, ont été obligés de fuir de leurs maisons. Près du
Camp et surplombant une partie de Bethléem, j’ai vu également le mur qui
fait intrusion dans vos territoires, séparant des voisins et divisant des
familles.
Bien que les murs
peuvent être facilement construits, nous savons qu’ils ne subsistent pas
toujours. Ils peuvent être abattus. Il est d’abord nécessaire d’ôter
les murs construits autour de nos cœurs, les barrières érigées contre nos
voisins. C’est pourquoi, dans ce mot de congé, je désire relancer un appel
à l’ouverture et à la générosité d’esprit pour mettre fin à l’intolérance
et à l’exclusion. Peu importe combien un conflit peut paraître insoluble
et profondément ancré, il y a toujours des raisons d’espérer qu’il
puisse être résolu, et que les efforts patients et persévérants de ceux
qui travaillent pour la paix et la réconciliation, porteront des fruits en
fin de compte. Mon souhait sincère pour vous, peuple de Palestine, est que
cela arrivera bientôt pour vous permettre de jouir de la paix, de la liberté
et de la stabilité dont vous avez été privés depuis si longtemps.
Soyez assurés que je
vais continuer à utiliser toutes les opportunités pour encourager ceux qui
sont engagés dans les négociations de paix à travailler ensemble pour une
solution juste qui respecte les aspirations légitimes des Israéliens et des
Palestiniens. Comme un pas important dans cette direction, le Saint-Siège
cherche à établir rapidement, conjointement avec l’Autorité
Palestinienne, la Commission bilatérale permanente de travail qui fut
envisagée par l’Accord de base, signé au Vatican le 15 février 2000 (cf. Basic
Agreement between the Holy See and the Palestine Liberation Organization,
art. 9).
Monsieur le
Président, chers amis, je vous remercie une nouvelle fois et je vous
recommande tous à la protection du Tout-Puissant. Puisse Dieu regarder avec
amour chacun d’entre vous, vos familles et ceux qui vous sont chers.
Puisse-t-Il bénir par la paix le peuple Palestinien !
Interview
pour le Site de la Conférence des évêques, 15 mai 2009
Le Président du bureau du Conseil Régional du
Culte Musulman de Rhône-Alpes est engagé dans le dialogue islamo-chrétien
depuis une quinzaine d’années. Il apporte son éclairage sur le regard des
Musulmans de France sur le voyage de Benoît XVI en Terre Sainte.
Quel regard les Musulmans de France portent-ils sur
le pèlerinage du pape ?
Les Musulmans de France sont partagés entre
indifférence et espoir. Certains sont indifférents car tellement de choses
se sont passées dans cette région du monde sans qu’on puisse trouver des
solutions concrètes à ce que vivent les Palestiniens depuis des décennies.
Les autres attendent beaucoup : le pape, ce n’est pas n’importe
quelle personne. Il pourra, s’il en a le courage politique, faire avancer le
dialogue les différentes parties en vue d’une solution qui arrangerait tout
le monde. J’ai remarqué que les chrétiens, surtout les responsables
catholiques se sont empressés de donner à ce voyage le nom de
« pèlerinage » dont l’objectif est de répandre la paix entre
les croyants. Ils ne voulaient pas donner un caractère politique à ce
voyage. Ce sera un voyage religieux mais aussi un voyage politique dans le
sens où la parole du pape aura une importance capitale dans cette partie du
monde.
Benoît XVI s’adresse à tous les croyants, qu’ils
soient musulmans, juifs ou chrétiens. Comment
recevez-vous ces paroles ?
Je pense qu’il est dans son rôle quand il parle
aux croyants de toutes les spiritualités, surtout dans cette partie du monde,
berceau de toutes les fois. Il est normal qu’il appelle au dialogue
interreligieux : c’est la seule façon qui nous permette de vivre
ensemble. C’est ça ou le clash des civilisations dont certains font la
promotion aujourd’hui.
A quoi êtes-vous particulièrement attentif ?
J’attendais essentiellement le pape sur ce qu’il
allait dire à Bethléem, s’il aurait le courage d’être la voix de ceux
qui n’ont pas de voix, de dire ce que se passe véritablement dans cette
partie du monde, de parler de la souffrance des Palestiniens, de cette
monstrueuse injustice qu’ils vivent depuis près de 60 ans, de la spoliation
de certaines terres, des colonies qui ne cessent de se développer. Et dire qu’il
ne peut pas y avoir la paix sans justice et que la justice veut que les
Palestiniens aient un pays avec des frontières sûres pour vivre dans la
dignité et le respect. Le statut de Jérusalem pourra toujours être discuté
mais revenir aux frontières de 1967, c’est quelque chose de très
important. J’ai été sensible au fait que le pape rappelle que les
Palestiniens ont droit à la justice, à la dignité et à la paix. C’est le
message qui a et qui est toujours porté par Jésus. Ce faisant, le pape est
tout simplement dans la trace de Jésus que nous respectons tous, en tant que
musulmans et en tant que chrétiens.
