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Dernière Heure         

A propos du rôle des religions dans la société

Depuis la mi-décembre, en France, le débat sur la place et le rôle des religions dans la société est relancé, à la suite de trois discours du président de la République Française prononcés successivement à Rome, à la cathédrale St Jean de Latran, le 20 décembre 2007, à Riyad, devant le Conseil consultatif d’Arabie Saoudite, le 14 janvier 2008, et à Paris, au dîner organisé par le CRIF (Conseil représentatif des institutions juives en France). Chacun de ces discours a suscité des réactions, des polémiques et des mises au point.

Nous constatons que ni les responsables de l’Eglise catholique en France ni les responsables musulmans n’ont jugé utile de répondre à ces discours et, pour le moment, d’intervenir directement dans ce débat. C’est sans doute le signe qu’il convient de prendre le temps de la réflexion pour débattre de la laïcité et de la place des religions dans la société française. Ce débat est important, mais il convient de situer les différents niveaux auxquels il est nécessaire de le mener.

 

Le premier est celui de la réflexion sur les fondements de la laïcité et, sur ce point, quelques réflexions s’imposent. Ce n’est pas la société française qui est laïque, mais l’Etat, selon la constitution même. La laïcité - le mot ne figure pas dans la Loi de séparation des Eglises et de l’Etat de 1905 - est un mode de relations juridiques entre les religions et les pouvoirs publics au sein de la société française. Elle signifie, notamment, qu’il n’y a ni ingérence de l’Etat dans la vie des Eglises - aujourd’hui, il serait plus juste de dire des religions -, ni ingérence des Eglises dans le fonctionnement de l’Etat. En 2005, pour marquer le centenaire de cette Loi, les évêques de France ont publié une déclaration, fruit d’une année de réflexions, qui n’a rien perdu de son actualité. Elle exprime bien comment l’Eglise catholique en France conçoit la laïcité. Il est bon que nos lecteurs, chrétiens comme musulmans, puissent en prendre connaissance. Il s’agit, pour nous catholiques, de conjuguer l’autonomie réciproque de l’Etat et des religions et la collaboration, chacun dans son ordre, pour  les droits de l’homme, la justice, le respect de la dignité de chacun, au service de tous les habitants.

Ajoutons que certains propos confondent la laïcité avec la sécularisation, processus marquant toutes les sociétés occidentales, interrogeant fortement les Eglise chrétiennes. Comme l’écrit Jean Baubérot : « On ne doit pas répondre aux défis de la sécularisation par moins de laïcité ; on doit les affronter par plus de vitalité chrétienne. » (Réforme, n°3257 du 31 janvier 2008)

 

Le second niveau est celui de la vie pratique des religions, aujourd’hui, en France. La présence de plusieurs millions de musulmans et leur droit à vivre leur vie religieuse sont une donnée nouvelle pour les pouvoirs publics comme pour les autres traditions religieuses. Cela suppose que tous les acteurs puissent en parler ensemble et inventent des solutions institutionnelles pour répondre à une situation nouvelle à bien des égards.

Enfin, un autre niveau est celui de la vie locale. Les élections municipales de mars suscitent des débats sur la construction de mosquées, les carrés musulmans dans les cimetières… Comment, là aussi, tous les acteurs de la vie locale peuvent-ils en parler, sans peur et dans le respect des droits et des devoirs de chacun ?

 

Autonomie et collaboration permettent de saines relations entre religions et pouvoirs publics. Mais nous savons bien qu’il existe un risque d’instrumentalisation des religions par les responsables politiques, chez nous comme dans d’autres pays. Croyants de toutes religions, hommes et femmes attachés aux droits de l’homme, nous sommes invités à faire preuve de vigilance dans notre société comme dans d’autres sociétés auxquelles nous lient, chrétiens comme musulmans, de multiples liens de solidarité. C’est la raison pour laquelle nous faisons écho à la situation difficile de nos frères en Algérie.

Dans le respect des différences, le dialogue entre chrétiens et musulmans est inséparable sur les deux rives de la Méditerranée. Il est vécu depuis de longues années. Souhaitons qu’il se poursuive de part et d’autre dans la dynamique proposée par « la Lettre des 138 », celle de l’amour de Dieu et du prochain pour parvenir à une parole commune.

Christophe Roucou