J’ai été sensible aussi au fait qu’il
répète qu’il ne pouvait pas y avoir de paix sans justice, que les
Palestiniens avaient le droit d’avoir un Etat. Pour nous, Jérusalem est le
troisième lieu saint de l’Islam. Il occupe une place très importante dans
le cœur de chaque musulman, comme dans les cœurs des chrétiens et des
juifs. J’ai été très ému quand il a parlé de ces murs qui séparent les
uns et les autres et qu’au lieu de construire des murs, nous devrions
construire des ponts qui permettent de vivre ensemble.
Les Musulmans ne peuvent qu’être ravis d’avoir
entendu une personnalité aussi importante rappeler un certain nombre de
choses qui sont importantes, non seulement pour les Musulmans mais aussi pour
les croyants du monde entier et pour les citoyens épris de justice.
Comment ce voyage contribue-t-il au dialogue
islamo-chrétien en France ?
Le dialogue interreligieux dans le monde entier
traverse aujourd’hui des moments difficiles. On voit ce qui se passe en
Irak, en Afghanistan, l’épineuse question palestinienne à laquelle on n’arrive
pas à trouver une solution… On vient de traverser une période difficile
avec les événements de Gaza qui ont fait 1500 morts. J’ai été aussi
sensible au souhait du pape qu’on mette fin au blocus de Gaza. Je suis
engagé dans le dialogue islamo-chrétien mais cela devient très difficile.
Que ce soit du côté chrétien ou musulman, on nous ramène à la réalité
des choses : à quoi bon tout ça quand on voit ce qui se passe ?
Ceci dit, il faut absolument qu’on continue dans ce sens, que le pape ait
cette parole et qu’il aille encore plus loin. Je pense qu’il avait mal
commencé avec le discours de Rastibonne. Depuis, il a fait des choses qui
commencent à effacer ce rapport avec les Musulmans : il a visité des
mosquées, voyagé en Turquie, en Jordanie, avec son discours à Bethléem,
tous ses discours ne peuvent que donner un nouvel élan au dialogue
interreligieux, et notamment islamo-chrétien et donc en France où la
communauté musulmane est la plus importante après les catholiques, en France
où vivent les plus grandes communautés musulmane et juive d’Europe. Et en
Europe en général, où la communauté musulmane est fortement représentée.
Pour moi, ce discours va donner des arguments aux musulmans qui sont avec moi
et aux chrétiens avec qui je discute. Il faut absolument continuer à
construire les ponts, à nous retrouver, à discuter et à construire la paix.
Elle ne sera peut-être ni pour demain ni pour après-demain mais elle viendra
dans quelques années ou décennies. Aujourd’hui, il ne faut pas baisser les
bras. Ce que nous faisons aujourd’hui, nous ne le faisons peut-être pas
pour nous mais pour les générations futures.
Evénements - 11 mai 2009
interview
du P. Christophe Roucou

‘’Lundi 11 mai 2009, Benoît XVI a
quitté la Jordanie. Retour sur les trois premiers jours de son pèlerinage
en Terre Sainte avec le P. Christophe Roucou, Directeur du Service national
pour les relations avec l'islam.
Après une messe
privée, le pape Benoît XVI a quitté la nonciature d'Amman pour l'aéroport
de la capitale jordanienne. Dans son discours d'adieux, il a remercié le Roi
Abdallah II de son hospitalité, et tous ceux qui ont rendu possible la
première étape de son pèlerinage
en Terre Sainte.
"Je voudrais encourager les Jordaniens, qu'ils soient chrétiens ou
musulmans, à bâtir sur les fondements fermes de la tolérance religieuse qui
permettent aux membres des différentes communautés de vivre ensemble dans la
paix et le respect mutuel" a dit Benoît XVI. Il a ensuite souligné
combien le souverain hachémite a été actif en favorisant le dialogue
interreligieux, saluant son engagement personnel. "Je note
aussi avec gratitude la considération particulière qu'il porte à la
communauté chrétienne en Jordanie. Cet esprit d'ouverture aide non
seulement, à court terme, les membres des différentes communautés ethniques
à vivre ensemble dans ce pays en paix et en harmonie, mais il a favorisé
aussi, à long terme, les initiatives politiques de la Jordanie en vue de
réaliser la paix dans tout le Moyen Orient".
(Avec VIS)
Quels ont été les gestes marquants de
Benoît XVI au cours de l'étape jordanienne ?
Le 8 mai, lors
la visite du centre Regina Pacis, je retiens l'image du pape portant le
keffieh rouge et blanc, offert par deux scouts jordaniens. C'est un signe
symbolique des liens avec les peuples jordanien et palestinien qui le portent.
Second geste : c'est à la mosquée Al-Hussein que le pape s'est adressé aux
responsables musulmans et chrétiens. La réponse du Prince Ghazi, à
l'origine de la « Lettre des 138 », montre à quel point les deux hommes
sont engagés sur le chemin du dialogue. Je retiens un autre geste : le 9 mai,
au cours des vêpres à la cathédrale melkite, l'évêque du lieu a donné
son bâton de pasteur
au pape. Je trouve ce geste très beau car il signifie une communion profonde
dans la diversité des rites
de l'Eglise catholique.
Benoît XVI n'oppose pas les chrétiens aux musulmans : ce n'est pas parce
qu'il soutient les chrétiens d'Orient qu'il n'est pas en relation avec les
musulmans. C'est ce que j'ai vécu pendant 9 ans en Égypte : la solidarité
avec mes frères chrétiens ne m'a pas empêché de nouer des relations
d'amitié avec les musulmans. Le pape nous adresse ainsi une invitation
pressante à la solidarité avec nos frères chrétiens d'Orient et à
l'amitié avec les musulmans avec qui nous vivons.
Quelles paroles
du pape retenez-vous ?
Le discours du
9 mai, lors de la pose de la première pierre de l'université catholique de
Madaba, me parle parce que j'ai moi-même été enseignant en Égypte. Les
mots de Benoît XVI : « Croire en Dieu ne dispense pas de la recherche de
la vérité, tout au contraire, cela l'encourage » s'adressent à
l'Europe sécularisée. Je retiens aussi cette phrase : « La religion est
défigurée quand elle est mise au service de l'ignorance et du préjugé, du
mépris et de la violence et des abus ». De fait, bien souvent, le
fanatisme utilise la religion mais sa cause première est l'ignorance.
Dans son discours à la mosquée Al-Hussein Bin-Talal, je souligne « la
nécessité des croyants d'être cohérents avec leurs principes et leurs
croyances » et encore : « Musulmans et chrétiens, à cause de leur
histoire commune, si souvent marquée par les incompréhensions, doivent
aujourd'hui s'efforcer d'être connus et reconnus comme des adorateurs de
Dieu, fidèles à la prière (...) ». J'ai trouvé intéressant que le
Pape marque une continuité avec la « Lettre des 138 » : « De telles
initiatives conduisent clairement à une meilleure connaissance réciproque,
favorisent un grand respect, un respect grandissant, à la fois pour ce que
nous avons en commun et pour ce que nous comprenons différemment ». Il
ne dit pas « ce que nous avons de différent » mais « ce que nous
comprenons différemment ». Je retiens aussi son image : l'adhésion
authentique à la religion « assure que la liberté s'exerce main dans la
main avec la vérité ». Plusieurs fois, dans ce discours, le pape dit
qu' ensemble chrétiens et musulmans doivent servir la recherche du bien
commun. Il ne s'agit pas d'un face à face des chrétiens et des musulmans
mais d' une invitation à se mettre ensemble à servir l'humanité.
En quoi ces 3
jours en Jordanie sont-ils une avancée dans le dialogue avec l'islam ?
Au début de
son pontificat, Benoît XVI avait beaucoup parlé d'échanges interculturels.
Quand on lit les discours de ces trois derniers jours, il se situe aujourd'hui
dans le cadre du dialogue
interreligieux. Ce n'est pas un dialogue des dogmes,
théologique, mais un dialogue entre croyants. Le pape inscrit cette étape-ci
dans une suite : cette étape témoigne d'un déplacement personnel et d' un
appui donné par le pape au travail du Conseil pontifical pour le dialogue
interreligieux.
Que penser des
demandes d'excuses exigées par certains pour ses propos à Rastibonne ?
L'idée a été
répandue dans le monde musulman que le pape avait insulté le prophète.
Je trouve très beau le discours du prince Ghazi parce qu'il n'a pas caché
cela : « Je dois aussi remercier Votre Sainteté
d'avoir exprimé des regrets après votre discours à Rastibonne, le 13
septembre 2006, pour le tort causé aux musulmans ». Je crois que les
personnes engagées dans le dialogue islamo-chrétien ont tourné la page
Ratisbonne mais l'opinion publique musulmane n'a pas entendu d'excuses.
Quels sont les
prochains temps forts dans les relations avec l'islam ?
La visite de
l'Esplanade des mosquées, du Dôme du Rocher et la rencontre avec le Grand
Mufti de Jérusalem vont dans ce sens. Si le pape rentre sous le Dôme du
rocher, ce sera un geste très fort car c'est un des lieux saints de l'islam.
Je trouve assez remarquable que jusqu'à présent les medias aient respecté
la dimension spirituelle du pèlerinage.
Beaucoup disent qu'à Bethléem, dans les Territoires palestiniens, il y aura
en plus une donne politique.